Le NPD met fin au règne des conservateurs

Edmonton — La terre a tremblé en Alberta. Le Nouveau Parti démocratique a mis fin au long règne de 44 ans du Parti progressiste-conservateur en remportant les élections générales en Alberta, la plus conservatrice des provinces canadiennes.

Plus de trois heures après la fermeture des bureaux de scrutin, passé une heure du matin, heure de Montréal, le NPD comptait 50 élus et menait dans trois autres circonscriptions. Sa victoire est si éclatante qu’il pourrait même former un gouvernement majoritaire.

La nouvelle première ministre élue, Rachel Notley, a été accueillie par des partisans heureux et enthousiastes. «Le changement est finalement arrivé en Alberta, a-t-elle lancé d’amblée. De nouvelles personnes, de nouvelles idées et un nouveau départ pour notre grande province.»

Celle qui deviendra la 17e première ministre de l’histoire de l’Alberta — la première néodémocrate — s’est engagée à «travailler fort tous les jours pour mériter la confiance de la population de l’Alberta».

Mme Notley a aussi voulu rassurer la communauté d’affaires de la province en disant que son gouvernement allait être un «bon partenaire». «Nous travaillerons ensemble pour commencer à édifier une économie plus diversifiée et plus vigoureuse», a-t-elle dit.

Elle s’est aussi adressée à la population autochtone de sa province. «Nous pouvons être de meilleurs partenaires et de meilleurs voisins. Je souhaite vous consulter et apprendre de vous», a-t-elle déclaré.

Elle a aussi avoué son voeu de travailler avec le premier ministre fédéral Stephen Harper et ses nouveaux collègues des autres provinces et territoires sur de nombreux sujets. Elle compte notamment promouvoir une politique nationale sur l’environnement. «Il nous faut construire des ponts plutôt que nous donner des yeux au beurre noir.»

Le PCC en déroute

La déroute est si totale pour le Parti progressiste-conservateur (PPC) qu’il pourrait même ne pas former l’opposition officielle. Les troupes de Jim Prentice n’avaient que huit élus et menaient alors dans seulement trois des 87 circonscriptions que compte la province.

Visiblement ébranlé par les résultats, M. Prentice a annoncé sa démission à titre de chef du PPC. Il a même ajouté qu’il ne siégera pas à l’Assemblée législative, lui qui a pourtant été élu dans la circonscription de Calgary—Foothills.

Il a défendu sa décision de déclencher des élections un an avant la fin de son mandat. «Je pensais que c’était nécessaire afin d’avoir un mandat clair pour répondre aux défis auxquels l’Alberta devra faire face, a-t-il déclaré devant ses partisans. Ces décisions appartenaient aux Albertains, pas à moi. Ils ont pris leur décision aujourd’hui et déterminé l’avenir de la province.»

Jim Prentice n’aura été premier ministre de l’Alberta que pendant huit mois.

Le Wildrose renaît

Tel le phénix, le Wildrose, que de nombreux observateurs avaient enterré l’automne dernier après la défection de sa chef et de plusieurs députés, est parvenu à renaître de ses cendres. Il compte 20 élus et menait dans une circonscription. Il formera l’opposition officielle à l’Assemblée législative.

Dans son discours, Brian Jean — un ancien député conservateur fédéral — a rappelé que son parti revenait de loin. «On disait qu’on était mort. Que le mastodonte [Jim Prentice] enlèvera 77 ou 82 sièges. Les observateurs ont oublié l’important. La politique n’est pas quelque chose qui appartient à un seul homme ou à des députés seuls. Elle concerne tous les Albertains», a-t-il déclaré.

Fier d’avoir multiplié par quatre la représentation de son parti à l’Assemblée législative, M. Jean a promis de représenter une ardente opposition au nouveau gouvernement néodémocrate. Il a aussi eu des bons mots pour le premier ministre sortant. «M. Prentice est un bon homme qui était dans le mauvais parti au mauvais moment.»

Le chef du Parti libéral, David Swan, et celui du Parti de l’Alberta, Greg Clark, ont sauvé leur parti d’un balayage. «Vous avez voté pour le changement. Il était grand temps», a déclaré M. Swan.

Le NPD dominait au chapitre des voix exprimées, obtenant 40 %. Le PPC suivait à 28 % et le Wildrose à 24 %. Le Parti libéral pâtissait de la montée des néodémocrates, ne récoltant que 4,21 %.

De victoire facile à catastrophe annoncée

Comme prévu, le NPD dominait à Edmonton tandis que les progressistes-conservateurs perdaient des plumes à Calgary et même dans les régions rurales, particulièrement dans le nord de la province où il a cédé près de 20 points de pourcentage.

Deron Bilous, le candidat du NPD dans Edmonton-Beverly-Clareview, a été le premier candidat déclaré élu de la soirée. Il a précédé de peu sa chef, Rachel Notley qui l’a emporté dans Edmonton-Strathcona. Le premier ministre sortant Jim Prentice et le chef du Wildrose, l’ancien député fédéral conservateur Brian Jean, ont eux aussi été élus, même si le premier a déjà annoncé son intention de démissionner à titre de député.

Signe de la déroute conservatrice, deux ministres ont été élus, un autre était en tête dans sa circonscription. Douze de leurs collègues ont été déclarés battus.

Jim Prentice a déclenché les élections le 7 avril, soit un an plus tôt que la date prévue par la loi, affirmant avoir besoin d’un mandat pour exécuter un budget austère qui propose d’importantes hausses d’impôts et de taxes diverses, et des coupes dans les dépenses. L’Alberta désire cesser de dépendre essentiellement des revenus du pétrole, en baisse depuis la dernière année.

Au moment de la dissolution, le Parti progressiste-conservateur (PPC) détenait 72 des 87 places au Parlement. Mais ce qui devait être une victoire facile pour M. Prentice s’est transformé en véritable catastrophe.
«Je pensais que c’était nécessaire afin d’avoir un mandat clair pour répondre aux défis auxquels l’Alberta devra faire face. Ces décisions appartenaient aux Albertains, pas à moi. Ils ont pris leur décision aujourd’hui et déterminé l’avenir de la province.»

Jim Prentice, devant ses partisans


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13 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 6 mai 2015 01 h 35

    Merci, pour votre courage

    un peu d'espoir au bout du tunnel, il était temps, félicitation a vous tous les albertains, nous n'en pouvions plus de voire tous nos valeurs s'effrondrer, merci, pour votre courage

  • Raymond Chalifoux - Inscrit 6 mai 2015 06 h 41

    Dieu soit loué!

    Quelle formidable lueur d'espoir!

    Et avec un gouvernement majoritaire, Rachel Notley ne risque pas de devoir nous jouer la version canadienne de la pièce "Le pouvoir politique avorté ou une gigantesque désillusion nommée Obama"!

    Méchante série de pendules à mettre à l'heure, donc: l'environnement, les sables-à-bitume., les relations avec les autochtones (surtout les femmes, celles qui disparaissent...): WOW ET RE WOW!

  • Jacques Boulanger - Inscrit 6 mai 2015 06 h 56

    Victoire de la droite ?

    Imaginez un mode de scrutin à deux tours ou proportionnel et c'était la victoire de la droite !

    • Sylvain Auclair - Abonné 6 mai 2015 09 h 36

      Merci de le signaler!

  • François Dugal - Inscrit 6 mai 2015 07 h 43

    Chantons en choeur

    "C'est le début d'un temps nouveau".

    • Daniel Bérubé - Inscrit 6 mai 2015 10 h 49

      Espérons pouvoir chanter la même chose à l'automne...

    • Sylvain Auclair - Abonné 6 mai 2015 14 h 28

      Quoi, monsieur Bérubé? 53% pour la droite et 41% pour la gauche? Et comme il n'y a qu'un parti de droite au niveau fédéral...

  • Christian Montmarquette - Abonné 6 mai 2015 07 h 46

    Victoire du NPD en Alberta ?

    Victoire du NPD en Alberta ???

    Je capote !!