Certains criminels méritent une vie en prison, juge Trudeau

Le chef libéral Justin Trudeau
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef libéral Justin Trudeau

Le chef libéral Justin Trudeau ne s’insurge pas contre la volonté du gouvernement conservateur de retirer aux personnes condamnées pour meurtre la possibilité d’un jour sortir de prison. À son avis, les crimes les plus odieux devraient être punis d’une peine proportionnelle.

« Le Parti libéral et les Canadiens s’attendent à ce que quelqu’un qui est condamné pour un crime sérieux ait des conséquences sérieuses. Nous allons regarder le projet de loi quand il sera déposé, mais les gens s’attendent à ce que des gens comme Clifford Olson et Paul Bernardo ne soient libérés sous aucune condition »,a déclaré M. Trudeau.

Le gouvernement avait indiqué, dans le dernier discours du Trône, son intention de faire en sorte que l’emprisonnement à perpétuité signifie rester en prison jusqu’à ce que mort s’ensuive. Le premier ministre est revenu à la charge avec cette promesse dimanche. Tout indique qu’un projet de loi sera déposé d’ici juin, juste à temps pour les élections.

Les cas Olson et Bernardo cités par Justin Trudeau sont mal choisis, car tous deux ont été déclarés « délinquants dangereux ». Cette étiquette permet d’imposer une peine à durée indéterminée. Le tueur en série Clifford Olson est mort derrière les barreaux en 2011, après 30 ans d’incarcération. Ses deux demandes de libération conditionnelle lui avaient été refusées. Le violeur et assassin Bernardo est en prison depuis 20 ans.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, a évoqué cette disposition pour expliquer sa tiédeur devant l’initiative à venir. « Je vais attendre de voir le texte de leur loi, mais les dispositions existent déjà. Trop souvent, depuis qu’ils sont là, les conservateurs ont eu tendance, pour des raisons purement politiques, à ériger un homme de paille qu’ils vont faire tomber eux-mêmes. »

 

Comme aux États-Unis

Un prisonnier condamné à la prison à vie devient admissible à une demande de libération conditionnelle après 25 ans d’incarcération. Toutes ne sont pas accordées. Même libéré, le prisonnier restera toujours soumis à des conditions et à une surveillance. Contrairement à l’idée reçue, les personnes condamnées pour meurtre au premier degré croupissent longtemps derrière les barreaux. Selon une étude datée de 2005 préparée pour le ministère de la Sécurité publique, la durée moyenne d’incarcération pour ces gens est de 28,4 ans. Seuls les États-Unis ont une moyenne plus élevée, à 29 ans. On y apprend que la moyenne d’incarcération dans 16 pays étudiés était alors de 14,3 ans. Seuls le Japon (21,5) et l’Autriche (20) avaient une moyenne supérieure à 20 ans.

Une étude de 2012 du Service correctionnel du Canada, menée auprès de 1129 condamnés à perpétuité et remis en liberté entre 1995 et 2005, a démontré que seulement 3,5 % d’entre eux ont commis une nouvelle infraction.

L’ancienne juge de la Cour suprême du Canada Claire L’Heureux-Dubé s’interroge sur l’idée conservatrice. « Elle m’apparaît non nécessaire, cruelle et possiblement contraire à nos normes constitutionnelles », écrit-elle au Devoir. La Charte des droits et libertés protège les Canadiens contre « tous traitements ou peines cruels et inusités ».

L’avocate Suzanne Costom, de la section du droit pénal de l’Association du Barreau du Canada, partage cet avis. Elle rappelle que déjà les conservateurs ont aboli la possibilité de demander une libération après 15 ans et instauré des peines consécutives en cas de meurtres multiples. Le premier à avoir goûté à cette médecine a été Justin Bourque, qui ne sera admissible à une libération conditionnelle que dans 75 ans pour avoir tué trois agents de la GRC à Moncton. « Rien de tout cela n’a encore été contesté devant les tribunaux, mais quelqu’un le fera, c’est certain », prédit Mme Costom.

Bon an, mal an, moins de 4 % des nouveaux arrivants dans les prisons fédérales y sont pour des meurtres au premier degré. Un prisonnier coûte 118 000 $ par an, contre 35 000 $ en liberté surveillée.

7 commentaires
  • Benoît Landry - Inscrit 29 janvier 2015 06 h 00

    Moins de 4% meurtre au premier degré

    Et parmi ce 4% qui ont obtenus une libération conditionnelle, combien ont récidivé après une libération conditionnelle ?

    Finalement nos amis conservateurs et maintenant, Justin, évaluent-t-ils les conséquences d'enlever toutes possibilités de libération à ces individus ? N'importe qui dans le monde a des chances d'évoluer lorsqu'il voit au moins la possibilité d'y gagner quelque chose en retour, que va-t-il se passer dans le monde carcéral, si on enlève toutes possibilités ? Cela ne risque-t-il pas d,augmenter la violence ?

    N'est-ce pas une forme d'intégrisme autoritaire de la part du gouvernement que ce projet de loi ? J'aimerais voir sur quoi ils se basent scientifiquement pour proposer ce genre de législation.

    • Maurice Gauvreau - Inscrit 29 janvier 2015 10 h 49

      Nos politiciens n'arrivent pas à faire preuve d'humanité davantage que les gens qui votent pour eux. La seule science qui compte pour eux est celle qui leur permet d'obtenir des votes.

  • - Inscrit 29 janvier 2015 08 h 36

    Très révélateur

    ...de l'état de l'opinion au Canada (incluant le Québec).

    Nous sommes dans une période régressive en termes de politique sociale et des drioits de la personne. La répression apparait comme la solution plutôt que l'approche socio-éducative. Le jeune Trudeau s'inscrit tout à fait dans cette mouvance pour des raisons purement électoralistes.

  • Sylvain Auclair - Abonné 29 janvier 2015 10 h 10

    Textes à méditer

    «Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde...»

    «Toute personne privée de sa liberté est traitée avec humanité et avec le respect de la dignité inhérente à la personne humaine. [...]
    Le régime pénitentiaire comporte un traitement des condamnés dont le but essentiel est leur amendement et leur reclassement social.»

  • Maurice Gauvreau - Inscrit 29 janvier 2015 10 h 41

    Barbare

    Cette condamnation "à vie" est de la pure vengeance et de la barbarie. Elle est inhumaine. Serait-elle l'expression de ce que nous sommes devenus comme société? Moi, je dis oui. Si cette triste chose devait se mettre en place, j'espère que dans un sursaut d'humanité on offrira aux victimes de cette vengeance, de cet enfermement dans le désespoir, le choix d'opter pour un suicide assisté.

    • - Inscrit 29 janvier 2015 14 h 40

      Je suis à 100% de votre avis monsieur !

  • - Inscrit 29 janvier 2015 14 h 34

    Regardez le personnage ...

    La régression, c'est un peu lui ! En tout cas, sans en être conscient (c'est un peu son propre), il est l'icône de l'inconscience !