Le ministre Fantino est rétrogradé

Stephen Harper a muté Julian Fantino des Anciens Combattants vers la Défense, où il sera désormais ministre associé.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Stephen Harper a muté Julian Fantino des Anciens Combattants vers la Défense, où il sera désormais ministre associé.

Après l’avoir dirigé, Julian Fantino devient en quelque sorte le client du ministère des Anciens Combattants. Celui qui cumulait les blessures de guerre politique s’est fait montrer la porte lundi par le premier ministre. Il est rétrogradé au poste de ministre associé à la Défense, tandis qu’Erin O’Toole le remplace. Bien que salué par l’opposition, ce changement porte à 40 le nombre de ministres dans le cabinet Harper, le plus gros de toute l’histoire du Canada.

Désormais, un élu conservateur sur quatre (40 sur 163) est ministre, avec la prime salariale qui vient avec le poste. L’ancien record, de 39 ministres, était détenu ex aequo par M. Harper, Paul Martin et Brian Mulroney. C’est le propre des premiers ministres récents d’augmenter la taille de leur cabinet à mesure qu’ils s’incrustent au pouvoir. Jean Chrétien avait 31 ministres en 1994, mais 38 en 2002. Pierre Elliott Trudeau en avait 29 en 1969, mais 37 en 1984. Stephen Harper lui-même a amorcé son règne avec 32 ministres.

Un député fédéral touche un salaire de 163 700 $ (le double pour le premier ministre). Un ministre d’État touche 58 700 $ de plus et un ministre de plein droit, 78 300 $ de plus. Sur les 40 membres du cabinet Harper, un est premier ministre, 26 sont ministres et 13 sont ministres d’État, pour des primes salariales annuelles totalisant 2,96 millions.

« Pour quelqu’un qui a toujours prêché la réduction des dépenses de l’État, M. Harper est en train de prouver encore une fois qu’il sait parler de ces choses, mais qu’il ne sait pas livrer la marchandise », a commencé le chef du NPD, Thomas Mulcair.

Bourdes

 

Julian Fantino était devenu un véritable boulet pour le gouvernement conservateur. L’ancien chef de police de Toronto, réputé pour son caractère abrasif, avait eu plus que sa part de mauvaise presse. En janvier dernier, il avait été pris à partie par un groupe d’anciens combattants âgés lui reprochant la fermeture de neuf bureaux locaux d’Anciens Combattants. Il s’était présenté avec 70 minutes de retard à la rencontre et avait sermonné un des anciens combattants, qui avait eu le malheur de pointer le doigt en sa direction. En mai, il avait fui devant les caméras l’épouse d’un ancien combattant qui réclamait un entretien.

Au-delà de ces pépins d’image, il y avait aussi le fond. Anciens Combattants a été critiqué en novembre par le vérificateur général du Canada parce qu’il complique inutilement les procédures pour obtenir de l’aide en santé mentale. En prévision de ce rapport accablant, M. Fantino avait débloqué un fonds de 200 millions. Le communiqué de presse laissait entendre que la somme serait versée sur six ans. Les fonctionnaires ont dû reconnaître par la suite que seulement 19 millions le seraient, les 88 % restants étant réservés pour le reste de l’existence des anciens combattants, soit environ 50 ans. La colère des anciens combattants s’est accrue lorsqu’il a été révélé que, au cours des sept dernières années (soit avant l’arrivée de M. Fantino), le ministère a retourné au fonds consolidé un milliard de dollars inutilisés.

M. Fantino, 72 ans, ne quitte pas pour autant le cabinet. Et, bien que ses fonctions soient de moindre envergure, il ne renonce pas à sa prime de 78 300 $. Il redevient ministre associé à la Défense, fonction qu’il avait occupée en 2011-2012. À l’époque, il était responsable des contrats d’approvisionnement, dont celui des avions de chasse F-35. Cette fois, son rôle aura trait à la souveraineté dans l’Arctique et à la sécurité des technologies de l’information et du renseignement étranger, rôle qui n’existait pas auparavant.

«Pas d’empathie»

Thomas Mulcair s’est dit « pantois » devant l’entêtement du premier ministre à le conserver. « C’est un mystère pour nous qu’il soit encore là », a-t-il résumé, en rappelant les « déclarations trompeuses » du ministre à propos du coût des F-35. Le libéral Marc Garneau a salué ce remaniement car, à son avis, M. Fantino « est un homme qui n’a pas d’empathie ou d’atome crochu avec les anciens combattants, il ne les traite pas avec respect ».

Sur sa page Facebook, M. Fantino a exprimé sa reconnaissance envers les anciens combattants. « J’ai été guidé par la conviction profonde que le gouvernement doit soutenir ceux qui ont servi et continuent de servir leur pays. Sous la gouverne du premier ministre Harper, je peux dire avec confiance que nous avons entièrement respecté ce principe. »

Il est remplacé par Erin O’Toole, un député ontarien élu en 2012 lors de l’élection partielle ayant suivi le départ de Bev Oda. M. O’Toole a servi dans l’aviation royale canadienne, avant de passer au droit.

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