Surfer sur la vague orange, puis partir

C’est ce qu’on pourrait appeler la sélection naturelle appliquée aux partis politiques. Trois députés québécois du Nouveau Parti démocratique se sont fait montrer la porte par les militants au cours des dernières semaines, les trois ayant perdu leur course à l’investiture. Au moins deux ont renoncé à se porter candidats à l’élection cet automne dans une autre circonscription, mettant un terme à leur courte carrière politique.

La dernière victime en date est Francine Raynault. La députée de Joliette a perdu dimanche soir sa course à l’investiture contre Danielle Landreville. Mme Raynault faisait partie de ces députés méconnus élus en 2011 à la faveur de la vague orange ayant propulsé le NPD au rang d’opposition officielle à la Chambre des communes. La défaite est d’autant plus amère pour Mme Raynault que sa rivale, aujourd’hui conseillère municipale à Joliette, avait déjà travaillé pour elle comme adjointe en début de mandat. Mme Raynault n’a pas rappelé Le Devoir lundi.

Le scénario s’est répété il y a un mois pour Tyrone Benskin, le député de Jeanne-Le Ber à Montréal. Ce comédien que le NPD présentait en 2011 comme un de ses candidats-vedettes n’a pas réussi à conserver son poste en vue du scrutin d’octobre. M. Benskin a été défait par l’avocate Allison Turner dans la circonscription rebaptisée de Ville-Marie–Le Sud-Ouest–Île-des-Soeurs. Les frontières de cette circonscription n’ont pas changé de manière significative avec le redécoupage, mais en entrevue avec Le Devoir, M. Benskin a soutenu que c’était la raison de sa défaite. « C’est quelque chose qui m’a affecté. » Il réfute l’allégation qu’il ait été puni pour n’avoir pas assez travaillé. « Je suis dans le comté chaque semaine », a-t-il répété. Il soutient ne pas avoir encore décidé s’il se portera candidat dans une autre circonscription.

Enfin, le troisième élu de Thomas Mulcair à goûter à cette médecine est Marc-André Morin, député de Laurentides-Labelle. M. Morin a mordu la poussière contre l’urgentologue Simon Pierre Landry en mars dernier. M. Morin tire un trait sur la vie politique. Dans la lettre ouverte qu’il a écrite à ses concitoyens, il parle d’une « défaite crève-coeur » qui ne lui a fait perdre « ni [s]on honneur, ni [s]on engagement ». Il s’engage à rester député jusqu’à l’élection.

Ni M. Morin ni Mme Raynault ne détenaient de fonctions officielles dans le cabinet fantôme de Thomas Mulcair. Tyrone Benskin avait déjà dans le passé été porte-parole officiel en matière de Patrimoine. Les trois courses à l’investiture ont rameuté entre 150 et 250 militants chacune.

Sélection naturelle

Dans les coulisses néodémocrates, on assure que le parti n’a pas agi en sous-main pour opposer des adversaires aux trois députés. « C’est un processus assez naturel qui s’opère », explique-t-on plutôt. Si un député fait bien son travail, « qu’il ramasse de l’argent, recrute des membres, reste actif », probablement que personne n’osera le contester, fait-on valoir. Et même s’il y a de la concurrence, continue cette source qui désire rester dans l’ombre, « le député sortant devrait réussir à rester maître de l’investiture ». « Les gens contestés à l’investiture doivent tirer leurs propres conclusions. »

Ces trois défaites devraient donner matière à réfléchir à au moins deux autres élus. Comme le rapportait La Presse en février dernier, le NPD n’est pas satisfait du travail de ses députés José Nunez-Melo (dans la circonscription de Laval, qui deviendra Vimy) et Réjean Genest (Shefford). Leur investiture n’a pas encore eu lieu. On sait que M. Nunez-Melo fera face à Jacinthe Gagnon, l’ex-présidente du comité des femmes du NPD.

À titre de comparaison, quatre des cinq élus conservateurs du Québec ont déjà eu leur investiture et chacun l’a remportée par acclamation. Des cinq députés libéraux sortants se représentant à l’élection, seul Stéphane Dion a dû se battre contre un adversaire pour conserver le droit d’être candidat dans Saint-Laurent. Il a gagné la course.

L’exclusion d’un député sortant lors d’une investiture reste un événement rare en politique, souvent le résultat du redécoupage de la carte électorale. Le controversé député conservateur Rob Anders s’est fait montrer la porte par les militants… deux fois plutôt qu’une cet automne (il avait tenté sa chance dans une seconde circonscription après sa première défaite). M. Anders, connu pour ses déclarations provocatrices, avait dans le passé maintes fois fait l’objet de tentatives de putsch par les militants conservateurs. Il ne pourra se présenter à l’élection pour Stephen Harper.

Lors du précédent redécoupage électoral, en 2004, quelques luttes épiques avaient fait les manchettes, dont celle ayant mené au départ de Sheila Copps. Mais dans tous les cas defigure, y compris celui de Mme Copps, deux députés sortants s’affrontaient après que leurs circonscriptions eurent été amalgamées.

4 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 28 avril 2015 07 h 34

    Enrichissons notre vocabulaire

    Bercail :
    Foyer, maison, pays.

    • - Inscrit 28 avril 2015 10 h 57

      Oui, mais ça veut aussi dire bergerie. Les moutons quoi !

  • Olivier Lachance - Abonné 28 avril 2015 11 h 46

    Une rectitude importante

    « M. Benskin a été défait par l’avocate Allison Turner dans la circonscription rebaptisée de Ville-Marie–Le Sud-Ouest–Île-des-Soeurs. Les frontières de cette circonscription n’ont pas changé de manière significative avec le redécoupage, mais en entrevue avec Le Devoir, M. Benskin a soutenu que c’était la raison de sa défaite. « C’est quelque chose qui m’a affecté. »

    Est-ce que le Devoir peut réellement faire ses devoirs. La circonscription en question a énormément changé entre l'élection de 2011 et celle de 2015. En fait, ils ont redivisé la circonscription. L'ouest s'est joint avec Lasalle, tandis que l'est est avec le Sud-Ouest et Ville-marie.

    Ancienne: http://www.elections.ca/res/cir/maps/mapprov.asp?m
    Nouvelle
    http://www.elections.ca/res/cir/maps2/mapprov.asp?
    http://www.elections.ca/res/cir/maps2/mapprov.asp?

    Savoir s'il a été désavantagé par ce changement, je l'ignore. Sa base électorale se trouvant dans le Sud-Ouest, il a décidé de se présenter dans Sud-Ouest-Ville-Marie en abandonnant la partie Verdun de son ancienne circonscription. On note que Ville-Marie engloble la section du Centre-Ville de Montréal alors que la dernière ne le fesait pas.

  • Gilles Théberge - Abonné 28 avril 2015 11 h 46

    Poteau

    Je place des tuteurs à certains de mes arbres. Il arrive qu'ils tombent et à la fin ils tombent tous.

    Ils avaient accepté d'être poteau. C'est le destin ultime des poteaux. Certains, plus lucides assurément ont décidé de tirer leur révérence.