L’entourage de Makayla ne regrette rien

La jeune Makayla Sault
Photo: The Hamilton Spectator - Barry Gray La Presse canadienne La jeune Makayla Sault

Le chef de la communauté autochtone dont provenait Makayla Sault, cette jeune de 11 ans décédée lundi après avoir refusé sa chimiothérapie, ne regrette rien. Bryan LaForme estime que Makayla était assez mature pour savoir ce qu’elle faisait lorsqu’elle a opté pour des soins ancestraux. Les commentateurs qui estiment qu’elle a été sacrifiée sur l’autel des droits autochtones peuvent, dit-il, aller se faire voir.

« Non, il n’y a pas de regret à propos de la décision qu’elle a prise en tant que personne, en tant qu’individu, à propos des traitements et de leurs effets sur son corps », déclare en entrevue avec Le Devoir le chef de New Credit, qui est aussi le porte-parole de la famille Sault.

Makayla était atteinte d’une leucémie lymphoblastique, un cancer infantile qui nécessite une longue chimiothérapie. Les effets secondaires ont été si prononcés qu’après 11 semaines de traitements, elle a cessé ceux-ci. Elle a dit avoir eu une vision de Jésus. Ses parents sont des pasteurs évangéliques chrétiens.

«Sacrifiée sur l’autel des droits collectifs »

Dans une affaire presque identique impliquant une autre Ontarienne de 11 ans atteinte de la même maladie et voulant elle aussi cesser les traitements, un juge a tranché cet automne que les droits autochtones reconnus incluaient le droit des parents de préférer la médecine ancestrale. Cette enfant, qu’on ne peut identifier que par les initiales « J. J. »,aurait 90 % de chance de survie avec les traitements médicaux. Makayla en avait 75 %. Les médecins affirment qu’il n’existe aucun cas connu d’enfant ayant survécu à ce cancer sans traitement. Le verdict du juge avait été accueilli par une explosion de joie chez les autochtones présents dans la salle d’audience.

Des commentateurs ont critiqué les parents de Makayla et le système judiciaire qui ne l’a pas protégée. « Un enfant a déjà été sacrifié sur l’autel des droits collectifs autochtones. C’est un enfant de trop »,écrit Rosie DiManno dans le Toronto Star. « Ce genre de commentaires n’est pas surprenant, dit M. LaForme. On s’y attendait, je m’y attendais. Mais c’est une décision qui a été prise par Makayla. Elle l’a prise seule. Elle savait qu’il y avait une possibilité de mourir. […] Cette idée qu’elle a été sacrifiée n’est que de la bullshit. »

Les droits autochtones n’ont que peu à voir avec cette histoire, ajoute-t-il. « Cela aurait pu arriver à n’importe quel autre groupe minoritaire qui exerce ses pratiques traditionnelles. Pour nous, cela a réaffirmé qu’en tant que Premières Nations, nous avons le droit de pratiquer nos traditions. Qu’elles soient médicinales ou autres. » M. LaForme avait été cité par le National Post en 2014 affirmant : « Nous ne laisserons pas des gouvernements étrangers [provincial ou fédéral] entrer et se saisir de nos enfants. »

Makayla a fait un arrêt cardiaque dimanche et est morte lundi après-midi, à son domicile. M. LaForme soutient que ce n’est pas le cancer qui a tué Makayla. « Elle n’avait pas le cancer quand elle est morte. Il n’y avait pas de signe de cancer quand elle a eu un test sanguin avant Noël. »

En général, des parents qui refusent un traitement peuvent voir leur décision infirmée par des instances médicales si celles-ci estiment que ce n’est pas dans l’intérêt supérieur de l’enfant.