«Chaire» proche aidant

Sophie Suraniti Collaboration spéciale
Photo: Hussein Malla Associated Press

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie

En 1998, la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal a lancé une chaire philanthropique en soins infirmiers à la personne âgée et à la famille. Une première au Canada. En 2000, à la suite d’un don majeur, la chaire ajoute « Desjardins » à son libellé. Francine Ducharme sera la première à en bénéficier et à y consacrer quinze années de recherche.

Population vieillissante en croissance, système de santé qui serre la vis de toutes parts : nous allons tous être, à plus ou moins long terme, un proche aidant. Que ces personnes âgées demeurent à domicile ou soient placées dans des établissements spécialisés, devenir proche aidant requiert de bonnes connaissances du système québécois, une clairvoyance dans le partage des responsabilités familiales, une aptitude aussi au lâcher-prise pour préserver une certaine qualité de vie. Entre autres.

Car la liste des superpouvoirs des proches aidants est longue. Tout comme celle du revers de la médaille. On observe en effet chez ces derniers beaucoup de problèmes de santé, notamment mentaux. « On ne veut pas de deux [malades] pour un ! Les familles sont vraiment précieuses. C’est pourquoi il faut les soutenir », s’anime à l’autre bout du fil la chercheuse, profitant d’une pause du colloque. Après avoir exploré le sujet de long en large et évalué diverses approches novatrices, Francine est arrivée à l’étape de valorisation de ses travaux, phase ô combien jubilatoire : la diffusion de la « bonne nouvelle » auprès du personnel soignant, des relais communautaires, etc. Au Québec, mais aussi en Suisse, en Belgique, en France, où déjà certaines formations sont mises en place à travers des programmes de soutien et d’apprentissage découlant de son expertise. Bien sûr, il reste encore du chemin à parcourir.

Le rôle politique de l’infirmière, insuffisamment développé, selon Francine, en fait partie. Pour celle qui est montée plusieurs fois au front, à savoir en commission parlementaire, l’engagement politique est important. « En tant qu’infirmières, nous avons un rôle politique à jouer. Nous sommes encore trop silencieuses. Les infirmières doivent s’engager. » Il est vrai que la pénurie de médecins se révèle être une occasion pour la profession, mais les infirmières ont toujours été importantes dans le système, et ce, quels que soient les vides existants. « La discipline infirmière reste encore méconnue, sous-estimée. Nous avons encore beaucoup de travail à accomplir pour nous faire connaître. La recherche est une voie privilégiée pour cela, car elle permet de bien documenter la profession. » La chaire de Francine se termine le 31 mai 2015. Quelle est la suite pour cette chercheuse accomplie ? « Je viens d’être nommée doyenne de la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal. Quel beau et nouveau défi ! »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

À voir en vidéo