Les pensions au coeur de l’élection

Le premier ministre Stephen Harper
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le premier ministre Stephen Harper

Était-ce une stratégie calculée d’avance ? Le changement de cap annoncé mardi par les conservateurs, à savoir qu’ils envisagent désormais d’autoriser des contributions supplémentaires volontaires au Régime de pensions du Canada, a amené libéraux et néodémocrates à réitérer leur désir de rendre ces contributions obligatoires. Du coup, Stephen Harper a accusé ses adversaires de vouloir hausser une taxe contre laquelle il promet de se poser en rempart pendant la campagne électorale.

« Nous considérons une expansion obligatoire du Régime de pensions du Canada similaire à ce que [la première ministre] Kathleen Wynne considère en Ontario », a expliqué M. Trudeau au cours d’un point de presse mercredi. Mme Wynne milite pour la bonification du Régime de pensions du Canada (RPC), ce qui a donné lieu à d’importants accrochages entre Ottawa et Queen’s Park. Devant l’immobilité fédérale, elle a décidé d’aller de l’avant seule.

M. Trudeau réagissait ainsi à l’annonce, mardi, par le ministre des Finances Joe Oliver qu’Ottawa lancerait cet été des consultations pour jauger la possibilité de permettre aux travailleurs de faire des contributions supplémentaires volontaires au Régime de pension du Canada (RPC). Les conservateurs avaient jusqu’à présent catégoriquement refusé toute bonification du RPC, obligatoire ou volontaire, au motif que cela constituerait une taxation supplémentaire.

Cinq ans de débat

Cette ligne d’attaque a été reprise par le premier ministre Stephen Harper mercredi à la Chambre des communes. « Nous favorisons les options volontaires […]. Le Parti libéral veut forcer les Canadiens à épargner en les taxant, en prenant leur argent en le taxant. Les Canadiens n’acceptent pas et n’accepteront pas cette option. » Puis, faisant référence au chef libéral, M. Harper a ajouté : « Il assurera un leadership pour hausser les impôts, nous assurerons un leadership pour réduire les impôts. »

Le NPD aussi s’est engagé à bonifier les prestations de retraite en haussant le niveau de cotisation obligatoire. Le débat sur la bonification du régime public de pensions fait rage au Canada depuis au moins cinq ans. Syndicats et associations de retraités, notamment, alertent les gouvernements que l’épargne volontaire des travailleurs (sous forme de REER ou de CELI) censée compléter le régime public n’est pas suffisante pour leur assurer une retraite adéquate. Ils militent pour une augmentation des contributions obligatoires.

Les représentants des entreprises, pour leur part, s’opposent à cette idée parce qu’elle menacerait des emplois. Jusqu’à présent, les conservateurs s’étaient rangés derrière ces derniers. Cette ouverture soudaine aux contributions volontaires n’a pas été expliquée.

Autant le chef du NPD, Thomas Mulcair, que M. Trudeau raillent cette conversion et l’expliquent par l’élection qui approche. « Il n’y a jamais eu aucune ouverture », a rappelé M. Mulcair en point de presse. « C’est une sorte de conversion sur le lit de mort. » Il y voit la preuve que les conservateurs prennent acte « de ce qui importe au public canadien ». M. Trudeau qualifie de ballon « d’essai politique » le fait « d’essayer de prétendre qu’ils se préoccupent de l’épargne des gens alors qu’ils n’ont rien fait pendant 10 ans ».