Des stagiaires étrangers «indésirables»

Des milliers de stages d’étudiants étrangers au Canada sont en péril à cause d’une nouvelle directive du gouvernement fédéral qui complique la vie des entreprises qui invitent des stagiaires au pays.

Les organismes qui embauchent des stagiaires étrangers doivent désormais payer des frais de 230 $ par permis de séjour et remplir un long formulaire en ligne, a appris Le Devoir. Selon nos sources, des dizaines de petites entreprises et d’organismes communautaires hésitent à parrainer des stagiaires étrangers depuis l’entrée en vigueur de cette mesure, le 21 février dernier.

La Fédération des cégeps et l’Office franco-québécois pour la jeunesse, notamment, font pression sur Ottawa pour l’abandon de cette directive, perçue comme une barrière à l’embauche d’étudiants. « C’est comme si les stagiaires étrangers étaient devenus indésirables », se plaint le représentant d’un organisme communautaire qui a demandé à garder l’anonymat.

« On a fait des démarches pour renverser la décision, on a écrit des lettres, mais ça ne bouge pas. Ça nous préoccupe énormément », dit Judith Laurier, directrice des communications de la Fédération des cégeps.

« La nouvelle directive génère beaucoup de préoccupations. Nous recevons beaucoup d’appels et de courriels de gens inquiets pour leurs stages », ajoute Steven-Paul Pioro, directeur adjoint des communications aux Offices jeunesse internationaux du Québec (OJIQ).

Quelque 2300 étudiants français sont venus faire un stage au Québec l’an dernier. Au total, 107 908 stagiaires originaires de 32 pays ont séjourné au Canada en 2013 en vertu du programme Expérience internationale Canada (maintenant appelé Programme de mobilité internationale).

Le gouvernement Harper ne s’en cache pas : il cherche à décourager les entreprises à embaucher des stagiaires ou des travailleurs étrangers lorsque des Canadiens sont disponibles pour travailler. Les conservateurs ont presque quadruplé les frais pour obtenir un permis de travail temporaire pour un étranger, de 275 $ à 1000 $, en juin dernier. Ces permis sont valides pendant un an, et non deux comme auparavant.

Dès le 1er avril, tout travailleur temporaire étranger qui se trouve au Canada depuis au moins quatre ans sera forcé de quitter le pays. Cette décision risque d’amplifier la pénurie de main-d’oeuvre dans le domaine de l’agriculture, craignent des experts.

Au tour des stagiaires

Après avoir ciblé les travailleurs temporaires, Ottawa resserre le contrôle sur les stagiaires étrangers. Et ça donne des maux de tête aux groupes communautaires. « Je n’ai pas d’autre choix que de recourir à des stagiaires, c’est la survie de mon organisme qui est en jeu », explique Nathalie Rochefort, fondatrice de la coop de solidarité DeGama, qui aide des immigrants à s’intégrer à Montréal.

La toute nouvelle coopérative n’a pas les moyens de payer 230 $ pour chacun des trois stagiaires français invités ce printemps à venir lui donner un coup de main. Pour le moment, la coop fonctionne grâce au bénévolat. Une campagne de sociofinancement a permis de recueillir 1200 $ pour payer les frais de bureau.


« Les stagiaires étrangers aident au développement d’entreprises au Québec. C’est tout le tissu entrepreneurial qui est affecté par des mesures comme celle-là [les frais de 230 $ par permis de travail] imposées par Ottawa », ajoute Nathalie Rochefort.

Le nouveau formulaire à remplir en ligne est un autre obstacle à l’embauche de stagiaires étrangers, selon elle : « C’est tellement compliqué que ça prend entre une heure et deux heures à remplir », dit-elle.

Ces directives visent à assurer « l’intégrité » du Programme de mobilité internationale, qui sert à accueillir les stagiaires étrangers, explique Citoyenneté et Immigration Canada. L’objectif est de « s’assurer d’offrir les emplois disponibles aux Canadiens d’abord et [de] remédier au chômage chez les jeunes », explique Rémi Larivière, responsable des relations avec les médias à CIC.

Ces mesures font partie de la vaste réforme du Programme des travailleurs étrangers temporaires, qui vise à offrir les stages et les emplois en priorité aux Canadiens, ajoute-t-il.

« Dans le cadre de la révision du Programme des travailleurs étrangers temporaires, le gouvernement du Canada s’est engagé à mettre en oeuvre une série de réformes visant les travailleurs qui sont dispensés du processus d’étude d’impact sur le marché du travail, afin de s’assurer que ces dispenses continuent de favoriser les intérêts du Canada sur les plans de l’économie et du marché du travail », écrit M. Larivière dans un courriel transmis au Devoir.

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