L’empressement des conservateurs est suspect

L’étude hâtive du projet de loi antiterroriste par le gouvernement Harper est un affront à la démocratie pour les trois principaux quotidiens de Toronto.

« Trois jours. Êtes-vous sérieux ? », demande le National Post en faisant référence à la durée limitée des travaux prévus en comité parlementaire afin d’entendre des experts sur le projet de loi C-51.

Les Canadiens comprennent la menace que fait peser le terrorisme sur les sociétés démocratiques et sont parfaitement conscients qu’il faudra doter les forces policières de pouvoirs élargis pour déjouer des projets d’attentat.

Il faut cependant agir « avec prudence ». « Une loi mal ficelée ou trop large va inévitablement rogner sur les libertés qu’on veut préserver », avertit le Post, en sommant le gouvernement de prendre son temps dans l’étude d’un projet aussi important.

Le chroniqueur du Globe and Mail Campbell Clark partage cette indignation. Les débats ont été menés d’une façon orwellienne, constate le quotidien, puisque les débats aux Communes, lundi, ont été limités à dix heures.

« Après neuf ans au pouvoir, les conservateurs sont dans l’urgence. L’urgence d’avoir des lignes de presse sur le terrorisme juste à temps pour les élections cette année », observe Clark.

Il en déduit que le gouvernement Harper pense remporter ses élections grâce à sa loi antiterroriste et qu’il ne veut surtout pas donner une chance aux électeurs de comprendre la portée des changements. « C’est une mauvaise combinaison pour une loi qui va changer les choses en secret, d’une façon qu’on ne pourra pas comprendre avant des années. »

Enfin, le Toronto Star dresse des comparaisons entre la méthode conservatrice et la méthode libérale. En 2001, le gouvernement de Jean Chrétien avait fait entendre quelque 80 experts en comité parlementaire avant d’adopter la première mouture de la Loi antiterroriste. La « version 2.0 » sera analysée par 18 experts tout au plus, dans le cadre de débats écourtés et évacués de leur substance.

Le Star rappelle toutes les raisons d’agir avec prudence : le projet de loi redéfinit la notion de menace à la sécurité du Canada d’une façon si large que les Premières Nations, le mouvement indépendantiste québécois, les environnementalistes et d’autres pourraient être ciblés ; il affecte le droit à la liberté d’expression en criminalisant les discours faisant l’apologie ou la promotion du terrorisme en général ; il étend les pouvoirs du SCRS sans supervision adéquate et il abaisse dangereusement les critères pour des arrestations et détentions préventives par la police.

L’éducation sexuelle

Il n’y a pas qu’au Québec que l’éducation suscite de vifs débats. En Ontario, le gouvernement libéral de Kathleen Wynne a décidé de revoir le programme d’enseignement de santé et de sexualité dans les écoles primaires et secondaires à partir de l’automne prochain. Entre autres, il sera question de « pénis » dès la 1re année, d’homosexualité en 3e année, de consentement sexuel en 5e année et de cunnilingus, de sextage et de sexe anal dès la première année du secondaire.

Des groupuscules tels que la Coalition pour les parents inquiets et certains députés conservateurs entretiennent la polémique sur cette réforme.

Pour le Globe and Mail, l’idée est bonne. Le programme n’a pas été revu depuis 1998. Au cours des 17 dernières années, Internet s’est donc chargé de mettre à jour les connaissances des jeunes sur la sexualité.

Pour le Globe, ce n’est pas la principale raison d’appuyer la réforme. L’éducation sexuelle doit être en phase avec l’évolution de la société et de la jurisprudence, ne serait-ce que pour aborder de manière adulte et franche la question des mariages entre conjoints de même sexe.

Dans le Toronto Star, Heather Mallick accueille la réforme comme « une bouffée d’air frais », précisément parce qu’Internet offre, en matière d’éducation sexuelle, l’équivalent de la vitrine du boucher.

« Si vous avez besoin d’une raison pour encenser le nouveau programme d’éducation sexuelle de l’Ontario, tapez “porn” dans le moteur de recherche de Google et cliquez sur le premier résultat », écrit-elle. L’exercice est assez convaincant.

Nétanyahou critiqué

Les commentaires du premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou au lendemain de l’attentat meurtrier contre une synagogue du Danemark ont étonné Gwynne Dyer, un chroniqueur publié dans 45 journaux à travers le monde, dont le Cape Breton Post.

Nétanyahou a invité les juifs européens à émigrer massivement vers l’État d’Israël pour échapper à l’antisémitisme. Il avait lancé le même appel à la suite des attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo et dans une épicerie casher.

La sortie de Nétanyahou, condamnée par les leaders politiques et religieux, s’apparente à une stratégie électorale.

La menace islamiste en Europe est réelle, mais elle est minime. Depuis le début de l’année, neuf juifs ont été tués par des terroristes islamiques en sol européen, sur une population d’un million de juifs, souligne Dyer.

Ces neuf meurtres sont déplorables, mais ils ne justifient en rien les appels à l’émigration massive de Nétanyahou, conclut Dyer.