L’ONU invite Ottawa à abandonner le pétrole

Philippe Couillard et ses homologues provinciaux n’ont pas réussi à s’entendre sur le principe selon lequel «le carbone a un prix».
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Philippe Couillard et ses homologues provinciaux n’ont pas réussi à s’entendre sur le principe selon lequel «le carbone a un prix».

La secrétaire générale de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), Christiana Figueres, appelle le Canada à tourner le dos aux combustibles fossiles.

De passage à Québec, elle a invité les décideurs politiques canadiens à accélérer la transition énergétique afin d’alléger le poids du pétrole dans l’économie canadienne. « Est-ce que ça va être facile ? Non », a-t-elle convenu devant les chefs de gouvernement des provinces et des territoires réunis au Sommet de Québec sur les changements climatiques. « [Mais] il est très très difficile de continuer à avoir une économie canadienne exposée à la volatilité des prix du pétrole », a-t-elle ajouté, faisant allusion aux déficits budgétaires annoncés ou anticipés au pays.

D’autre part, les pétrolières canadiennes ne pourront plus compter sur une demande de pétrole « constante » et « prévisible ». « Ce n’est plus le cas. Ce n’est plus le cas », a répété Mme Figueres, avant de donner un aperçu des négociations — au-delà des « fortifications de Québec » — devant mener à un accord à la 21e Conférence des parties à la CCNUCC en décembre à Paris.

L’ambassadrice des Nations unies a appelé chacun des États à se doter de cibles de réduction d’émissions de GES qui constitueraient un « défi » à atteindre, mais avec lesquelles ils seraient « confortables ». Elle a été informée des cibles de 34 États jusqu’à aujourd’hui. Le Canada fait partie des « quelques pays industrialisés » à ne toujours pas avoir affiché ses couleurs, a-t-elle fait remarquer. Ni une ni deux, le député péquiste Sylvain Gaudreault a demandé au gouvernement libéral de réunir « dès maintenant » — et non en septembre — les élus de la commission parlementaire chargée de proposer les cibles québécoises post-2020.

Où est Leona Aglukkaq ?

Mme Figueres concluait mardi un séjour de 48 heures au Canada. Elle s’est arrêtée lundi à Ottawa, mais aucun membre du gouvernement conservateur n’était disponible pour la rencontrer. La chef d’orchestre des négociations sur le climat a participé à une séance d’information technique avec de hauts fonctionnaires. La ministre de l’Environnement, Leona Aglukkaq, était à l’extérieur de la capitale fédérale, lui a-t-on expliqué. Elle n’était toutefois pas en route pour Québec. Ottawa a dépêché mardi un fonctionnaire afin d’observer discrètement les travaux du Sommet sur les changements climatiques.

Les ministres provinciaux de l’Environnement David Heurtel (Québec) et Glen Murray (Ontario) ont causé « changements climatiques » avec leur homologue fédérale Leona Aglukkaq seulement une fois depuis leur désignation à titre de ministres. C’était à Lima, au Pérou.

À quelques mois de la Conférence climat de Paris, les premiers ministres des provinces et des territoires ont pressé le gouvernement Harper de prendre part aux discussions sur la lutte contre les changements climatiques. Le Canada a une « obligation de résultat », a fait valoir le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, lors des travaux du Sommet sur les changements climatiques mardi avant-midi. « C’est notre leadership à tous, notre crédibilité sur la scène internationale, mais aussi le développement économique et le bien-être de nos sociétés qui sont en jeu », a-t-il déclaré aux chefs de délégation.

À New York, le ministre fédéral des Ressources naturelles, Greg Rickford, a qualifié « le bilan » du gouvernement conservateur en matière d’environnement de « déjà exemplaire ».

Divergences de vues

Les provinces et territoires ont échoué mardi à s’entendre sur le principe selon lequel « le carbone a un prix ». Un énoncé en ce sens a été retiré de la déclaration finale peu avant la clôture du Sommet. « Mettre un prix sur le carbone ou adopter d’autres initiatives structurantes afin de réduire les émissions de GES dans la transition vers une économie faible en carbone », pouvait-on lire dans une version préliminaire du document.

En début de journée, le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, avait atténué la portée des efforts de réduction de GES au Canada. Les émissions de GES du Canada représentent moins de 2 % de celles de l’ensemble de la planète, avait-il fait remarquer. Il a appelé la communauté internationale à s’attaquer au premier chef aux centrales et usines au charbon, qui sont de grandes émettrices de GES, afin de lutter plus efficacement contre les changements climatiques.

Membre du G7, le Canada a « une plus grande responsabilité » de « trouver des moyens de créer des technologies qui permettront de réduire les émissions de GES, ici et ailleurs », a fait valoir la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne. Elle a aussi reproché au gouvernement fédéral de ne pas voir les bénéfices liés à la « nouvelle économie ». « C’est une honte », a-t-elle lancé.

Le Canada continuera d’être « à la traîne » dans les efforts de lutte contre les changements climatiques tant qu’il ne mettra pas un frein à l’exploitation du pétrole issu des sables bitumineux, a souligné un regroupement d’organisations environnementales à l’issue du Sommet de Québec.

« Si on ne fait rien aujourd’hui : on ne réduit pas les émissions de gaz à effet de serre, on n’entend pas gérer les risques différemment, c’est clair qu’on en subira les impacts au cours des prochaines décennies », a mis en garde de son côté le directeur général du consortium Ouranos, Alain Bourque. Il a pris soin de rappeler mardi que « le réchauffement du climat est deux fois plus rapide au Canada ». Un « sérieux coup de barre » s’impose, selon lui.

4 commentaires
  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 15 avril 2015 06 h 30

    "Ça m'énerve"!

    73% des gaz à effets de serre Canadiens sont émis par l'Alberta.

    Il n'y a rien de plus odieux que quelqu'un qui profite de l'argent dégueulasse des sables bitumineux, qui représentent donc à eux seuls quasi 2% des gaz à effet de serre à l'échelle Tellurique, ce qui est MONSTRUEUX, qui se défend en disant qu'ils sont très propres à côté de l'industrie la plus salope de la planète, sur laquelle on devrait plutôt orienter notre attention: " le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, ( le bon pote du 1 er Ministre de l'Alberta absent) avait atténué la portée des efforts de réduction de GES au Canada. Les émissions de GES du Canada représentent moins de 2 % de celles de l’ensemble de la planète, avait-il fait remarquer. Il a appelé la communauté internationale à s’attaquer au premier chef aux centrales et usines au charbon, qui sont de grandes émettrices de GES, afin de lutter plus efficacement contre les changements climatiques."

    Gros Hypocrite! Mônsieur se permet même d'émettre des conseils en matière d'écologie comme s'il était un de ses grands défenseurs. Si les GES t'indisposent, cultive des œillets au lieu du pétrole.

    Un Comique ce Brall! Un genre de Bardot qui se fait photographier au cou de mignons blanchons avec de gros Diamants aux doigts, ds le cou, et sur les oreilles, et espère qu'on se rappelle d'elle pour son Humanisme Indéfectible!

    "Ca m'énerve"!

    • Jean Richard - Abonné 15 avril 2015 09 h 44

      « 73% des gaz à effets de serre Canadiens sont émis par l'Alberta. »

      Mauvais calcul que celui qui ne tient compte que de la production et non de la consommation. Si l'Alberta produit tant de pétrole, c'est que quelqu'un ailleurs consomme du pétrole. Or, le Québec consomme du pétrole (peu importe sa provenance) et le Québec est loin d'être un exemple vertueux en la matière. Ainsi, au cours des dernières années, le Québec a continué à progresser sur sa lancée de consommateur :

      - en achetant, autant que les Albertains, des véhicules individuels inutilement gros ;

      - en encourageant plutôt qu'en freinant l'étalement urbain, terreau fertile d'un mode de vie énergivore ;

      - en affamant ses sociétés de transport urbain, de sorte que la part modale de ce type de transport n'a cessé de décroître ;

      - en ajoutant des nouvelles routes et autoroutes alors qu'on a déjà une proportion de kilomètres de voie par habitant supérieure à la moyenne nord-américaine...

      Et puis, le Québec faisant encore en principe partie des sociétés démocratiques, on y a élu des gouvernants qui ne sont pas prêts à amorcer le virage vers une société moins énergivore, les électeurs les appuyant.

      Alors, est-ce nécessaire de diaboliser les cowboys à pétrole du pied des Rocheuses si ça ne sert qu'à dissimuler le fait que dans notre propre cour, nous sommes loin de donner l'exemple.

    • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 15 avril 2015 15 h 08

      M. Richard, très Intéressant propos.

      Je n'ai jamais fait un plein de ma vie!

      Je ne connais pas grand chose en Environnement, vous m'en apprenez bp + que j'en savais.

      J'ai juste fait le saut en titi qd j'ai entendu que 73 % de la production des GES au Canada était attribuable aux sables bitumineux.

      Il y a assez de puits de pétrole sur Terre d'ici à ce qu'on optimise notre mode de transport pour se passer de ce pétrole puant. Je suis Optimiste!

      Je ne crois pas que le profit qu'engrange le pays avec cette industrie est suffisant pour réparer le MONUMENTAL 2 % de production de GES du Globe entier et le viol inconscient de notre Inestimable Nature.

      Mais si les québécois consomment trop et que les gouvernements ne s'occupent pas des enjeux environnementaux, comme vous dites, qui sommes nous alors pour juger ceux qui se font des milliards en Profanant les seules instances qui soient réellement Sacrées pour tout Humain de toutes religions sur cette Terre Mirifique, notre Faune et notre Flore?

      J'espere que bp de québécois liront votre réponse très pertinente, quoi que vous banalisez un peu trop à mon goût cette dégoûtante swamp qui souille Notre Magnifique Pays de Vaste Nature Pure et Sauvage. Peut-être que vous donnerez à plusieurs l'envie de verdir un brin! Pour ma part, je vous promet de mettre plus souvent une petite laine et - faire ronronner ma chaufferette! En votre Nom!

      Voyez qu'on peut se lever un matin, et se coucher le soir en ayant eu assez de ces brèves heures pour améliorer un semblable et du même coup sa Société!

      Mais Couillard fait un Gros Effort pour diminuer colossalement la consommation d'énergie, il tolere les hausses absolument inopinées d'"Escroc-Québec", qui est déjà rendu hors de prix pour les + démunis du Qc. C'est un écolo fini! Sauf qu'il la joue très très "subtil" pour ne pas que son grand Ami Jean se mette à l'intimider qd il viendra visiter son compté, le traitant d'aria d'Intello et de fada de Greenpeace, la, la!

  • Gilles Duquette - Inscrit 15 avril 2015 13 h 17

    Moi ça ne m'énerve pas de la même facon...

    Je me demande si j'étais un Albertain, sans hydro électricité comme au Québec et avec de grands espaces infinis comme dans l'Ouest du Canada, si je penserais avec joie à m'appauvrir en exigeant que mes dirigeants élus ferment la porte au pétrole qui est la richesse dans l'Ouest et si j'accepterais avec joie de conduire une petite auto très économique dans ce grand décor, surtout l'hiver !!! Deux mondes différents... il est peut-être temps de voir notre réalité canadienne des deux bords au lieu de se complaire chacun de notre bord. Ils n'ont peut-être pas tort les Anglais de dire qu'au Québec on est seulement des chialeux !