Les Femen s’invitent dans le débat sur C-51

Terroristes, les Femen ? C’est à tout le moins parce qu’elles craignent de le devenir avec l’adoption de la loi antiterroriste C-51 qu’elles ont senti le besoin de se manifester lundi, seins nus, comme le veut la pratique de la maison.

Selon les témoins présents à la Chambre des communes, dont la députée libérale Joyce Murray, la représentante des Femen se trouvait dans les gradins réservés au public lorsqu’elle a retiré son chandail, exhibant du coup sa poitrine et ses nombreux tatouages. Elle a crié son opposition à C-51. Elle a circulé dans les gradins avant d’être interceptée par les gardiens de sécurité.

Par communiqué de presse diffusé par la suite, le groupe a indiqué qu’une « sextrémiste » s’était manifestée parce qu’en « élargissant la définition de menace à la sécurité nationale, le projet de loi C-51 propose de criminaliser la liberté d’expression en considérant son exercice comme un acte terroriste, mais uniquement s’il constitue une critique du gouvernement et de l’ordre établi ».

Le projet de loi était de retour en comité parlementaire en soirée lundi. Louise Vincent, la soeur de l’adjudant Patrice Vincent, tué à Saint-Jean-sur-Richelieu, devait comparaître pour manifester son appui en faveur du projet de loi C-51. Dans une entrevue accordée au Journal de Montréal plus tôt dans la journée, Mme Vincent a laissé entendre que le partage d’informations au sein du gouvernement prévu dans C-51 était une bonne chose. « Il est important que les informations ne circulent pas en silo au gouvernement. Martin Rouleau-Couture [qui a tué M. Vincent], les autorités l’avaient à l’oeil, mais ils n’en avaient pas assez pour l’arrêter. »

Il n’est pas clair que C-51 aurait pu empêcher Martin Rouleau-Couture de foncer avec sa voiture sur Patrice Vincent. C-51, à ce chapitre, ne fait qu’abaisser le seuilrequis pour imposer des engagements assortis de conditions à une personne surveillée. Les policiers avaient renoncé à en imposer à Rouleau-Couture, estimant que son potentiel de danger était faible. Néanmoins, à la période de questions, le ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, s’est raccroché à ce témoignage, qui s’annonçait un des rares appuis indéfectibles reçus par le gouvernement, en invitant l’opposition à l’écouter.

Par ailleurs, le groupe OpenMedia a présenté une pétition contenant plus de 100 000 signatures de personnes se disant opposées à C-51.

1 commentaire
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 24 mars 2015 07 h 48

    Être informé c'est bien, agir c'est mieux

    « Il est important que les informations ne circulent pas en silo au gouvernement. Martin Rouleau-Couture [qui a tué M. Vincent], les autorités l’avaient à l’oeil, mais ils n’en avaient pas assez pour l’arrêter. »

    La plus grave attaque terroriste de l’histoire du Canada a été l’explosion en 1985 d’un avion d’Air India en partance de Montréal.

    Cet attentat a tué 320 passagers, dont 268 Canadiens (parmi lesquels se trouvait le pharmacien Gaston Beauchesne de la ville de Hull).

    Les auteurs étaient des Canadiens de religion sikhe qui voulaient venger l’attaque menée par le gouvernement indien contre le Temple d’Or d’Amritsar, en juin 1984.

    Les services de renseignement canadiens avaient été prévenus (notamment par le FBI) que la compagnie aérienne Air India devrait faire l’objet d’attentats à la bombe pour marquer le premier anniversaire de l’attaque du Temple d’Or. Pour cette raison, les services de renseignement canadiens avaient placé les comploteurs (qu’ils connaissaient) sous écoute électronique.

    Un enquêteur a même suivi les comploteurs alors qu'ils testaient leur mécanisme explosif en forêt.

    Mais on s’est contenté d’accumuler passivement des renseignements, laissant ainsi les comploteurs mener à terme leur projet.

    Après l’attentat, en juin 1985, les dirigeants du service de renseignement ont donné l’ordre de détruire la majorité des données qu’ils possédaient afin de supprimer par le fait même l’évidence de leur incompétence. Pour cette raison, les principaux comploteurs accusés ont été innocentés par les tribunaux, pour insuffisance de preuve.