Trudeau veut soulager la classe moyenne sur le dos du 1 %

Le chef libéral Justin Trudeau
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef libéral Justin Trudeau

Le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, parle depuis maintenant deux ans de son désir de soulager la classe moyenne au pays. Lundi, il a dévoilé son jeu en promettant de se faire Robin des Bois. Il entend remanier les paliers d’imposition et les prestations destinées aux familles afin d’alléger le fardeau fiscal des familles gagnant moins de 150 000 $. Le 1 %, lui, passera à la caisse.

Le plan libéral dévoilé lundi à un événement digne d’une campagne électorale modifie les quatre paliers d’imposition actuels et en ajoute un cinquième au sommet. Ainsi, le taux d’imposition des revenus de 45 000 $ à 89 000 $ passera de 22 % à 20,5 % tandis qu’un nouveau taux de 33 % est instauré pour les revenus de 200 000 $ ou plus. La grille s’arrête présentement à 29 % pour les revenus excédant 138 586 $.

L’image est forte, répète-t-on en coulisses : les Canadiens gagnant plus de 200 000 $ représentent le 1 % symbolique de tous les contribuables. Or, la somme qu’on va chercher dans leurs poches — 3 milliards de dollars — est exactement la même que celle qu’on retourne dans celles des autres. « C’est un peu comme Robin des Bois. On prend l’argent dans la poche du 1 % pour le redonner à la classe moyenne », explique un stratège qui a demandé l’anonymat. Cette mesure est donc à coût nul. Précisons que toute personne gagnant plus de 89 000 $ bénéficiera aussi du congé fiscal (maximum de 670 $ par année) pour la tranche de ses revenus compris entre 45 000 et 89 000 $.

Aide aux familles

La seconde mesure proposée par les libéraux touche les allocations versées aux parents. Encore une fois, les changements effectués ont pour effet de bonifier l’aide consentie aux familles de la classe moyenne en annulant celle accordée aux plus fortunées. « M. Harper n’a pas les moyens, mais nous, on les a, parce que notre plan est progressif. On en fait plus pour ceux qui en ont besoin en en faisant moins pour ceux qui n’en ont pas besoin », a déclaré M. Trudeau, devant des familles réunies dans un restaurant populaire de Gatineau.

Le Parti libéral promet ainsi d’abolir la Prestation fiscale canadienne pour enfants (PFCE), destinée aux familles à faible revenu, et la Prestation universelle pour la garde d’enfants (PUGE), versée à tout le monde, pour les remplacer par une nouvelle Allocation canadienne aux enfants (ACE) qui prendra la forme d’un chèque mensuel non imposable.

Le montant de base de l’ACE libérale sera de 6400 $ par année par enfant de moins de 6 ans, et de 5400 $ pour tout enfant de 6 à 17 ans. Ce montant diminuera progressivement à mesure que le salaire combiné des parents augmente. À 200 000 $ ou plus, les familles ne toucheront plus rien. Toutes les familles avec un revenu combiné de 150 000 $ ou moins auront au final plus d’argent en poche qu’avec les prestations conservatrices. Ainsi, une famille de deux enfants gagnant un revenu combiné de 90 000 $ touchera 5875 $ par rapport à 3300 $ avec le plan conservateur. Cette même famille qui gagnerait 200 000 $ économiserait 1950 $ de plus avec le plan conservateur. La PUGE conservatrice prend elle aussi la forme d’un chèque mensuel, mais elle est imposable en fin d’année.

Cette seconde mesure du plan libéral coûtera 22 milliards de dollars par année. La somme proviendra de l’abolition de la PUGE (8 milliards) et de la PFCE (10 milliards) ainsi que de l’annulation du fractionnement du revenu (2 milliards) instauré cette année par les conservateurs. M. Trudeau n’a pas révélé pour l’instant où il ira chercher les 2 milliards manquants. Il a fait allusion aux surplus anticipés de 1,7 milliard en 2016, à l’annulation des publicités partisanes et à l’annulation de la hausse à 10 000 $ du plafond de cotisations à un CELI (cette dernière mesure ne rapporterait que 70 millions en 2016). Pour le reste, d’autres annonces suivront, a dit le chef libéral. « Notre plan fiscal sera très clair. »

La « taxe Trudeau »

 

Ce flou est à l’origine de la critique néodémocrate. « Comment le plan peut-il être à court de deux milliards de dollars ? », a demandé Guy Caron, le critique adjoint en matière de Finances. M. Caron a rappelé que les deux tiers des contribuables gagnaient moins de 45 000 $ (la moyenne canadienne est de 37 000 $) et que ces gens ne bénéficieraient pas du congé fiscal. On sentait le malaise, toutefois, quand il a dû reconnaître que son chef, Thomas Mulcair, avait promis « de ne pas augmenter les impôts des particuliers » et qu’« effectivement », cela valait pour les contribuables gagnant 200 000 $ ou plus.

De leur côté, les conservateurs ont martelé que le plan libéral équivalait à une « taxe Trudeau ». Le ministre Pierre Poilièvre, envoyé au front pour l’occasion, a justifié cette accusation en faisant valoir que les deux tiers des Canadiens ayant contribué au maximum à leur compte CELI gagnent moins de 60 000 $. Il en déduit que ces gens-là se prévaudraient du plafond rehaussé à 10 000 $ et qu’ils en seront empêchés avec Justin Trudeau. M. Poilièvre a passé sous silence le fait que ces économes représentent à peine 5 % de tous les contribuables canadiens.

Les libéraux entendent faire campagne sur le thème de l’équité fiscale tout l’été, explique un stratège. « En instaurant le fractionnement du revenu, Harper nous a donné un thème de campagne. C’est un cadeau du ciel qu’il fasse ça. »

3 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 5 mai 2015 03 h 28

    Robin des Bois !!!?

    Robin des Bois !!!?
    Non, une lignée familiale ne se cache pas si aisément.
    Quand on voit clair, on comprend vite qu'il est plutôt un genre de nouveau Boby des Rois d'un Canada qui se voit comme à la mode...

    Tourlou !

  • Sylvain Rivest - Inscrit 5 mai 2015 09 h 56

    toujours moins que l'autre....

    Harper pille les plus pauvres pour engraisser les plus riches.
    En baissant les impôts des plus riches et détruisant les services aux canadiens.
    Poussant ainsi la population entre les mains des requins du privé.
    Les baisses d'impôts des reformistes ont détruit les revenus du canada détruisant ainsi la sécurité alimentaire, feroviaire, portuaire, douanière. Sans oublier la recherche scientifique, les arts, l'information, les communications, le soutien à la population.

    Justin Trudeau sera toujours moins pire que ces réformistes du canada profond.

  • Cyril Dionne - Abonné 5 mai 2015 19 h 18

    No thanks Justin

    Notre petit prince, Trudeau junior, celui qui est né avec une cuillère d'argent dans la bouche, veut soulager la classe moyenne sur le dos de leurs économies. Alors pour notre robin des bois et ses joyeux lurons de la forêt multiculturaliste "liberal", on repassera.