Le ministre Bolduc gagne en notoriété… pour les mauvaises raisons

Pendant que le gouvernement Couillard avançait et reculait sur la légitimité des fouilles à nu dans les écoles, les commentateurs du Canada anglais n’hésitaient pas une seconde à condamner cette pratique.

Le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, a accumulé un capital d’antipathie considérable en affirmant que les fouilles à nu étaient acceptables si elles étaient faites d’une manière respectueuse.

« Il n’y a aucune excuse pour fouiller à nu une étudiante du secondaire du Québec », titre le Toronto Star en éditorial. Le quotidien tourne en ridicule l’annonce du gouvernement Couillard, qui confiera à un expert indépendant le soin de réviser les règles encadrant les fouilles dans les écoles. « Mais qu’est-ce qu’il y a à réviser ? Les jeunes ne devraient pas être fouillés à nu par les responsables scolaires. Point. »

Le Star est indigné par la conduite d’Yves Bolduc. Le ministre de l’Éducation a raté une belle occasion de dénoncer un abus et de défendre l’intérêt public dans cette histoire. « Pas surprenant que le public soit outré », constate le quotidien torontois.

Dans l’Ottawa Citizen, le chroniqueur Mark Sutcliffe résume la situation. « Les brigadiers scolaires ne sont pas censés étreindre les enfants, les entraîneurs de hockey ne peuvent pas donner une tape sur le casque de leurs joueuses, mais les directeurs d’école au Québec sont autorisés à fouiller à nu les étudiants, pour autant qu’ils le fassent d’une manière respectueuse », écrit-il.

Le plus choquant dans cette histoire, c’est la réaction des plus hautes autorités gouvernementales. Plutôt que de condamner la pratique et de présenter des excuses, elles l’ont présentée comme une chose tout à fait normale. Le Globe and Mail cible aussi le ministre Bolduc. Sa réaction initiale, empreinte de banalisation, est encore plus choquante que la fouille de l’adolescente elle-même. Le ministre de l’Éducation « devrait faire ses devoirs et affirmer clairement qu’une telle chose ne devrait jamais plus se reproduire dans une école du Québec ».

Les écueils de C-51

À quelques jours du débat sur l’adoption de la loi antiterroriste du gouvernement Harper, les commentateurs du pays sonnent l’alarme. La sortie conjointe des anciens premiers ministres Jean Chrétien, Paul Martin, John Turner et Joe Clark (trois libéraux, un conservateur) a produit son effet.

Le club des ex a déploré l’absence de mécanismes d’imputabilité pour les services de renseignement dans le projet de loi. Cinq ex-juges de la Cour suprême et 13 autres responsables de la justice et de la sécurité publique ont signé la lettre des anciens premiers ministres.

Le Toronto Star a repris ce filon en éditorial. Sous le prétexte de la lutte contre les djihadistes, le premier ministre Stephen Harper s’apprête à donner des pouvoirs excessifs au Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et à restreindre les libertés civiles.

Le Star déplore l’entêtement du gouvernement Harper à ne pas accroître l’imputabilité du SCRS, une agence dotée d’un budget d’un milliard et de pouvoirs extraordinaires pour épier les Canadiens.

Dans le cadre de l’enquête sur la responsabilité des autorités fédérales pour l’emprisonnement et la torture de Maher Arar à l’étranger, le juge Dennis O’Connor avait élaboré un plan complexe et détaillé pour accroître la surveillance et l’imputabilité des agences responsables de l’application de la loi.

Hélas, conclut le Star, le gouvernement Harper ne se préoccupe pas de l’imputabilité, à un moment charnière de l’histoire où les forces de l’ordre deviendront plus puissantes et intrusives que jamais.

Trudeau l’opportuniste

Dans le Globe and Mail, le chroniqueur Konrad Yakabuski traite du projet de loi sous l’angle de l’appui populaire au Québec. Le moment « just watch me » de Justin Trudeau est survenu lorsqu’il a appuyé le projet C-51. « Le chef libéral a clairement démontré jusqu’où il était prêt à aller pour gagner quand il a renié [“threw under the bus”] la Charte canadienne des droits et libertés », écrit-il.

« C’est la faute au Québec », enchaîne Yakabuski. La radicalisation des loups solitaires tels que Martin Couture-Rouleau (l’auteur de l’attentat meurtrier de Saint-Jean-sur-Richelieu) et l’attentat sanglant contre la rédaction de Charlie Hebdo ont modifié les perceptions des Québécois.

Les électeurs de cette province, réputée pour son pacifisme, appuient le projet de loi C-51 à 74 % dans les sondages.

Selon lui, le climat de xénophobie rampante et de « chasse aux sorcières » visant le radicalisme islamique au Québec entraîne un rebrassage des cartes dans le jeu politique.

« Les plus grands bénéficiaires pourraient bien être les conservateurs, dont les appuis sont en hausse », enchaîne-t-il. Les conservateurs pensent récolter 15 sièges au Québec lors des élections (dix de plus qu’à l’heure actuelle). Les libéraux ne peuvent pas se permettre de rester avec seulement sept sièges dans la province s’ils veulent former le prochain gouvernement.

Au Québec, « intercepter les terroristes en devenir semble avoir préséance sur la protection des libertés civiles », déplore enfin le chroniqueur.