Le Canada craint la présence d’espions dans l’Arctique

Les forces militaires canadiennes ont régulièrement déployé des équipes de contre-espionnage afin de se protéger contre de possibles actes d’espionnage, de terrorisme et de sabotage lors de ses exercices annuels dans l’Arctique.


Selon plusieurs experts, il s’agit de mesures inhabituelles puisque l’opération Nanook est effectuée dans des secteurs éloignés du Grand Nord canadien et que l’implication étrangère est limitée aux alliés rapprochés du Canada.


Wesley Wark, professeur à l’Université d’Ottawa, juge que ces mesures sont curieuses puisqu’elles relèvent habituellement du Service canadien du renseignement de sécurité ou de la Gendarmerie royale du Canada.


Un porte-parole de la branche du renseignement des forces militaires a déclaré que l’équipe avait été déployée chaque année depuis 2008, soit deux années après que le premier ministre Stephen Harper eut commencé à assister aux exercices en compagnie de membres de la tribune de la presse parlementaire.


Les seuls membres étrangers de la presse ayant participé à ces voyages proviennent de la Chine, y compris des membres de l’agence de presse de l’État chinois et — en 2013 — un représentant d’un quotidien important chinois, qui sont dans les deux cas accrédités à la tribune parlementaire d’Ottawa.


Menaces


Le capitaine Travis Smyth a indiqué que la branche du renseignement militaire a une responsabilité légale de protéger les forces canadiennes. Les exercices dans l’Arctique, même s’ils ont lieu à l’intérieur des frontières du pays, sont « très visibles et le risque de menaces contre la sécurité existe ».


Il n’a toutefois pas voulu préciser quel genre de menaces pourraient être posées dans cette région éloignée, citant la sécurité des opérations.


Quand on lui a demandé directement si les membres des médias étaient ciblés, le capitaine Smyth a répondu par courriel : « Pour des raisons liées à la sécurité des opérations, tout individu ou groupe d’individus qui pourraient faire l’objet d’une enquête ne peuvent être mentionnés publiquement. »


Les dirigeants du Canada répètent depuis plusieurs années que le pays ne fait face à aucun véritable danger dans l’Arctique. Or, une série de documents obtenus par La Presse canadienne grâce à la loi sur l’accès à l’information démontrent que le service de contre-espionnage avait reçu l’ordre — autant « avant qu’après » les exercices — de « détecter, identifier et réduire les menaces d’espionnage, de terrorisme, de sabotage et de bouleversements » contre l’armée, son personnel, son équipement et ses infrastructures.


Le groupe a reçu l’ordre de se concentrer sur les « menaces directes » à l’intérieur du « secteur des opérations », ce qui inclurait quelques centaines de soldats et une poignée de vaisseaux de guerre déployés dans le Grand Nord.

1 commentaire
  • André Lacombe-Gosselin - Abonné 12 janvier 2015 10 h 47

    Espionnage et/ou surveillance ???

    Pour moi,francophone et francophile, "espionnage = intrusion en territoire étranger"; selon l'article, ces opérations de "surveillance" - et non d'espionnage - se font en territoire canadien, jusqu'à preuve du contraire... En anglais, le sens du mot "spy" réfère sans distinction aux deux notions de "surveillance et d'espionnage". Ceci ne veut pas dire que la GRC et le SCRS ne font pas d'espionnage comme par exemple lors "du vol de nuit" des listes du PQ en 1970... et d'autres opérations actuellement tenues secrètes pour des raisons politiques.
    André Lacombe-Gosselin.