L’Ontario fait une entrée remarquée sur le marché du carbone

La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne
Photo: Chris Young La Presse canadienne La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne

La décision de l’Ontario d’emboîter le pas au Québec et de se doter d’un marché du carbone sème la consternation.

La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, a annoncé lundi dernier son adhésion au système de plafonnement et d’échange de droits d’émission.

L’initiative, saluée par le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, déplaît royalement au Calgary Sun. « C’est le cadeau de Kathleen Wynne au Canada. Tout un cadeau. Espérons qu’elle a gardé le reçu », raille le Sun en éditorial.

Le Sun ne croit pas au marché du carbone parce qu’il ne croit pas à la capacité du gouvernement d’altérer les comportements humains en claquant des doigts.

Ce marché n’est « rien de plus qu’une taxe » qui sera nocive pour les consommateurs et la croissance économique du pays, selon le tabloïd.

Dans l’Ottawa Citizen, un ancien candidat conservateur et conseiller stratégique, Randall Denley, affiche aussi son scepticisme. Le marché du carbone est à la base une nouvelle taxe qui ne réglera en rien les problèmes de réchauffement climatique.

Le Canada au grand complet produit environ 2 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, note Denley. Même en mettant toutes nos voitures à la ferraille, en ruinant l’économie et en cessant de chauffer nos maisons, les bénéfices pour la planète seraient « négligeables ».

Le gouvernement empochera par contre des revenus supplémentaires de 2 milliards, ce qui fait dire à Denley que le plan a peu à voir avec la sauvegarde de l’environnement.

Le Globe and Mail se montre plus enthousiaste. L’Ontario a fait un pas dans la bonne direction, juge la table éditoriale du quotidien, mais Mme Wynne a donné trop peu de détails sur son plan pour qu’on se fasse une juste idée de sa pertinence.

Dans le Globe and Mail, Konrad Yakabuski attribue à Philippe Couillard la réussite de Kathleen Wynne.

M. Couillard a réussi facilement à convaincre son homologue d’entrer dans le marché du carbone. Le courant a passé entre eux dès leur première rencontre, a d’ailleurs dit M. Couillard, en marge du sommet de Québec sur le climat.

L’alliance Québec-Ontario sur le réchauffement climatique permettra à M. Couillard de faire des gains au Québec, où les électeurs sont sensibles aux questions environnementales. M. Couillard rompt avec la doctrine d’isolationnisme de ses prédécesseurs, constate Yakabuski. Ce faisant, il accroîtra son influence et sa crédibilité dans les relations interprovinciales.

On ne pourra pas en dire autant du premier ministre canadien, Stephen Harper.

La ministre de l’Environnement, Leona Aglukkaq, a déploré la tiédeur des provinces à s’attaquer au réchauffement climatique. Le ministre des Finances, Joe Oliver, a aussi insisté sur l’urgence d’agir.

« Le gouvernement fédéral reconnaît qu’il faut faire quelque chose pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais il s’oppose à toutes les mesures concrètes qui auraient une chance de marcher », note le Toronto Star.

Le Star comprend pourquoi les provinces, à l’exception de l’Alberta, s’unissent dans le cadre du sommet de Québec pour trouver des solutions durables au réchauffement climatique. La tâche est titanesque.

« La plupart des Canadiens sont d’accord pour faire quelque chose afin de sauver [la planète]. Mais il y en a bien peu qui sont prêts à en payer les coûts », écrit le Star.

Congestion monstre

Dans le Calgary Herald, le chroniqueur Jeromy Farkas a posé une question intéressante à ses lecteurs. Que feriez-vous si on vous redonnait trois jours de votre vie chaque année ?

Trois jours (ou 68 heures pour être exact) : c’est le temps moyen que les citoyens de Calgary perdent dans les bouchons de circulation chaque année.

Calgary est la « moins pire » des sept plus grandes villes canadiennes en matière de congestion. Le chroniqueur s’inquiète tout de même pour l’avenir, puisque la population de Calgary est appelée à doubler, pour atteindre 2,4 millions de personnes, dans les 25 prochaines années.

Farkas en appelle à résister à la tentation facile de construire toujours plus de routes pour combattre la congestion, ou encore de donner un chèque en blanc à des projets bien intentionnés de transports collectifs. Selon lui, des correctifs mineurs apportés au réseau, comme le réglage des feux de circulation, pourraient en accroître la fluidité.

Le scandale albertain

Dans le Tyee, un média indépendant d’information en ligne de la Colombie-Britannique, Mitchell Anderson publie un long essai comparatif entre l’Alberta et la Norvège dans l’exploitation pétrolière.

La Norvège a réussi à tirer profit de l’exploitation des hydrocarbures en percevant des rentes évaluées à un billion. À l’inverse, l’Alberta court à la « catastrophe économique ». Selon Anderson, un des premiers journalistes à avoir publié des articles exhaustifs sur le « modèle norvégien » d’exploitation pétrolière, l’Alberta a fait un piètre travail pour créer de la richesse collective avec la mine d’or noir sous ses pieds.

Selon ses calculs, la Norvège a récolté des revenus de 88 $ par baril de pétrole extrait de son sol en 20113, comparativement à un peu plus de 4 $ pour l’Alberta.

Le problème est d’ordre culturel. « Les Albertains ont accepté un message consistant répété par de nombreux groupes d’intérêt selon lesquels la taxation est mauvaise, l’État est inepte et les ressources naturelles devraient être privatisées », dit-il.

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