Le «meilleur maire du monde» livre sa recette

Naheed Nenshi est de passage au Carnaval de Québec pour un déjeuner en lien avec le Stampede.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Naheed Nenshi est de passage au Carnaval de Québec pour un déjeuner en lien avec le Stampede.

Proclamé cette semaine « meilleur maire du monde », le maire de Calgary, Naheed Nenshi, se décrit lui-même comme un « nerd » pragmatique et rassembleur.

Cet honneur lui est venu d’un organisme londonien, la Fondation des maires urbains. Modeste, il concède que beaucoup de sescollègues l’auraient mérité et qu’il le doit surtout aux résidants de Calgary qui l’ont soutenu.

« J’ai été touché que les gens prennent le temps d’écrire à la Fondation », dit-il en soulignant qu’il ne suffisait pas d’appuyer sur un bouton pour lui donner son appui mais qu’il fallait écrire pourquoi.

La rencontre a lieu dans un hôtel de Québec. M. Nenshi et son équipe sont de passage au Carnaval pour un déjeuner en lien avec le Stampede. Avant que l’entrevue ne débute, il envoie un dernier texto.

Le jeune politicien est aussi actif sur Twitter que Denis Coderre et aussi populaire dans les sondages que Régis Labeaume. Aux dernières élections, il a été réélu avec plus de 70 % des votes.

Quelle est sa recette ? « Se mettre de la vaseline sur les dents et sourire tout le temps, lance-t-il en riant. En fait, c’est très simple. Je n’étais pas un politicien quand j’ai été élu et je ne me considère toujours pas comme tel. Je suis un prof, un consultant, une sorte de nerd. »

« Je n’aurais jamais pensé que j’allais être le gars qui donne des becs aux bébés et qui serre des mains. Quand j’ai été élu, je n’avais ni scénario ni recette, alors j’ai décidé d’envisager ça de façon simple : être authentique et partager le plus d’info possible. »

Personne ne l’avait vu venir quand il a été élu pour la première fois, en 2010. À l’époque, beaucoup de médias ont souligné qu’il était le premier maire musulman des grandes villes d’Amérique du Nord. Il s’étonne encore qu’on le mentionne.

Naheed Nenshi n’aime pas qu’on le mette en boîte et se joue des catégories. Depuis son entrée en politique, il a tout fait pour qu’on ne l’associe à aucune idéologie. « Les gens me demandent toujours si je suis à gauche, à droite, conservateur ou libéral… C’est pour cela que je porte le mauve [sa campagne électorale était axée sur cette couleur]. Le mauve, c’est le mélange du bleu et du rouge. L’idée, c’est qu’il y a de la place pour tout le monde. »

Rassembleur, il a marqué beaucoup de points par son attitude lors des inondations qui ont dévasté la ville durant l’été 2013. La population a apprécié son leadership et sa présenceconstante sur le terrain.

Il dit que le plus grand défi de son administration a été de « gérer la croissance » extraordinaire qu’a vécue Calgary à cause du boom des ressources naturelles.

Or la récente plongée du pétrole pourrait tout changer. « Il y a huit semaines, quand on a voté le budget, la principale critique à notre endroit était qu’on avait été trop prudents dans nos projections sur l’augmentation de la population. On parlait de 100 000 personnes de plus d’ici quatre ans et certains préféraient parler de 180 000. Là, on se dit qu’il n’y en aura peut-être même pas 100 000. »

Mais le ton n’est pas misérabiliste, encore moins paniqué. Naheed Nenshi dit qu’il est prêt, que la ville a construit des « fondations solides » quand ça allait bien.

Cette semaine à Toronto, il s’est allié aux maires des autres grandes villes pour réclamer que le fédéral finance sérieusement le transport en commun et l’habitation en milieu urbain. Ce n’est pas la première fois que des politiciens jouent cette carte, mais M. Nenshi croit que c’est la bonne et les élections à l’automne approchent.

« Les grandes villes canadiennes représentent les deux tiers de la population canadienne et 50 % des sièges à la Chambre des communes. On est rendus à une étape où un parti fédéral peut carrément axer sa campagne sur les villes et obtenir une majorité ».

Certes, le gouvernement fédéral a moins d’argent, dit-il, mais les taux d’intérêt n’ont jamais été aussi bas et c’est le temps d’emprunter. « À Toronto, Montréal et ailleurs, le problème numéro 1 c’est le trafic. Il ne s’agit plus d’investir dans les autobus et les trains légers parce que c’est une bonne cause, mais parce qu’on n’a pas le choix. »

Quand on lui parle des antagonismes persistants entre auto et bus qui subsistent à Québec, il répond du tac au tac. « Écoutez, vous parlez au maire de Calgary ! Il n’y a pas plus “ pro auto ” que Calgary, mais dans le centre-ville, 50 % des gens utilisent le transport en commun et 20 % marchent ou se déplacent à vélo. Avec l’augmentation du trafic, les gens voient de plus en plus la logique là-dedans. »

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