Entre inefficacité et méconnaissance

Les pratiques alimentaires des peuples du Nord ont changé, mais la chasse et la pêche demeurent.
Photo: Arnaud Stopa Le Devoir Les pratiques alimentaires des peuples du Nord ont changé, mais la chasse et la pêche demeurent.

En novembre 2014, le vérificateur général du Canada (VG) remettait en question l’efficacité du programme Nutrition Nord Canada (NNC). Ce dernier, avec son budget annuel de 60 millions, a pour but d’améliorer l’accès « aux aliments sains dans les collectivités nordiques isolées et de rendre ces aliments plus abordables ».

Mis en place en 2011, NNC remplace Aliments-poste qui, depuis les années 60, permettait aux particuliers de se faire livrer des denrées du Sud, aux prix du Sud, par un service postal. Alors que l’ancien programme reposait sur les individus, la nouvelle mouture est davantage axée sur le marché. L’argent est ainsi « versé aux détaillants et aux fournisseurs », qui doivent ensuite ajuster leurs prix en conséquence. Or, selon l’audit du VG, la valeur des produits sur les tablettes n’est pas toujours modulée en fonction des montants perçus par les entreprises de distribution.

Une autre critique ciblait l’admissibilité des collectivités, cette dernière n’ayant pas été déterminée en fonction des besoins. Par exemple, de nombreuses communautés aux prises avec de graves problèmes d’insécurité alimentaire ne peuvent pas se prévaloir du programme en raison de leur accès routier.

À la suite de la publication de ce rapport, le ministère des Affaires autochtones et du Développement du Nord, qui chapeaute le programme, a procédé à certains changements basés sur les recommandations du VG. Notons, entre autres, « l’évaluation de la marge de profits des détaillants » qui devrait permettre un meilleur encadrement des prix.

« On ne voit pas l’impact de ces programmes sur le terrain, déplore Malek Batal, de l’Université de Montréal. Les chiffres nous montrent qu’il y a un problème d’envergure. Et oui, à la base, c’est un problème économique, mais c’est beaucoup plus compliqué que ça. »« Il y a surtout un problème de transmission de l’information, lance le responsable de la recherche du CISA, Chakda Yorn. Dans les communautés, les gens ne connaissent pas vraiment, voire pas du tout, les programmes disponibles. » Pire encore, selon lui, ce sont surtout des « gens du Sud qui viennent travailler dans le Nord » qui s’en prévalent.

Pour les deux chercheurs, les choses sont toutefois claires : pour qu’un véritable changement s’opère, les différents paliers gouvernementaux devront absolument travailler avec les populations locales. « Car, à la base même de la sécurité alimentaire, il y a un problème de gouvernance », souligne M. Batal. « Il faut arrêter d’essayer d’importer les solutions du Sud dans le Nord, insiste Diane Croteau, du projet de serre de Chisasibi. Tant que ça va être “un projet de Blanc”, ça ne fonctionnera pas. Il faut que les solutions viennent d’eux, soient pensées par eux, pour eux. »

Des serres nordiques subventionnées

Le premier ministre Stephen Harper annonçait, en août 2014, la mise en place de l’Initiative de serriculture dans le Nord. Ce programme prévoit un budget de 2 millions de dollars étalé sur deux ans pour « accroître la productivité et la commercialisation » des projets agricoles au Yukon, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut. Il permettra, entre autres, de s’assurer « de la faisabilité des projets de serre en climat nordique ».

Au Québec, il n’existe que très peu de programmes visant l’insécurité alimentaire chez les autochtones du Nord, ceux-ci relevant surtout de la compétence fédérale. Le gouvernement provincial s’est tout de même engagé à verser une subvention de 33 millions, étalée sur trois ans à partir de 2014-205, à l’Administration régionale Kativik pour aider à diminuer le coût de la vie dans les 14 villages inuits du Nunavik. Ce montant ne concerne toutefois pas les communautés cries de la Baie-James en raison de l’accès routier dont disposent ces dernières.


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