La part du lion à la sécurité

La sécurité sera aussi rehaussée au Parlement. Comme promis après l’attaque d’octobre dernier, les trois services de police qui surveillent la Colline seront amalgamés sous l’égide de la GRC. Ce qui coûtera 60,4 millions sur trois ans.
Photo: Sean KilPatrick La Presse canadienne La sécurité sera aussi rehaussée au Parlement. Comme promis après l’attaque d’octobre dernier, les trois services de police qui surveillent la Colline seront amalgamés sous l’égide de la GRC. Ce qui coûtera 60,4 millions sur trois ans.

Budget pré-électoral oblige, le gouvernement conservateur est fidèle à ses dadas en consacrant une large part de ses nouvelles dépenses à la sécurité. La Défense nationale à elle seule recevra près de 12 milliards de dollars sur dix ans ; les agences de sécurité hériteront de 300 millions ; et près de 100 millions serontinvestis pour sécuriser les bases militaires, le parlement… et les tribunaux fédéraux.

Si le ministère de la Défense a écopé l’an dernier des restrictions budgétaires d’Ottawa — voyant ses fonds d’acquisition reportés de plusieurs années —, il a droit cette année à un gros cadeau. Son budget — qui se chiffre cette année à 13,5 milliards — croîtra bientôt de 3 % annuellement, plutôt que de 2 % à l’heure actuelle depuis 2011. Une hausse de 11,8 milliards sur dix ans, mais qui ne se chiffrera qu’à 184 millions la première année en 2017.

N’est-ce pas un écran de fumée, puisque les fonds se feront attendre encore deux ans ? Non, parce que laDéfense profitera d’une bonification continue de son budget, a rétorqué le ministre des Finances, Joe Oliver. « On parle d’augmenter la croissance et c’est significatif. »

Ottawa investira de surcroît dès cette année pour payer sa mission contre le groupe armé État islamique en Irak et en Syrie. Le ministre de la Défense, Jason Kenney, avait prévenu au début du mois qu’il en coûterait 406 millions pour prolonger la mission d’un an. De cette somme, 360 millions ont été ajoutés au budget de mardi. Ce qui s’ajoute aux 122 millions consacrés lors de la dernière année fiscale pour les six premiers mois du déploiement aérien en Irak.

La formation de l’armée ukrainienne par les soldats canadiens coûtera de son côté 7,1 millions pour l’année en cours.

Lutte coûteuse contre le terrorisme

Avant même que son projet de loi antiterroriste C-51 ne soit adopté au Parlement, le gouvernement conservateur prévoit 292,6 millions pour aider les agences de sécurité à le mettre en oeuvre. Là encore, la majorité des fonds attendra quelques ans. Cette année, c’est 18 millions que recevront la Gendarmerie royale du Canada, le Service canadien du renseignement de sécurité et l’Agence des services frontaliers. L’enveloppe supplémentaire atteindra 92 millions de dollars la cinquième année.

Les conservateurs répondent ainsi à ceux qui leur reprochaient notamment de légiférer de nouveaux pouvoirs alors que les corps policiers et de renseignement peinent déjà à faire leur travail, faute de moyens.

Mais ce n’est pas suffisant pour Thomas Mulcair. « Pour un gouvernement qui dit que [la sécurité] c’est sa préoccupation première, c’est peut-être peu », a dit le chef du Nouveau Parti démocratique.

Autre récrimination en ce qui concerne C-51 : le manque de surveillance des agents de renseignement. Réponse de Stephen Harper : 12 millions sur cinq ans pour le Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité et 2,5 millions les années ultérieures.

Le fédéral investira par ailleurs 3 millions sur deux ans, à compter de l’an prochain, pour se doter d’un réseau à large bande pour les services d’urgence, en cas de crise.

Des tribunaux fortifiés

La sécurité sera aussirehaussée au parlement. Comme promis après l’attaque d’octobre dernier, les trois services de police qui surveillent la Colline seront amalgamés sous l’égide de la GRC. Ce qui coûtera 60,4 millions sur trois ans.

Citant comme prétexte là aussi les attaques d’Ottawa et de Saint-Jean-sur-Richelieu, le budget réserve 23 millions en quatre ans pour fortifier des bases militaires au pays (les fonctionnaires au huis clos du budget n’ont pas précisé lesquelles). Le caporal Nathan Cirillo a été tué à Ottawa pendant qu’il montait la garde au Monument commémoratif de guerre et l’adjudant Patrice Vincent a été happé par une voiture alors qu’il se promenait en uniforme à Saint-Jean-sur-Richelieu. Ni l’un ni l’autre ne se trouvait sur une base militaire.

La GRC a par ailleurs aussi perdu trois de ses policiers en juin 2014, aux mains de Justin Bourque qui avait terrorisé Moncton pendant 28 heures. La capitale néo-brunswickoise prévoit un monument commémoratif en leur honneur et Ottawa promet d’y contribuer jusqu’à hauteur d’un million de dollars.

Ces voeux de sécurité des conservateurs s’étendent en outre jusque dans les tribunaux fédéraux et la Cour suprême, où caméras, personnel de sécurité et mesures de contrôle seront ajoutés, au coût de 27 millions sur cinq ans. Et puisqu’Ottawa loge l’appareil fédéral — qui est plus à risque —, la police de la capitale aura droit à 10 millions sur les cinq prochaines années.

Finies les cyberattaques

« Les menaces à l’endroit du Canada ne se limitent pas aux djihadistes armés de fusils et de bombes », a par ailleurs argué le ministre Oliver en promettant 58 millions sur cinq ans pour protéger l’infrastructure Web du gouvernement et 36,4 millions, aussi sur cinq ans, pour protéger les cybersystèmes abritant des services essentiels au Canada ou à la sécurité publique du pays.

Des promesses pour se réconcilier avec les anciens combattants

Les conservateurs avaient entamé leur opération de séduction il y a quelques semaines en saupoudrant une série d’annonces pour les anciens combattants. Vivement critiqué l’an dernier, dans la foulée d’une série de suicides dans l’armée et d’incidents impliquant l’ex-ministre Julian Fantino, le gouvernement a promis récemment de bonifier la compensation offerte aux vétérans handicapés et de leur verser une allocation garantissant leur sécurité de retraite ; une indemnité de 70 000 $ par an pour les blessés graves ; une allocation de perte de revenu pour les réservistes à temps partiel égale à celle octroyée aux réservistes ou vétérans à temps plein ; et un crédit d’impôt aux aidants naturels de même qu’une aide de 7200 $ par année pour les vétérans qui veulent offrir un répit à leur proche aidant. Le budget confirme ces primes et prédit qu’elles coûteront 88,5 millions sur cinq ans. Le fédéral s’était en outre engagé à offrir de meilleurs services aux vétérans en embauchant davantage de gestionnaires de cas et en réduisant leur charge de travail à 30 dossiers chacun. Ce qui coûtera 193,4 millions en cinq ans.