Le NPD accuse les conservateurs de trafiquer les chiffres

Le NPD est bien déterminé à tailler en pièces la réputation qu’ont les conservateurs d’être de bons gestionnaires économiques. Le maintien des réductions d’impôt malgré un prix du pétrole en chute libre et la promesse d’atteindre quand même l’équilibre budgétaire amènent le parti de Thomas Mulcair à accuser — préventivement — le gouvernement de trafiquer les livres comptables.

« Les conservateurs sont peut-être en train de trafiquer les livres en changeant les estimés qu’ils utilisent pour le prix d’un baril de pétrole et les revenus qu’ils en tireront », a déclaré Nathan Cullen à l’occasion de la reprise des travaux à la Chambre des communes après le congé des Fêtes. M. Cullen n’a aucune preuve de ce qu’il avance, hormis quelques commentaires du ministre des Finances, Joe Oliver, laissant entendre que le ministère pourrait revoir sa façon de calculer.

Thomas Mulcair est allé presque aussi loin que son porte-parole en matière de Finances en parlant pour sa part du « mirage » économique des conservateurs et du jeu de « cache-cache » auquel ils s’adonnent à son avis. M. Mulcair semble avoir déjà conclu que les chiffres du prochain budget ne seront que des arguments électoraux. « Aucun chiffre qu’ils vont donner au mois d’avril ou après n’aura été analysé à la lumière du jour. On va tomber en campagne électorale. Ils vont pouvoir dire une chose et son contraire d’une journée à une autre. »

Le NPD demande au gouvernement de déposer sous peu une mise à jour économique et financière qui permettrait de savoir où en sont les finances publiques. Le chef libéral Justin Trudeau demande, pour sa part, une mise à jour sur l’ampleur des pertes de revenus fédéraux attribuables au pétrole. Le gouvernement a refusé les deux demandes. Le ministre Joe Oliver estime qu’il est encore tout à fait possible d’équilibrer le budget et d’accorder des réductions d’impôt. « Nous allons honorer nos engagements et nous ne planifions aucune compression majeure. » Son collègue du Conseil du trésor, Tony Clement, a renchéri. « On ne planifie pas implanter un plan de réduction du déficit comme celui que j’ai mis de l’avant en 2011-2012 », a-t-il assuré.

De fait, la situation n’est peut-être pas aussi catastrophique qu’il n’y paraît. La mise à jour économique de novembre dernier prenait déjà en compte non seulement les réductions d’impôt consenties aux familles (dont le fractionnement du revenu), mais aussi un prix du pétrole à 81 $US. Au final, le déficit prévu était de 2,9 milliards de dollars cette année et un surplus de 1,9 milliard pour 2015-2016. Le baril de pétrole se négocie maintenant à moins de 50 $US. Ces 30 $US en moins pourraient représenter une perte supplémentaire de revenus de l’ordre de 2,5 milliards par année, ce qui reste inférieur à la réserve pour éventualité de 3 milliards de dollars. M. Oliver a reconnu qu’il pourrait y avoir recours pour équilibrer le budget. « Le budget révélera cela, mais je n’exclus pas cette possibilité. »

La réserve pour éventualité a été mise en place par le ministre des Finances Paul Martin en 1998-1999. Ce « coussin » de sécurité vient en aide au gouvernement lorsqu’il doit faire face à un imprévu ayant une incidence financière (envoi de troupes militaires, inondations, etc.). La portion inutilisée est chaque année appliquée à la dette. Il est faux de prétendre, comme l’ont fait certains, que ce fonds ne doit servir qu’en cas de catastrophes naturelles.

Ni Thomas Mulcair ni le chef libéral Justin Trudeau n’ont voulu dire si c’était une bonne chose que d’utiliser la réserve à cette fin. Aucun n’a voulu non plus se prononcer sur la pertinence d’équilibrer à tout prix le budget en 2015.

3 commentaires
  • Michel Rood - Inscrit 27 janvier 2015 09 h 00

    Chialeur par excellence

    Mr. Mulcair connait bien sa position face au deux autres partis. J'espère qu'il n'est pas comme ça dans la vrai vie sinon il doit être invivable. Très bon patineur, j'aimerais bien le voir au bâton si jamais son tour arrive.

    Beaucoup de bla bla et aucune formule de rechange.

    • Robert Bernier - Abonné 27 janvier 2015 13 h 24

      Vous écrivez: j'aimerais bien le voir au bâton si jamais son tour arrive.

      La seule façon pour vous de vous offrir ce plaisir serait de voter pour lui aux prochaines élections. Et pensez que Mulcair n'est peut-être pas le rêveur que vous craignez. Il a pris la tête du NPD en faisant effacer la référence directe au socialisme dans le programme du parti.

      Robert Bernier
      Mirabel

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 27 janvier 2015 15 h 55

      En fait, M. Bernier, M. Mulcair a voulu effacer la référence au socialisme dans les statuts du parti, mais le Congrès a repoussé cette décision à plus tard. Enfin, je crois bien.