Opération délicate aux résultats incertains

Quelque 800 bénévoles ont été déployés mardi soir pour sonder chaque personne qui croisait leur chemin, et ce, dans 221 quadrilatères de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Quelque 800 bénévoles ont été déployés mardi soir pour sonder chaque personne qui croisait leur chemin, et ce, dans 221 quadrilatères de Montréal.

Montréal a entrepris de dénombrer ses itinérants mardi soir. Une opération à la fois monumentale et délicate, qui suscite les espoirs du milieu communautaire et les questionnements de certains groupes de défense des personnes sans abri.

Ils étaient immanquables, aux abords de chacune des stations de métro de l’île de Montréal et à la plupart des coins de rue du coeur urbain de la métropole, mardi jusqu’aux environs de minuit : quelque 800 bénévoles à l’oeuvre afin de sonder chaque personne qui croisait leur chemin, et ce dans 221 quadrilatères. Le Devoir s’est joint à l’une de ces équipes pendant quelques heures.

« Bonjour. Je suis bénévole pour Je compte Montréal 2015. Avez-vous un domicile fixe ? »« Où pensez-vous passer la nuit ce soir ? », ont-ils demandé des milliers de fois. Parfois surprises, d’autres fois méfiantes, bon nombre de personnes itinérantes ou non se sont prêtées au jeu.

Comme d’autres grandes villes avant elle, Montréal procède, à partir de mardi soir et jusqu’à jeudi, à un premier recensement des personnes itinérantes sur son territoire. Elle emboîte ainsi le pas à des villes comme New York, Vancouver et Toronto. Les plus récents portraits de l’itinérance montréalaise, qui datent de 1995, évaluaient à près de 20 000 le nombre de sans-abri dans la métropole.

Planifié en moins de trois mois, ce coup de sonde permettra d’en savoir davantage sur les habitudes de vie de la population itinérante de Montréal, sur ses origines, ses méthodes de survie, ses défis.

Étudiante en psychologie au collège Dawson, Miranda Vaillancourt s’intéresse depuis quelques années aux questions de l’itinérance. À Noël dernier, elle a distribué des repas chauds avec son copain, Dylan. L’appel à la participation lancé par l’un de ses professeurs n’est donc pas tombé dans l’oreille d’un sourd. « Je me suis dit que j’avais un rôle à jouer, qu’il était important que je donne un coup de main », explique la jeune femme.

Méthodologie adéquate?

Si tous reconnaissent l’apport qualitatif du présent sondage, plusieurs voix se sont toutefois élevées au cours des dernières semaines pour remettre en question la méthodologie employée à Montréal. Le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) figure parmi les critiques de ce décompte. Le coordonnateur Pierre Gaudreau s’inquiète surtout de l’utilisation que fera la Ville du « chiffre magique » ainsi obtenu. « Pour chaque personne que l’on pourra identifier, de nombreuses autres seront oubliées. Cette limite est importante à souligner, car si cet exercice sert à aligner les ressources financières de la lutte contre l’itinérance, cela néglige plusieurs populations en situation d’itinérance », croit-il. Les groupes d’aide aux femmes itinérantes expriment les mêmes réserves.

Impossible en effet d’obtenir un instantané tout à fait fidèle à la réalité, reconnaît James McGregor, expert du Centre de recherche en santé mentale de l’Institut Douglas et cogestionnaire de ce projet, mené en tandem avec le YMCA, Convercité et divers refuges, à la demande de la Ville de Montréal. Mais une information partielle est bien plus utile que pas d’information du tout, selon lui. Non seulement la méthode bénévole a-t-elle fait ses preuves ailleurs en Amérique du Nord, mais le projet montréalais va encore plus loin que les initiatives d’autres villes canadiennes. « Ce qu’on fait de plus, c’est qu’on va dans les refuges, les centres de jour, les soupes populaires. Les 25 et les 26, après le décompte la nuit, on essaie de déceler ce qu’on appelle l’itinérance cachée, les gens qui sont logés dans les refuges ou ailleurs, mais qui n’ont pas de chez soi », dit M. McGregor.

Reste à savoir quand seront connus les résultats. Le YMCA et ses collaborateurs doivent remettre à la Ville leur rapport plus tard ce printemps. On ignore pour l’instant de quelle manière l’administration municipale utilisera ces données et quand elle les rendra publiques.

1 commentaire
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 25 mars 2015 07 h 53

    Comment ?

    Comment dénombrer dans des petites cases des gens qui ne veulent pas être cataloguer ? C'est la quadrature du cercle.

    PL