Transport en commun: à qui la faute?

Québec investit environ 9 % de l’enveloppe fédérale dans les transports en commun, alors que d’autres provinces en investissent plus de la moitié.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Québec investit environ 9 % de l’enveloppe fédérale dans les transports en commun, alors que d’autres provinces en investissent plus de la moitié.

Avec la campagne électorale fédérale qui approche, le transport en commun commence à s’imposer comme un enjeu. Or les conservateurs nient déjà toute responsabilité en la matière et invitent les gouvernements provinciaux à assumer l’usage qu’ils font des subventions fédérales.

« Le Québec a décidé d’investir plus dans les routes que dans le transport en commun, ça relève de son choix », a plaidé le ministre fédéral de l’Infrastructure, Denis Lebel, jeudi, lors d’une annonce dans la capitale.

« Dans le dernier plan d’infrastructures, l’Ontario a choisi de mettre 70 % dans le transport en commun ; la Colombie-Britannique, 50 % ; le Québec, 9 %. On ne peut pas prendre deux fois l’argent. »

Et d’ajouter que « dans la taxe d’accise sur l’essence pour le plan 2007-2014, la Ville de Toronto a mis 100 % de sa taxe d’accise dans le transport en commun ».

Le ministre conservateur et ancien maire dit ne pas « remettre en question les choix des provinces ». Il a souligné que les projets routiers que son gouvernement avait financés au Québec étaient justifiés.

« On a fait la 30 [l’autoroute], on a fait la 175, on a fait la 85, la 50, puis il n’y a aucune de ses routes qui ne méritaient pas d’être faites. »

M. Lebel était à l’hôtel de ville de Québec pour annoncer une aide financière de 79 millions de dollars au réseau de transport en commun de la ville. En plus du maire Régis Labeaume, il était accompagné du ministre responsable de la région, Sam Hamad.

Cette subvention déjà prévue n’avait rien à voir avec le projet de Service rapide par bus que la Ville a dévoilé récemment. Ce projet est évalué à 1,1 milliard de dollars, dont on ne sait pas comment il sera financé encore.

13,5 milliards sur dix ans pour tout faire

Plusieurs maires canadiens, dont Régis Labeaume et le maire de Calgary, Naheed Nenshi, réclament que le gouvernement se dote d’une enveloppe spécifique pour le transport en commun, voire d’une stratégie nationale. C’est en répondant à une question là-dessus que M. Lebel a renvoyé la balle au gouvernement du Québec.

Invité à réagir à ses propos sur les priorités du Québec, le ministre Sam Hamad a répondu qu’il ne fallait pas « comparer les provinces » à cause de « l’âge des infrastructures ». « En Alberta, ça n’a pas été construit dans les années 1960, 1970 comme au Québec. Il faut les entretenir les infrastructures. […] Ces travaux-là, on n’a pas le choix de les faire pour la sécurité. » Le ministre a aussi rappelé que le rapport sur l’effondrement du viaduc de la Concorde avait établi que le Québec avait un grave retard.

Concernant le transport en commun, il a souligné que les investissements étaient « liés à l’achalandage ». « Alors s’il y a plus de monde dans le transport en commun, les investissements et les subventions sont plus élevés… Et quand même, moi je n’ai pas vu qu’il y avait un problème actuellement. »

Depuis dix ans, le Québec a reçu environ 13,5 milliards d’Ottawa via ses différents programmes d’infrastructures (taxe d’accise, Chantiers Canada, etc.). Cela inclut autant les routes et le transport en commun que les centres communautaires et les pistes d’aéroport. On s’attend à recevoir près de 14 milliards pour la prochaine décennie.

Chacun ses choix

Dimanche, le chef du NPD, Thomas Mulcair, a prononcé un discours remarqué à Toronto sur l’aide financière que son parti entendait apporter aux villes notamment pour le transport en commun. M. Lebel y a fait plusieurs fois allusion lors de son passage à Québec jeudi.

« C’est facile pour un autre parti comme [celui de] M. Mulcair, qui dit qu’il va créer 20 milliards de nouvelles taxes par année avec le carbone puis en redonner aux villes », a-t-il dénoncé. « Une stratégie nationale [pour les transports en commun] n’est pas adaptée aux besoins des gens par rapport aux besoins spécifiques de chacune des provinces. […] Tout est centralisé. »

Il a aussi dit qu’il y a « beaucoup de maires dans le pays qui n’ont pas de transport en commun dans leur ville et qui ont d’autres opinions ».

Prié de dire s’il était déçu par les propos de M. Lebel concernant la stratégie nationale, Régis Labeaume a nuancé jeudi. « Ils ont leur façon de procéder. […] Je souhaite une stratégie, il n’y a pas de doute, mais ça prend les fonds. […] L’important, c’est que les fonds soient là. »

Les trois politiciens avaient justement discuté du dossier avant l’annonce, a poursuivi le maire, qui dit avoir bien compris le message du ministre fédéral. « Ce que je comprends de tout ça, c’est que c’est le Québec qui va décider. »

2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 20 mars 2015 08 h 02

    Il a raison

    Une fois n'est pas coutume, mais Lebel a raison ! C'est Québec qui a choisi de construire des tas d'autoroutes gratuites et inutiles, presque vides, comme la 50, la 85, des bouts de 30, de 640 et même de la 20 (dans le bas St-Laurent), au lieu de mieux financer le transport public, aussi bien dans les grandes agglomérations qu'entre les villes petites et moyennes. J'ai été ahuri de constater que le Québec, avec 8 millions d'habitants contre 13 millions en Ontario, a 50% plus de kilomètres de routes provinciales. Et le Québec a deux grandes autoroutes entre Montréal et Québec (la 20 et la 40), l'Ontario une seule dans le corridor Toronto-Windsor, le plus densément peuplé du Canada; l'Ontario n'a même pas d'autoroute directe entre Ottawa et Toronto !!

  • Jean Richard - Abonné 20 mars 2015 13 h 17

    Pas fort ce monsieur Hamad

    Exprimée en d'autres mots, la vision de M. Hamad se résume à ceci : l'offre en transports en commun (donc, les investissements et les subventions) viendra quand la demande sera là.

    Sur quelle planète vit-il ?

    Dans les deux principales villes du Québec (où se concentre plus de la moitié de la population), la demande en transports en commun excède l'offre depuis belle lurette. Des lignes de métro et des lignes d'autobus saturées aux heures de pointe, des pans de territoire non desservis adéquatement faute de ressources, c'est la réalité qui semble échapper à ce ministre libéral.

    Reformulée une autre fois, la vision de M. Hamad se compare à ceci : on achètera un train quand les gens auront pris le train. Ou encore, les gens n'utilisent pas un service qui n'existe pas. Alors, pourquoi on permettrait à ce service d'exister ?