La NRA canadienne bientôt réunie à Québec

Le plus gros lobby pro-armes au Canada tiendra son assemblée générale annuelle dans la Vieille Capitale en mai prochain. L’Association canadienne pour les armes à feu (NFA) espère ainsi faire une percée au Québec.

Depuis sa création, c’est la première fois que la NFA tient un événement au Québec. La rencontre doit avoir lieu les 22 et 23 mai à l’hôtel Concorde. « Nous voulons augmenter notre présence au Québec », a expliqué le porte-parole de l’organisation, Blair Hagen, en entrevue.

« Dans le passé, nous n’avons pas été bien représentés entre autres pour des raisons linguistiques et ça a été difficile pour nous d’aller chercher de nouveaux membres. »

Fondée en Alberta, la NFA dit compter 75 000 membres, dont 2412 au Québec. Même si elle n’a aucun lien financier ou structurel avec la National Rifle Association (NRA) aux États-Unis, elle en partage l’idéologie. Or M. Hagen souligne que le contexte politique est très différent ici, ce qui modifie beaucoup leur action. Les moyens financiers de la NRA sont en outre d’une tout autre ampleur.

La tenue de la rencontre à Québec inquiète beaucoup la Coalition pour le contrôle des armes à feu, mais ne l’étonne pas. « Ce n’est pas surprenant que ça arrive à ce moment-ci. Ils essaient de plus en plus de faire valoir leurs opinions au Québec », explique le porte-parole de l’organisme et président de Juripop, Me Marc-Antoine Cloutier. « Il y a au Québec un consensus très fort qui s’oppose à leurs revendications. »

En effet, l’Assemblée nationale a récemment adopté une motion à l’unanimité pour dénoncer les propos tenus le 12 mars dernier par le premier ministre Stephen Harper sur les armes à feu. Lors d’une conversation tenue devant l’Association des municipalités rurales de la Saskatchewan, M. Harper avait affirmé que « sa femme [venait] d’une région rurale où, évidemment, la possession d’une arme à feu n’est pas que pour les besoins de la ferme, mais aussi pour assurer un certain niveau de sécurité lorsqu’une assistance policière immédiate n’est pas disponible ».

L’Assemblée nationale avait réagi en affirmant que « l’assouplissement des motifs permettant l’utilisation d’armes à feu pour l’autodéfense […] n’était pas souhaité par la population québécoise et va à l’encontre de ses valeurs ».

Or selon M. Hagen, les parlementaires ont réagi de façon « réactionnaire » aux propos de M. Harper et la motion ne reflétait pas « le sentiment général des gens au Québec ». Il ajoute que la hausse constante du nombre des membres au Québec le démontre.

Le porte-parole de la NFA souligne que beaucoup de Québécois en milieu rural se sont sentis concernés par les propos du premier ministre Harper. Il déplore qu’à l’inverse, trop de Québécois confondent le droit légitime des gens de se défendre avec une arme avec l’avènement prochain de milices privées.

Registre des armes d’épaule

Différentes personnalités associées au mouvement pro-armes doivent participer à l’Assemblée annuelle à Québec. C’est le cas notamment de Tim Moen, un politicien libertarien de Fort McMurray. Lors de sa dernière campagne, ce dernier répétait qu’il voulait permettre « aux couples mariés homosexuels de protéger leurs plans de marijuana avec des armes à feu ».

La liste d’invités inclut également Solomon Friedman, un avocat spécialisé dans les législations sur les armes à feu. Avant la fermeture de la chaîne Sun News, M. Friedman était un habitué de ses émissions. C’est lui qui représente la NFA dans une cause concernant les propriétaires d’armes d’épaule en Cour suprême.

La NFA est par ailleurs intervenue dans le recours en Cour suprême qui oppose le gouvernement du Québec et celui du Canada sur le registre des armes à feu et dont la décision doit être rendue publique vendredi.

Devant la Cour, le lobby pro-armes a condamné le rapatriement d’une partie du registre au Québec en invoquant la protection de la vie privée, a expliqué l’avocat québécois qui défend la cause, Me Guy Lavergne.

Selon M. Lavergne, le Québec, s’il l’emporte, contreviendrait à sa propre législation sur les renseignements personnels. « Techniquement, le lendemain matin, le Québec est en violation de sa propre loi », dit-il.

Me Marc-Antoine Cloutier estime que le registre doit être rapatrié pour des raisons de sécurité publique. Il plaide en outre que cela coûtera moins cher que certains le présument. « Les chasseurs québécois ont continué de le mettre à jour de façon volontaire. De ce qu’on en sait, le travail de mise à jour n’est pas très important et l’infrastructure n’est pas prête à l’accueillir. »

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