Une clause pour ne plus être muselés

Des fonctionnaires scientifiques ont manifesté mardi à Montréal
et ailleurs au Canada pour réclamer notamment le droit de discuter de leurs recherches, tant sur la scène internationale qu’avec les médias.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des fonctionnaires scientifiques ont manifesté mardi à Montréal
et ailleurs au Canada pour réclamer notamment le droit de discuter de leurs recherches, tant sur la scène internationale qu’avec les médias.

Les fonctionnaires scientifiques réclament haut et fort le droit de discuter de leurs recherches, tant sur la scène internationale qu’avec les médias. Et pour se faire entendre, ces travailleurs de la fonction publique ont pris la rue dans quelques villes canadiennes mardi.

À la veille d’une nouvelle ronde de négociations avec Ottawa, l’Institut professionnel de la fonction publique a manifesté pour sa principale demande : une « politique d’intégrité scientifique ». Une sorte de clause pour la « liberté d’expression des scientifiques de la fonction publique », explique Peter Bleyer de l’IPFP.

Pourquoi réclamer une telle politique pour la première fois cette année ? « On n’avait pas pensé que c’était nécessaire, a avoué M. Bleyer au Devoir mardi. On aurait pensé qu’il y aurait un changement de cap de la part du gouvernement, que la raison l’emporterait. » Mais ses membres demeurent muselés, a-t-il accusé.

Cette politique d’intégrité leur garantirait donc le droit de parole avec les décideurs publics et les médias, et faciliterait leur collaboration avec des collègues de l’international en éliminant les obstacles par exemple à la participation à une conférence à l’étranger.

« Les syndicats, normalement, on met de l’avant des positions pour l’intérêt de nos membres. Mais dans ce cas-ci, c’est vraiment l’intérêt public aussi qu’on défend, a fait valoir M. Bleyer. Nos scientifiques font un travail de recherche, d’analyse. Et il faudrait quand même que cette analyse-là soit considérée par ceux qui développent les politiques publiques. Nos membres ne pensent pas que c’est à eux de décider des politiques, mais ils doivent savoir que ceux qui décident de ces politiques-là ont vu leur recherche, ont considéré leur recherche. Ça fait partie prenante de l’intégrité du processus scientifique. »

À Ottawa, Montréal, Québec et Vancouver, des fonctionnaires ont manifesté pour réclamer ce droit de partager le fruit de leurs recherches.

 

Des recherches saluées aux États-Unis

Une permission qui leur est trop souvent refusée, selon un biologiste d’Halifax qui a attendu de prendre sa retraite avant de dénoncer publiquement le bâillon qui lui étaitimposé. Une conversation avec un journaliste est bien souvent interdite, tout comme un voyage à l’étranger, a déploré en entrevue avec la CBC Steve Campana.

Pourtant, certaines découvertes canadiennes font les manchettes ailleurs. M. Campana et son équipe ont découvert par exemple comment déterminer l’âge d’un homard ou d’une crevette, ce qui pourrait aider à gérer les pêches. La recherche n’a pas pu être publiée au Canada. Mais lorsqu’un collègue de M. Campana en a discuté lors d’une conférence aux États-Unis, « les médias se sont rués sur lui. Les résultats de cette histoire ont été publiés par 127 médias dans 25 pays différents. Voilà que nous avions fait bien paraître la science menée chez Pêches et Océans, et personne n’en a jamais entendu parler ». Pour M. Campana, tout cela n’est qu’une simple « question de contrôle » du fédéral, car quand Ottawa muselle même de simples faits, « ça n’a simplement aucun sens ».

Les négociations entre Ottawa et ses multiples syndicats s’enveniment depuis quelques semaines. L’IPFP n’a notamment plus le droit de se réunir dans des locaux du gouvernement pour discuter avec ses membres, selon M. Bleyer.

Le bureau du président du Conseil du Trésor, Tony Clement, n’a pas répondu au Devoir. Le gouvernement tente de son côté de modifier le régime de congés de maladie des fonctionnaires. Un régime d’invalidité de courte durée remplacerait ces journées cumulables. Les syndicats refusent.

À Ottawa, Montréal, Québec et Vancouver, des fonctionnaires ont manifesté pour réclamer ce droit de partager le fruit de leurs recherches. Dans la métropole, on a pris la peine de distribuer des petits gâteaux tout en dénonçant haut et fort l'intransigeance du gouvernement Harper.


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