Le Canada libère son enfant-soldat

C’est un Omar Khadr souriant et adulte qui s’est présenté devant les journalistes jeudi soir. Terroriste selon certains, enfant soldat selon d’autres, M. Khadr souhaite que les Canadiens lui donnent « l’occasion » de leur montrer qui il est vraiment. « Ça prendra peut-être un certain temps, mais je vais vous prouver que je suis une bonne personne. »

Libéré sous caution jeudi matin après 13 années d’emprisonnement, l’homme aujourd’hui âgé de 28 ans se lance dans un long processus de réintégration sociale.

« J’en apprends encore en mon sujet. Je n’ai pas eu beaucoup d’expérience de vie », a-t-il admis, d’un air humble, tout en gardant le sourire. Son père étant proche du terroriste Oussama ben Laden, Omar Khadr avait fréquenté ses camps d’entraînement en Afghanistan.

L’avocat d’Omar Khadr, Me Dennis Edney, était à ses côtés lors de sa première sortie publique. Il reconnaît qu’« il faudra y aller tranquillement avec Omar. […] C’est la première fois qu’il sort depuis qu’il a 15 ans. »

Le jeune homme avait aussi un message pour le premier ministre canadien, Stephen Harper. « Je suis une meilleure personne qu’il le croit. »

M. Khadr aimerait poser certaines questions à son père, mais préfère se concentrer sur l’avenir. Il conseille à tous de s’éduquer, puisque c’est à ses yeux la meilleure façon d’éviter l’extrémisme. « Beaucoup de personnes se font manipuler parce qu’elles ne sont pas éduquées ».

Pour l’instant, M. Khadr souhaite profiter de sa liberté. « C’est mieux que je pensais. L’accueil des Canadiens l’est aussi. »

L’homme condamné a retrouvé sa liberté à certaines conditions. Il portera un émetteur à la cheville, habitera chez son avocat, respectera un couvre-feu et ne pourra quitter la province sans le consentement des autorités. Ses communications avec ses proches seront également supervisées et réglementées. Omar Khadr attend que les tribunaux américains entendent sa cause en appel. En 2010, il avait été condamné à huit ans de prison.

Libération au goût amer

Lorsqu’il s’est adressé aux médias en après-midi, Me Edney jubilait. « C’est un jour merveilleux pour la justice. C’est un départ. »

L’avocat conserve toutefois un goût amer de ce « voyage qui a duré trop d’années ». « Nous avons laissé un enfant canadien se faire torturer à Guantánamo. »

Il n’a pas manqué de s’attaquer au premier ministre canadien. « Mon opinion est claire : M. Harper est un fanatique qui n’aime pas les musulmans. […] Tentait-il de montrer qu’il est dur avec les criminels en s’attaquant à un enfant ? »

Le gouvernement canadien, qui n’a su convaincre la juge que la libération de M. Khadr constituerait une menace à la sécurité publique et nuirait aux bonnes relations du Canada avec les autres pays, a été très déçu par la nouvelle.

Aux yeux du ministre de la Sécurité publique, Stephen Blaney, un « terroriste » circulera désormais dans les rues canadiennes.

Son attaché de presse Étienne Rainville a rappelé que M. Khadr avait plaidé coupable a des accusations de « crimes odieux », notamment le meurtre du sergent Christopher Speer, infirmier de l’armée américaine, dont il a salué la famille. « Nos pensées et nos prières accompagnent la famille du sergent Christopher Speer dans ces moments difficiles. »

Selon plusieurs défenseurs des droits de la personne, M. Khadr aurait faussement avoué ses crimes sous les méfaits de la torture.

Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a refusé de se prononcer sur la libération de M. Khadr. La députée du Nouveau Parti démocratique Rosane Doré Lefebvre, qui suit l’histoire depuis ses débuts, affirme que son parti ne prendra pas position sur la libération puisque « depuis le départ, il n’y aurait pas dû y avoir d’ingérence politique dans ce dossier ».

Un cas particulier

Arrêté en Afghanistan en 2002, puis jugé par une commission militaire américaine pour crimes de guerre, M. Khadr a été emprisonné à Guantánamo, puis rapatrié au Canada en 2012, où il a continué à purger sa peine de huit ans.

« Habituellement, lorsqu’il y a un transfert [de détenu] d’un pays à un autre, le nouveau pays d’accueil ne peut remettre en question sa condamnation. Néanmoins, puisqu’il a été jugé par une commission militaire, Khadr a un droit assez particulier de faire réviser sa peine aux États-Unis. Il pourra alors soit être libéré ou obligé de purger sa peine au Canada », explique Fannie Lafontaine, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la justice internationale pénale et les droits fondamentaux.

Mme Lafontaine indique qu’il est fort probable que son appel aux États-Unis ne soit pas entendu avant 2018, année où prend fin sa peine. L’appel serait alors considéré comme caduc.

Une juge albertaine de première instance a ordonné, il y a deux semaines, la libération sous caution du Torontois, le temps que l’appel de sa condamnation aux États-Unis fasse son chemin. Le gouvernement canadien en avait appelé de cette décision, sans succès.

En parallèle, la poursuite au civil de 20 millions de dollars d’Omar Khadr contre le gouvernement est en cours et la contestation par Ottawa de son statut de mineur doit être entendue en Cour suprême du Canada la semaine prochaine.

Ça prendra peut-être un certain temps, mais je vais vous prouver que je suis une bonne personne

14 commentaires
  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 8 mai 2015 03 h 10

    + Beau qu'un sourire de top Modèle!

    Youppi! Hip! Hip! Hip! Hourra! Chou Blaney! Honte à ta race!

    Propos les + intelligents qui furent aussi publiquement éventés depuis les enseignements de Mandela: « Beaucoup de personnes se font manipuler parce qu’elles ne sont pas éduquées "

    Et voilà! Patatra! Pas car ils sont des bestiaux à abattre! Message à Stéphane, à tous son cheptel, mais aussi à tous les québécois qui s'en tamponne complètement le Coquillard que des canadiens sont en train de développer des traumatismes incurables en dégommant des pauvres arabes qui n'ont juste rien à perdre et AUCUNE éducation, hormis les revendications rebelles de la très sympathique EI.

    Il n'en reste plus que 700 qqes a qui fournir un avocat et un procès équitable!

    Car contrairement à l'avocat de M. Kadr, je suis aussi indignée par un vieil afghan qui se fait torturer à Guatanamo, pas juste par l'enfant canadien!

    Kadr, si les anglais te traitent comme un " jihadiste", saute ds une barque pour la Baie, Barak n'a pas accepté mon offre de troc présidentiel, donc mon divan-lit est tjs libre! Je te ferai découvrir la Poutine au fromage Boivin, écouter les Colocs, nous regarderons "Question pour un Champion" toutes les nuits, et cet hiver, nous irons à la pêche aux petits poissons des chenauds! Les Baie-Riverins sont ben accueillants et n'ont pas trop de préjugés. Bp ont déjà été eux aussi en cabane, tu ne seras pas seul de ta gang! Je ridiculise Harper et j'adore comme toi me cultiver! Une chose est sûre, ce n'est surtout pas moi qui te regarderai telle de la vermine. Et je sais comme toi ce qu'est la Profonde Souffrance et la Séquestration! Je suis sure, d'ici à ce que Cloutier devienne chef du PQ, que j'arriverai à te montrer l'infini Richesse du Qc et que même si tu ne représente qu'un damné vote ethnique, tu cocheras " oui" avec Fierté, éclairé par la lanterne que je suis, et seras ainsi affranchi d'un gouvernement qui ne voit rien de + en toi, nonobstant ce Sourire Contagieux, qu'un " Terrorriste"!

  • Claude Lemire - Abonné 8 mai 2015 04 h 03

    Organiser sa visite au Québec

    Il faudrait qu'un organisme organise une visite d'Omar Khadr au Québec.

    Une conférence de sa part aurait beaucoup plus d'influence sur les jeunes tentés par l'extrémisme que les mesures prévues par la loi C-51...

    • Yves Corbeil - Inscrit 8 mai 2015 12 h 00

      Je suis tout à fait d'accord avec vous.

  • Patrick Daganaud - Abonné 8 mai 2015 07 h 16

    Nous avons laissé un de nos enfants se faire torturer par le pays de Harper

    Nous avons laissé un de nos enfants se faire torturer par ce Canada!

    Ce Canada n'est pas notre pays.

    La contestation par le gouvernement Harper du statut de mineur d'Omar Khadr sera déboutée en Cour suprême: il ne se peut pas que nos instances juridiques cautionnent le terrorisme d'État qui, sous les conservateurs, a instrumentalisé le cas de cet enfant.

    Je pense qu'une majorité saine de Canadiens partage l'avis de l'avocat d'Omar Khadr, Me Edney, à l'effet que « M. Harper est un fanatique. »

    Le ministre de la Sécurité publique, Stephen Blaney, aurait dû garder « une petite gêne » avant de déclarer qu'un terroriste (sic) circulera désormais dans les rues (ontariennes, porteur d'un émetteur à la cheville, domicilié chez son avocat, encadré et espionné dans ses communications, astreint à un couvre-feu et assujetti au consentement des autorités pour ses déplacements hors de sa province.
    Mais non, Blaney n'est pas à une insanité près. C'est un peu comme si on demandait à un crotale de retenir son venin.

    La juge albertaine qui a ordonné la libération d'Omar Khadr a fait un premier pas réparateur, 13 ans après notre monumental dérapage.

    C'est un enfant que nous avons emprisonné: il n'a jamais constitué une menace à la sécurité publique et a bien moins nui aux bonnes relations du Canada avec les autres pays que ne le fait le gouvernement de Harper depuis sa première élection.

    Nous étions un Canada pacificateur, nous sommes des G.I. Joe écervelés.
    Nous avions des valeurs, nous avons la Terreur, le règne de l'arbitraire conservateur. Yark!

  • Guy Chicoine - Abonné 8 mai 2015 07 h 19

    Heureux

    Ce que je suis chanceux de ne pas faire partie de ce gouvernement qui confond enfant soldat et terroriste !
    Entraîné par son père de l'âge de 10 à 15 ans sur une piste violente, cet ado de 15 ans traine jusqu'à 23 ans le poids d'une vision d'un parti (pris) dogmatique.

    Puisse le bons sens prendre le dessus !

    • Robert Parthenais - Inscrit 8 mai 2015 07 h 57

      oui le bon sens !

      Michel Houellebecq: «Celui qui contrôle les enfants contrôle le futur, point final».

  • François Dugal - Inscrit 8 mai 2015 07 h 23

    Le crime d'Omar Khadr

    Le seul crime d'Omar Khadr est d'avoir eu un père fanatique; on ne choisit pas ses parents. Cette saga aura montré aux canadiennes et aux canadiens le véritable visage du part conservateur canadien.