Fin de la prière à la Chambre des communes?

La chef du Parti vert, Elizabeth May
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La chef du Parti vert, Elizabeth May

La chef du Parti vert, Elizabeth May, est peut-être une femme de foi, mais elle estime que la Chambre des communes doit imiter le conseil municipal de Saguenay et mettre un terme aux prières quotidiennes.

« C’est certain qu’il y a au moins un député à la Chambre des communes qui ne croit pas en Dieu et ce n’est pas approprié, dans une Chambre dédiée à l’exercice démocratique, d’utiliser des mots qui les excluent », explique Mme May en entrevue avec Le Devoir.

Mercredi, le plus haut tribunal du pays a confirmé qu’au nom de la neutralité religieuse de l’État, le conseil municipal de Saguenay devait cesser d’entamer ses séances par une prière catholique publique. Les juges ont précisé qu’ils ne se prononçaient pas sur la prière récitée à Ottawa, parce qu’« il est possible que la prière de la Chambre soit soumise au privilège parlementaire ».

Mme May reconnaît qu’en vertu de cette sorte d’immunité, la Chambre pourrait peut-être poursuivre sa pratique, mais elle estime que ce serait une erreur. « Peut-être que la Chambre peut le faire, mais ce n’est pas la question. Le principe reste le même. Il n’est pas imaginable que le président de la Chambre soutienne notre droit de nous exclure du reste de la société. »

 


Prière en privé

La récitation à Ottawa n’est pas connue de tous et pour cause : elle se fait en privé. Le président de la Chambre lit la prière quotidienne avant que la Chambre n’ouvre ses portes aux citoyens et aux journalistes, et avant que la télédiffusion des travaux ne débute. La seule prière publique jamais récitée a été celle du 23 octobre 2014, le lendemain de la fusillade.

Le texte de la prière a été modifié en 1994 pour le rendre plus neutre. Le « Ô Seigneur ! notre Père céleste, haut et puissant, Roi des rois, Seigneur des seigneurs, le seul Souverain des princes, qui contemplez de Votre trône tous les habitants de la Terre » a été remplacé par le plus sobre « Dieu tout-puissant ». Là où auparavant un paragraphe entier demandait la bénédiction de toute la famille royale, il n’y a plus qu’une phrase disant que l’on prie « pour notre souveraine, la reine Élisabeth ».

Il n’en demeure pas moins que la référence à Dieu est discriminatoire, estime Mme May. « Ce n’est pas obligatoire d’avoir la foi ! » Mme May est elle-même très religieuse et porte d’ailleurs un large crucifix que certains pourraient qualifier d’ostentatoire. « Il me serait impossible d’imaginer ma vie, mon travail, sans la foi, sans mes prières, sans mes pratiques religieuses. Mais en tant que démocrate, je dois reconnaître à mes amis athées les mêmes droits qu’à moi. » Elle propose de remplacer la prière par un moment de réflexion humaniste qui ne ferait pas référence à Dieu.

Du côté du NPD, on prend acte de la décision de la Cour suprême, confirme une source. Le parti a envoyé une requête au bureau du président de la Chambre, Andrew Scheer, pour savoir comment il interprète le jugement et son implication pour le Parlement. Contacté par Le Devoir, le bureau de M. Scheer s’est limité à rappeler qu’en 1994, la prière avait été modifiée après que la Chambre eut mandaté un comité parlementaire d’étudier la question.

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