Chaude course en vue dans Mont-Royal

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

C’est ce mercredi soir que l’ex-journaliste de TVA Pascale Déry annoncera officiellement sa candidature à l’investiture conservatrice dans la circonscription de Mont-Royal. Si plusieurs au sein du Parti conservateur saluent la venue d’une « vedette » capable d’en élargir la base traditionnelle d’appuis, d’autres y voient une tactique pour bloquer la route à un personnage — Robert Libman — susceptible d’entacher la réputation de la formation auprès des Québécois francophones.

Le ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, sera présent pour le lancement de la campagne de Mme Déry. D’autres gros noms sont promis, mais pas le lieutenant québécois de Stephen Harper, Denis Lebel. Son statut le contraint, indique-t-on au parti, à une certaine neutralité, mais dans les coulisses, plusieurs assurent que le ministre Lebel soutient activement la candidature de Pascale Déry.

Certains conservateurs actifs dans Mont-Royal s’interrogent sur la pertinence de présenter Mme Déry dans cette circonscription à 70 % anglophone. Son passage à TVA, qui l’a fait connaître des téléspectateurs francophones, n’aura que peu d’impact sur ces électeurs. Deux visions s’affrontent à ce sujet.

D’un côté, il y a ceux qui estiment que le vote juif anglophone est déjà acquis au Parti conservateur dans Mont-Royal et qu’une candidature francophone permettra d’aller chercher les votes qui lui ont échappé en 2011. Le PC avait terminé second avec 2260 voix de moins qu’Irwin Cotler.

De l’autre, il y a ceux qui pensent que la candidature de Pascale Déry vise à faire obstacle à Robert Libman, qui s’est fait connaître au Québec à la fin des années 1980 en tant que militant pour les droits linguistiques des anglophones. M. Libman a fondé le Parti Égalité et s’est fait élire à l’Assemblée nationale en 1989 avec trois collègues. « Denis Lebel, en tant que francophone, n’est peut-être pas très chaud pour la candidature de M. Libman, qui va entacher la réputation du parti dans le reste du Québec », explique un conservateur impliqué dans la course de Mont-Royal.

Le sénateur Leo Housakos ne croit pas à cette version des faits. « Je pense que cette histoire est finie, que M. Libman a tourné la page à propos de cette affaire-là il y a plusieurs années », explique-t-il. M. Housakos dit ne pas être impliqué dans la campagne à l’investiture.

Deux façons de voir les choses

Keith Henderson, le successeur de M. Libman à la tête du Parti Égalité et sympathisant conservateur, est de ceux qui supputent que la feuille de route de M. Libman joue sûrement contre lui. « Je ne comprends pas le but de présenter cette candidature-vedette [Mme Déry] dans cette circonscription. Il est possible qu’ils n’aiment pas le message qu’enverrait le choix de l’ancien chef du Parti Égalité. »

M. Libman est un incontournable de lacommunauté de Mont-Royal. Sur la scène municipale, il a été maire de Côte-Saint-Luc puis, pendant la courte fusion avec Montréal, maire d’arrondissement. Il pourra donner la réplique à Anthony Housefather, qui portera pour sa part les couleurs du Parti libéral du Canada dans la circonscription et qui a été maire de Côte-Saint-Luc après la défusion. MM. Libman et Housefather sont réputés ne pas très bien s’entendre, pour avoir défendu des idées divergentes sur la question de la défusion. La bataille entre les deux, si M. Libman remportait l’investiture conservatrice, pourrait facilement devenir acrimonieuse.

Pascale Déry et Robert Libman ne sont pas seuls dans la course : Beryl Wajsman, un ancien organisateur du Parti libéral du Canada, tente aussi sa chance. L'épouse du ministre de la Justice Peter MacKay, la militante pour les droits de la personne Nazanin Afshin-Jam, appuie M. Wajsman. Selon M. Henderson, il est faux de tenir pour acquis qu’en l’absence de Mme Déry, Robert Libman remporterait la mise haut la main. « Je ne sais pas, si c’était une course à deux, qui de Beryl ou de Robert l’emporterait. »

Une source conservatrice de la circonscription voit dans le choix de Mont-Royal pour Mme Déry l’expression d’une conviction que c’est le seul endroit à Montréal où le Parti conservateur peut percer. Elle s’en désole. « Certains à Ottawa pensent malheureusement qu’il n’y a que Mont-Royal qui est prenable dans la région de Montréal. […] Il y a deux façons de voir cela. C’est bien d’avoir autant de bons candidats dans la course car cela fera plus jaser, apportera beaucoup de bonne publicité au Parti conservateur et rendra ensuite plus facile la victoire à l’élection. Mais si je regarde cela du point de vue d’Ottawa, on peut se dire quelle perte de talents de placer trois bons candidats dans la même circonscription. »

À voir en vidéo