Les gestes à poser pour rendre possible la réconciliation

Depuis le début de ses travaux en 2008, la Commission de vérité et réconciliation a entendu près de 7000 témoignages, surtout de ces enfants aujourd’hui adultes qui ont dû renier leurs origines de <em>«sauvages»</em> dans le pensionnat qu’ils étaient forcés de fréquenter.
Photo: Archives Des Châtelets Depuis le début de ses travaux en 2008, la Commission de vérité et réconciliation a entendu près de 7000 témoignages, surtout de ces enfants aujourd’hui adultes qui ont dû renier leurs origines de «sauvages» dans le pensionnat qu’ils étaient forcés de fréquenter.

Plusieurs des 94 recommandations dévoilées mardi par la Commission de vérité et réconciliation (CVR) visent le même objectif : sensibiliser les Canadiens de tous horizons aux enjeux autochtones pour que s’ouvre un nouveau chapitre dans les relations avec les Premières Nations.

Il est ainsi suggéré que la formation obligatoire des avocats, infirmières et journalistes en herbe inclue un cours sur les enjeux autochtones, l’histoire et l’impact des écoles résidentielles, les traités et la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. La CVR recommande que la formation du clergé inclue un cours sur le respect de la spiritualité autochtone. Que le curriculum des écoles primaires et secondaires de tout le pays inclue un enseignement sur les pensionnats autochtones. Et que l’histoire des traités autochtones et des pensionnats soit ajoutée au livret d’information sur le Canada donné aux nouveaux arrivants.

Le rapport de la Commission rappelle que la réconciliation est difficile dans un contexte où de nombreux conflits persistent à propos de l’éducation autochtone ou encore la justice. « Trop de Canadiens savent peu ou prou des profondes racines historiques de ces conflits, est-il écrit. Ce manque de connaissances historiques a de sérieuses conséquences sur les Premières Nations, les Inuits et les Métis, et le Canada dans son ensemble. Dans les cercles gouvernementaux, cela mène à des politiques publiques de piètre qualité. Dans le domaine public, cela renforce les attitudes racistes et alimente la méfiance entre les peuples autochtones et les autres Canadiens. […] L’histoire joue un rôle important dans la réconciliation. Pour bâtir le futur, les Canadiens doivent regarder le passé en face et en tirer des leçons. »

Certaines recommandations de la Commission seront probablement assez faciles à mettre en oeuvre, si tel est le désir du gouvernement. Par exemple, le rapport suggère de permettre aux enfants des pensionnats, qui avaient été affublés d’un nom à consonance plus européenne, de retrouver leur nom autochtone sans avoir à débourser les frais administratifs habituels. D’autres recommandations sont plus profondes, et à portée plus large. Ainsi, on demande de revoir le système de justice pour enrayer la surreprésentation autochtone derrière les barreaux. De la même manière, on exige que soit revu le régime de protection de l’enfance, où les enfants autochtones sont huit fois plus susceptibles de se retrouver que les non-autochtones, selon la commissaire Marie Wilson.

« On doit arriver à faire des liens, dit Mme Wilson. On doit réaliser que plusieurs de ces enfants sont des survivants intergénérationnels, victimes des traumatismes vécus par leurs parents ou leurs grands-parents, qui sont passés par les écoles résidentielles. »

À cet égard, la Commission recommande de placer les enfants dans un « environnement culturellement approprié » et de sensibiliser à la réalité des Premières Nations les travailleurs sociaux qui ont à intervenir dans des dossiers autochtones. La Commission va jusqu’à recommander « de reconnaître le droit des gouvernements autochtones d’établir et gérer leurs propres agences de protection de l’enfance ». La CVR demande qu’un rapport annuel national soit élaboré, en collaboration avec les provinces, sur le nombre de placements d’enfants autochtones et sur la manière de comparer ce chiffre au placement des autres enfants.

Ce besoin de cumuler des données s’exprime dans d’autres sphères d’activité. En santé, la CVR propose la publication d’un rapport annuel établissant des données comparatives autochtones et non autochtones sur la mortalité infantile, la santé maternelle, le taux de suicide, la santé mentale, les dépendances, le taux de natalité et l’espérance de vie, entre autres.

En matière culturelle, la Commission propose la création d’un poste de commissaire aux langues autochtones, qui veillerait à faire la promotion de ces langues en voie d’extinction et à assurer que le financement fédéral pour en assurer la pérennité soit adéquat.

3 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 2 juin 2015 12 h 42

    Je rêve :)

    J'espère que les gouvernements de toutes les provinces et le fédéral appliqueront ce qui est recommandé. C'est vraiment fantastique, imaginez qu'enfin les peuples fondateurs soient reconnus comme tel, ce serait vraiment extraordinaire. Leur fierté enfin retrouvée. C'est à suivre je souhaite de tout mon coeur que cela s'accomplisse.

    Djiwan Hélene

  • Yves Côté - Abonné 2 juin 2015 15 h 13

    Surtout...

    Surtout, la Comission me semble éviter toute remise en question des assises canadiennes fondamentales qui font des autochtones, des demi-normaux culturels et économiques...
    Merci de m'avoir lu.

  • Loyola Leroux - Abonné 2 juin 2015 21 h 30

    Enfants dans les maisons d’accueil !

    La juge en chef se présentera-t-elle aux prochaines élections ?

    ‘’La juge en chef de la Cour suprême du Canada, Beverley McLachlin, a soutenu jeudi que les politiques assimilationnistes du Canada envers les autochtones au début de la Confédération s’appelleraient, «dans le langage du XXIe siècle, un génocide culturel».’’

    Il serait intéressant de connaitre l’opinion, puisqu’il s’agit bel et bien de son point de vue comme citoyenne, sur le génocide arménien. La juge en chef donne l’impression de vouloir se présenter aux prochaines élections. Qu’en est il du devoir de réserve des juges ?

    Est elle au courant que le Globe and Mail, dans son éditorial, du 30 aout 2014, affirmait ceci : Toutefois, il y a maintenant beaucoup plus de jeunes aborigenes sous la protection de l’état qu’il y a avait d’étudiants dans les écoles résidentielles a n’importe quel moment de leur histoire déplorable. (Nevertheless, there are now for more aboriginal children in the care of the state than there were students in the residential school at any time in their deplorable history.)

    Il me semble qu’elle devrait faire attention a ces prises de positions.

    La juge en chef a-t-elle lu l’article de Caroline Montpetit, Il n’y a pas que du noir dans l’histoire des pensionnats autochtones au Québec, du 28-11-2088, dans Le Devoir, sur le livre de Daniel Tremblay, ‘’L’éveil des survivants’’. Michel Brulé, 2008 ?

    http://www.ledevoir.com/culture/livres/219422/des-

    Et ce que tous les religieux étaient des pédophiles ou une petite minorité ? Est ce que tous les enfants ont été abusés ou une petite minorité ? Certains enfants ont-ils profité de leur passage dans ces pensionnats ?