Le courant n’est jamais passé entre Barack Obama et Stephen Harper

Les relations entre un premier ministre canadien et un président américain ont rarement été aussi orageuses. Mais cela ne sonne pas pour autant le glas du lien spécial qui unit les deux pays depuis des siècles, selon des experts.

En marge d’une conférence sur la politique étrangère des États-Unis tenue à Montréal, les politologues Charles-Philippe David et Louis Balthazar se sont entendus sur une chose : le courant ne passe pas entre Stephen Harper et Barack Obama, et ce, depuis le début.

« Cette relation est l’une des plus mauvaises de l’histoire des rapports entre les États-Unis et le Canada, du moins à l’ère moderne », a tranché M. David, qui est titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’Université du Québec à Montréal.

Ce « malaise » s’explique en partie par l’idéologie opposée des deux politiciens, selon l’éminent professeur de l’Université Laval, Louis Balthazar, qui étudie la question depuis des décennies.

« Habituellement, les premiers ministres canadiens sont plus libéraux, plus audacieux que le président américain dans toutes sortes de domaines […] Là, tout ça a changé. On a un premier ministre qui se sent beaucoup plus à l’aise avec les évangélistes de la droite américaine et du Parti républicain qu’avec le président », a relaté M. Balthazar.

Or, selon M. David, c’est moins la couleur politique qui importe que la personnalité des deux dirigeants. Et manifestement, la chimie n’opère pas entre MM. Harper et Obama, dit-il. D’ailleurs, le chercheur croit que l’échec annoncé du projet de construction de l’oléoduc Keystone XL a été causé par cette mauvaise relation.

« M. Obama ne s’est pas laissé impressionner ni laissé convaincre par Stephen Harper de la nécessité d’aller de l’avant avec Keystone XL », a constaté M. David.

Pas d’effet à long terme

Les experts s’entendent toutefois sur une conclusion : le lien privilégié entre le Canada et les États-Unis ne sera pas altéré à long terme.

« La relation canado-américaine, c’est quelque chose de tellement fort, de tellement structuré que les présidents ne peuvent pas la changer […] Cela continue, quel que soit le président, quelle que soit l’idéologie, parce qu’il y a trop d’intérêts », a souligné M. Balthazar.

Chaque fois que des premiers ministres canadiens ont esquissé des gestes de rupture par rapport aux États-Unis, ils se sont ravisés ou, du moins, les fonctionnaires ont su rassurer leurs homologues américains.

M. Balthazar rappelle que, pendant la guerre du Vietnam dans les années 1960, le premier ministre canadien Lester B. Pearson avait vertement critiqué l’intervention militaire menée par le président Lyndon B. Johnson. Pourtant, le Canada avait envoyé des armes au pays pour aider les États-Unis.

M. Pearson, à l’époque, avait expliqué sa position ambivalente ainsi : « Nous ne pouvions ignorer le fait qu’un désaccord manifeste avec les États-Unis sur la position du Vietnam […] aurait comme conséquence immédiate que Washington regarderait d’un [air] plus critique certains aspects de notre relation, qui nous profite autant qu’à eux. »

Peu probable, donc, que les conflits apparents entre MM. Harper et Obama abîment de façon durable les relations entre leurs deux pays.

« La seule chose qui bouleverserait complètement la relation entre le Canada et les États-Unis serait un attentat terroriste émanant du sol canadien perpétré aux États-Unis. Ça, ce serait un “game changer”», a analysé M. David.

Il s’agit d’ailleurs d’une préoccupation constante pour le Canada, qui subirait des pertes économiques considérables, beaucoup plus dommageables pour lui que pour les États-Unis. Selon Exportation et développement Canada, 70 % des exportations du Canada vont vers les États-Unis. En revanche, le Bureau du représentant américain du commerce estime que 19 % des exportations des États-Unis étaient dirigées vers le Canada en 2013.

4 commentaires
  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 30 mars 2015 07 h 04

    Du troc???

    Si Obama a toujours de Beaux Idéaux et de Grandes idées, mais qu'il ne peut jamais les mettre en pratique du à cette abjecte majorité républicaine au Congrès, et que Stéphane, lui, ne peut pas rester baba cool sur son étalon avec ses guns dans les mains prêt à défendre son épouse et son ranch contre les nombreux assaillants barbares parce que la loi Canadienne le lui interdit, moi je propose un troc de chefs. Tous Gagnants!

    Il y en a bien un qui se présente en ce moment aux States qui est né au Canada.

    Obama retirera nos troupes d'Irak, il cessera l'exploitation du sable bitumineux, il sera Humain vis-à-vis des chômeurs, il sera sensible aux minorités ethniques, etc.

    Pauline a bien appris à se débrouiller pour bafouer un peu d'anglais en quelques mois, nous lui feront faire une immersion à La Baie, j'ai un divan-lit, et il est assez malin pour apprendre le français!

    Voilà qui réjouiraient les Républicains et les Braves Canadiens, et bientôt, le Canada et les États-Unis ne seront plus que voisins et aucunement cousins.

    C'est avec des pancartes " welcome ici Barak!" Que les jeunes devraient marcher. Après avoir donné leur itinéraire... Ça va de soi! Sinon le maire de Québec va donner ses ordres à sa drôle de police...

    Ses talents et sa mansuétude seraient beaucoup plus utilisés à leur plein potentiel ici.

    Et on ne s'ennuiera surtout pas de Harper qui se trouvera sûrement une autre coiffeuse à Washington, capable de lui garantir ses immuables peignures de "Playmobil".

    Le seul qui pleurera à la suite de ce troc c'est Justin. Parce que la, lui, il s'exprime avec autant de profondeur qu'une " Barbie". Il aura cette fois un " Bon" adversaire. Je ne sais plus qu'elle Carte il utilisera, il est pas assez beau pour miser sur Mickey Belle-Gueule, et cette belle époque est révolue, les Femmes suivent la politique et ne votent plus pour le plus " Mignon"!

    Demandez, et vous recevrez... Je t'attends Barak!

  • Margarita Farias - Abonnée 30 mars 2015 08 h 45

    Oh! les rêves!

    Magnifique rêve. Continuons de rêver, peut-être un jour, nos enfans deviendraient des Obama, pour défendre notre environnement, pour le contrôl des armes, pour la sauvegarde de notre État, pour le respect de nos institutions.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 30 mars 2015 09 h 13

    Harper a tenté de nuire à l'élection d'Obama; cela ne s'oublie pas

    Avant même que Barack Obama ne soit élu, l'ambassade canadienne à Washington laissait couler aux médias américains un rapport du consulat de Chicago qui mettait en doute la parole du futur président américain.

    S'immiscer dans la campagne électorale américaine fut une faute qui a marqué le début de leur relation mutuelle.

  • Colette Pagé - Inscrite 30 mars 2015 09 h 30

    L'intégriste va-t-en-guerre Stephen Harper, fidèle ami d'Israël ! !

    Il ne faudrait pas se surprendre que le PM canadien va-t-en-guerre ait davantage d'affinités avec le PM d'israël qu'avec le Président américain. Bien évidemment le PM canadien si proche de l'American Rifles Association se démarque de ses prédécesseurs. En revanche la rebuffade subit par le Canada à la suite du veto du Président américain sur le projet Keystone envoit un message très clair que les sables bitumineux sont sales et que les États Unis n'accepteront pas les risques de ce pipeline sur leur territoire. Une belle leçon et un succès pour le lobby environnemental.

    Par contre dans sa détestation du Président américain le PM du Canada n'est plus seul. Il pourra joindre sa voix à celle du PM d'Israël qui s'est définitivement mis à dos le Président américain lors de son discours au Congrés. Et si la tendance se maintient l'ambassadeur amériain aux États Unis devrait être rappeler en raison du fait qu'il est devenu persona non grata à la Maison Blanche.