Travailleurs étrangers temporaires «jetables»

Au fil de ses réformes du programme de travailleurs étrangers temporaires, le gouvernement conservateur a imposé une limite de séjour aux employés peu qualifiés recrutés à l’extérieur du pays. Leur permis de travail est désormais de quatre ans.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Au fil de ses réformes du programme de travailleurs étrangers temporaires, le gouvernement conservateur a imposé une limite de séjour aux employés peu qualifiés recrutés à l’extérieur du pays. Leur permis de travail est désormais de quatre ans.

Des dizaines de milliers de travailleurs migrants devront quitter le pays ce mercredi, à la suite d’une réforme du fédéral limitant désormais les permis de ces travailleurs étrangers temporaires à une durée de quatre ans. L’opposition et les groupes de défense des immigrants accusent les conservateurs d’avoir erré en traitant cette main-d’oeuvre étrangère comme des « travailleurs jetables ».

Au fil de ses réformes du programme de travailleurs étrangers temporaires (TET), le gouvernement conservateur a imposé une limite de séjour aux employés peu qualifiés recrutés à l’extérieur du pays. Leur permis de travail est désormais d’une durée maximale de quatre ans, et les travailleurs migrants ne peuvent plus revenir au pays avant qu’un autre délai de quatre ans ne s’écoule. Adoptée le 1er avril 2011, cette mesure entre en vigueur ce mercredi.

Or plutôt que de forcer la main des employeurs afin qu’ils privilégient des travailleurs canadiens, ce changement ne fait que pénaliser les travailleurs étrangers, selon la présidente du Conseil canadien pour les réfugiés, Janet Dench. « La règle des quatre ans n’a rien à voir avec le fait de chercher des employés permanents parmi les Canadiens, parce que rien n’empêche l’employeur d’aller chercher un autre travailleur étranger temporaire, a-t-elle dénoncé au Devoir. C’est les travailleurs qui sont temporaires, c’est leur statut. Ce n’est pas le travail qui est temporaire. »

Un avis partagé par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, qui a déjà reçu plusieurs appels de ses membres — des hôtels ou des restaurants, particulièrement dans l’Ouest canadien —, qui s’inquiètent de perdre cette main-d’oeuvre qu’ils ont formée et fait venir à leurs frais, et qu’ils peinent à remplacer. Le départ de milliers de TET ne changera rien au recrutement de Canadiens. « Si l’employeur a été obligé d’avoir recours à cette main-d’oeuvre à la base, c’est parce qu’il a essayé de recruter au Canada d’abord et avant tout et qu’il n’a pas trouvé », a fait valoir au Devoir la porte-parole de la FCEI, Martine Hébert.

En 2011, le Canada a accueilli 190 575 travailleurs étrangers temporaires. De ce nombre, 34 381 ont été accueillis au Québec. Le fédéral a fixé une échéance aux permis de travail des TET peu qualifiés, et 51 423 des travailleurs admis au pays en 2011 s’inscrivaient dans cette catégorie. S’ajoutent à ce chiffre ceux qui ont été accueillis depuis et qui, au terme de quatre ans, devront finalement quitter le Canada à leur tour.

Accès à la résidence permanente

Les groupes d’immigrants et les employeurs s’entendent pour dire qu’à tout le moins, Ottawa devrait favoriser l’accès à la résidence permanente pour ces travailleurs migrants. Car en les expulsant après quatre ans, « c’est une façon de renforcer la précarité de leur statut », s’est désolée Mme Dench.

L’opposition néodémocrate a émis les mêmes critiques, sommant le ministre de l’Immigration, Chris Alexander, de permettre aux TET qui ont déposé une demande de résidence permanente de rester au pays le temps des procédures. Autrement, ils perdront leur chance, a déploré la députée Lysane Blanchette-Lamothe. « Si les gens sont assez bien pour travailler ici pendant plusieurs années, ils sont assez bien pour avoir accès à la résidence permanente et à la citoyenneté », a-t-elle dit.

Seuls les TET « qui ont reçu l’approbation de principe ou une décision positive sur leur demande » pourront obtenir un nouveau permis de travail, a indiqué le ministère fédéral de l’Immigration lundi.

Les TET admis en vertu du programme des travailleurs agricoles saisonniers, la majorité des TET au Québec, sont exemptés. En 2011, 24 693 sont arrivés au pays.

Au total, 299 430 TET occupaient un emploi au Canada en 2011, 39 582 au Québec, selon des statistiques obtenues par Le Devoir en 2012. Le ministère n’a pas voulu préciser le nombre de TET qui perdront leur permis de séjour dès mercredi. Les données « ne sont pas disponibles publiquement », a indiqué le ministère en invitant Le Devoir à faire une demande d’accès à l’information.


 
2 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 31 mars 2015 11 h 52

    Racisme

    Et dire que c'est les Québécois qu'on accuse de racisme!

    Peut-on porter le niqab quand on travaille dans un champ ou une cuisine?

    • Gilles Delisle - Abonné 1 avril 2015 07 h 44

      Il serait bon de savoir si cette politique s'adresse aussi aux Imans auto-proclamés. Il semble que le Québec en recoive beaucoup de ces gens-là, qui ne travaillent pas et ne rapportent aucunement à la société. Ont-ils eux aussi, un permis de " travail" de quatre ans?