Dimitri Soudas dans le giron libéral

Mme Adams s’est présentée devant la presse munie de critiques à l’endroit de son parti au « leadership mesquin qui divise […] simplement parce qu’il y a quelques votes à récolter ».
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Mme Adams s’est présentée devant la presse munie de critiques à l’endroit de son parti au « leadership mesquin qui divise […] simplement parce qu’il y a quelques votes à récolter ».

Justin Trudeau a causé la surprise lundi en annonçant avoir recruté la députée conservatrice Eve Adams, qui s’est fait connaître pour ses frasques lors d’une course à l’investiture l’an dernier et qui avait été ostracisée par le Parti conservateur depuis. M. Trudeau s’est réjoui de rallier une ancienne rivale politique, même s’il s’est retrouvé à devoir répondre du rôle que jouera le conjoint de Mme Adams dans son organisation.

Dimitri Soudas, ancien proche conseiller de Stephen Harper et fervent conservateur, suivra-t-il sa conjointe pour devenir lui aussi libéral ? Quel rôle pourrait-il jouer au sein du parti, après avoir mené plusieurs campagnes conservatrices en s’y attaquant. La question a fusé tout au long du point de presse de M. Trudeau et de sa nouvelle recrue. Et elle a pourchassé le Parti libéral toute la journée.

M. Soudas aidera sa conjointe à briguer l’investiture libérale dans la circonscription de son choix, a-t-on fini par confirmer. Mme Adams n’a pas précisé laquelle, mais les libéraux en comptent une vingtaine dans la grande région de Toronto où ils n’ont pas encore tenu d’investiture.

Pour le reste, « M. Soudas n’aura aucun rôle formel avec le Parti libéral du Canada », ont indiqué les porte-parole de M. Trudeau. « Je m’attends à ce qu’Eve amène avec elle une famille et une équipe d’amis et de supporteurs qui seront très actifs alors qu’elle tente de gagner la nomination dans une circonscription de la région de Toronto », s’est contenté d’indiquer le chef en point de presse, visiblement irrité de devoir commenter l’arrivée de M. Soudas dans le giron libéral.

Mme Adams a refusé de commenter sa relation avec M. Soudas. « Ma famille au complet m’appuie à 100 % », a-t-elle martelé.

Or, Eve Adams et Dimitri Soudas ont attiré l’attention l’an dernier en raison d’une autre course à l’investiture dans la circonscription d’Oakville–Burlington-Nord. Mme Adams s’y serait mal conduite, tentant de forcer les choses pour être choisie candidate. M. Soudas l’y aurait aidée à coup de tactiques déloyales. Résultat : Mme Adams a été écartée de la course, et M. Soudas a perdu son poste de directeur exécutif du Parti conservateur. Fin janvier, Mme Adams avait été prévenue qu’elle ne pourrait se porter candidate pour le PC dans aucune circonscription.

M. Trudeau craint-il qu’une nouvelle course à l’investiture ne tourne au vinaigre ? « Parmi les gens que je choisis d’amener dans le Parti libéral, je juge la personne, je ne juge pas les individus par leurs partenaires », a-t-il répondu.

Quant à Mme Adams, a-t-elle rejoint les libéraux parce qu’elle était désormais orpheline politique ? « Ce n’est pas de ça qu’il s’agit du tout. Il s’agit du fait que le parti ne partage plus mes valeurs », a-t-elle répondu, en accusant le PC d’avoir délaissé les valeurs progressistes-conservatrices.

Stephen Harper n’est pas du même avis. L’exclusion de Mme Adams comme candidate, « c’est la seule raison pour les développements d’aujourd’hui », a-t-il déclaré, en refusant de commenter en revanche le changement de camp de son ancien allié Dimitri Soudas.

Mme Adams s’est présentée devant la presse munie de critiques à l’endroit de son parti au « leadership mesquin qui divise […] simplement parce qu’il y a quelques votes à récolter ».

« Avec quelqu’un qui contrôle si étroitement les politiques et les communications, comment est-ce possible que le droit de choisir d’une femme soit encore amené à être débattu au Parlement ? », a-t-elle lancé. Autre pomme de discorde, le fractionnement du revenu.

Mme Adams a avisé le premier ministre par courrier, lundi matin.

Les conservateurs se seraient réjouis de sa démission. Mme Adams avait causé des soucis au parti et, puisqu’elle n’est pas candidate, les conservateurs n’ont rien perdu, a argué une source du Devoir.

M. Trudeau s’est de son côté réjoui de recruter une conservatrice. « Je reconnais qu’une des clés pour que le Parti libéral gagne la prochaine élection, c’est de convaincre beaucoup de gens qui ont voté pour d’autres partis lors de la dernière élection de voter pour celui-ci cette fois-ci. »

Un atout stratégique

Dans les coulisses libérales, on voit d’un bon oeil l’arrivée du duo Adams-Soudas. « Personne ne pense adopter la stratégie de communication » de M. Soudas « sauf qu’il amène avec lui la connaissance de l’opération de la machine conservatrice », a noté un stratège. Il pourrait, espère-t-on, partager la stratégie électorale du PC, les publicités prévues contre M. Trudeau, ou encore les détails de l’entente entre Nigel Wright et le sénateur Mike Duffy et ce qu’en savait le premier ministre.

M. Soudas a été attaché de presse ou directeur des communications du premier ministre pendant près de dix ans. Il a été un ami proche et faisait presque partie de la famille Harper.

Une rumeur voudrait qu’il convoite l’investiture d’Oakville–Burlington-Nord. M. Soudas n’a pas rappelé Le Devoir lundi. Sur Twitter, il a indiqué qu’il « appuie la décision » d’Eve Adams.

Chez les conservateurs, Dimitri Soudas semble désormais persona non grata. On indique en coulisse que la défection de Mme Adams « empêche Dimitri de [les] aider lors de la prochaine campagne », car « vous ne pouvez pas faire confiance à quelqu’un qui est en relation avec un candidat d’un autre parti ».

Cette situation n’est pas sans rappeler la démission-surprise de Belinda Stronach, qui avait quitté les conservateurs en 2005 pour devenir d’entrée ministre libérale sous Paul Martin. Mme Stronach était alors en couple avec le ministre conservateur Peter MacKay. Une relation qui n’avait pas survécu, déchirée entre les deux camps politiques.

8 commentaires
  • - Inscrit 10 février 2015 04 h 32

    Le système se perpétue, le cynisme aussi.

    Libéraux, conservateurs, et à un moindre niveau (pour l'instant), NPD, le système va se perpétuer. Les partis politiques fédéraux sont des coteries qui ne visent qu'à rendre imperméable au changement le régime dans lequel nous sommes. Bleu, Rouge, Orange ou Vert... que des changements cosmétique.

    M. Sousa n'apporte rien aux libéraux qu'une variante du machiavélisme qu'ils possédaient déjà. Et on s'étonnera par la suite que la population excècre la politique politicienne etverse dans le cynisme. Vraiment, c'est la démocratie qui fout le camp. Ne restera plus qu'à le constater.

    • Sylvain Auclair - Abonné 10 février 2015 09 h 59

      Le machiavélisme est simplement une réflexion sur la manière de prendre et de conserver le pouvoir. Ensuite, des gens somme Harper se servent de se pouvoir pour changer le pays qu'ils dirigent. De manière plus profonde que cosmétique, si vous voulez mon avis.

  • Gaston Langlais - Inscrit 10 février 2015 06 h 48

    La grenouille...

    Bonjour,

    La petite magouille qui se voyait grande ronge petit à petit le parti Conservateur. Les Libéraux sont plus structurés. Ils encadrent mieux leur inséparable magouille.

    Gaston Langlais - Gaspé.

  • Richard Bérubé - Inscrit 10 février 2015 07 h 04

    Cadeau empoisoné!!!

    Harper n'en voulait plus, elle n'avait pas vraiment le choix d'agir ainsi si elle voulait continuer sa vie politique...comme vous le mentionnez dans votre article, Soudas lui pourrait servir le parti libéral. Mais si la tendance se poursuit elle pourrait ne pas être ré-élue dans sa circonscription, car c'est ainsi que sont souvent traités les transfuges....de toute façon quel est l'apport de ces annonceurs de dentifice à la vie politique canadienne, elle serait plus utile à remplir les verres d'eau de la Chambre des Communes à Ottawa...ça remplacerait un poste de page et ça ferait économiser un peu d'argent...

  • François Dugal - Inscrit 10 février 2015 07 h 34

    Enrichissons notre vocabulaire

    Girouette :
    Mot banni du vocabulaire parlementaire.

  • Sylvain Rivest - Inscrit 10 février 2015 08 h 52

    un cheval (jument) de Troie chez les libéraux?

    Voilà qui souligne, en caractère gras, le côté crasse de la politique.
    Le pouvoir pour le pouvoir et rien d'autre. Ils sont à la solde des lobbyistes et ils sont prêt à promettre mer et monde pour ensuite régner sans contrainte tout en mordant la main qui les nourri. Ils se ressemblent tellement tous qu'ils sont interchangeable Il serait temps de revoir la pertinence du parlement et de nos dirigeants.

    Avons-nous vraiment besoin d'eux?