Le NPD perd un député... et des plumes

Glenn Thibeault
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Glenn Thibeault

Nouveau désaveu pour Thomas Mulcair : un député ontarien quitte le Nouveau Parti démocratique fédéral pour se joindre aux libéraux provinciaux de Kathleen Wynne. Un nouveau revers qui suit une série de mauvaises nouvelles pour la famille néodémocrate, constatent les politologues.

Député de Sudbury depuis 2008, Glenn Thibeault a fait valoir, dans une déclaration écrite mardi, qu’il estime qu’il accomplira davantage de choses pour ses électeurs sur la scène provinciale. « La décision n’a pas été prise facilement », a-t-il ajouté en n’évoquant jamais le NPD. En entrevue avec Radio-Canadaà Sudbury, M. Thibeault a avancé qu’il n’« était plus sur la même longueur d’onde » que le NPD ces derniers temps, mais qu’il n’avait rien contre M. Mulcair ou le NPD pour autant.

Dans son ancienne famille politique, on s’est dit surpris, car M. Thibeault avait récemment renoncé à son rôle de président du caucus, affirmant vouloir concilier davantage ses rôles de député et de père de famille. « Je vois difficilement en quoi ce sera plus simple » en étant au gouvernement en Ontario, a déclaré l’élu néodémocrate Robert Aubin. Ce dernier a du mal à s’expliquer la décision de son ex-collègue « autrement que par l’attrait du pouvoir à court terme ».

Cinq mois après l’élection ontarienne de juin dernier, le député provincial néodémocrate de Sudbury Joe Cimino a abandonné son poste fin novembre. Les résultats y avaient été serrés. La première ministre ontarienne, Kathleen Wynne, n’a pas encore annoncé la date de l’élection complémentaire, mais elle s’est dite « ravie » de pouvoir compter sur la candidature de M. Thibeault. Les libéraux pourraient récupérer le siège, convient-on dans les coulisses néodémocrates.

Et c’est pour cette raison que M. Thibeault aurait choisi de faire le saut, croit-on dans les instances du NPD, où l’on présume que Mme Wynne lui a promis un poste de ministre. Le député aurait avisé son chef, Thomas Mulcair, sans rien avoir à redire du parti, a-t-on rapporté au Devoir. Élu il y a six ans, il aura en outre droit à sa retraite fédérale, a-t-on souligné.

Glenn Thibeault est le sixième député à quitter le NPD depuis que Thomas Mulcair a pris les rênes du parti. Les Québécois Claude Patry, Lise St-Denis et Jean-François Larose ont rejoint respectivement le Bloc québécois, le Parti libéral et la nouvelle formation Forces et démocratie. Sana Hassainia a quitté le NPD en critiquant le leadership de son chef et sa position jugée trop pro-Israël. L’Ontarien Bruce Hyer a rejoint les verts, tandis qu’Olivia Chow a tenté sa chance — sans succès — à la mairie de Toronto et que Manon Perreault a été exclue lorsqu’accusée au criminel.

Mouvement libéral

Le NPD a par ailleurs perdu du terrain dans toutes les élections partielles de la dernière année, sauf une à Toronto-Centre. Des reculs au profit des libéraux. S’ajoute maintenant la défection d’un député vers la famille libérale en Ontario.

« Ce qui s’exprime, c’est un fort mouvement en faveur des libéraux. Et ce n’est pas une bonne nouvelle pour Thomas Mulcair et le NPD », constate André Lamoureux, politologue à l’UQAM. « Ça va être extrêmement difficile de remonter la pente. Il n’y a pas de bonnes nouvelles ! À un moment donné, il faut qu’il y en ait. »

Car dans les provinces aussi, le NPD a enchaîné les déceptions. Les libéraux ont conservé le pouvoir contre toute attente en Colombie-Britannique, le NPD l’a perdu en Nouvelle-Écosse, et en Ontario il n’a fait que de maigres gains, alors que les libéraux ont décroché une majorité. Au Manitoba, dernier gouvernement néodémocrate au pays, le premier ministre Greg Sellinger est en chute libre dans les sondages. Dans les coulisses du NPD fédéral, on convenait dernièrement que tout cela en dit long sur la faiblesse des forces au pays.

« Leur cote est à la baisse. […] En ce moment, ils n’ont pas de quoi se réjouir », analyse Nelson Wiseman, de l’Université de Toronto. Mais « leur marque […] est plus ancrée dans la culture politique canadienne », note-t-il, en rappelant que tout peut changer au fil d’une campagne électorale. Le chef libéral est populaire, mais Justin Trudeau a peu d’expérience. Il faudra donc voir si la tendance se maintient pour le NPD, ou si elle se renverse lors de l’élection fédérale de 2015, a conclu cet expert.

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