Les chefs délaissent la Chambre

Justin Trudeau a été présent à 47 des 127 périodes de questions de l'année 2014.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Justin Trudeau a été présent à 47 des 127 périodes de questions de l'année 2014.

La période de questions à la Chambre des communes vaut-elle encore la peine d’être écoutée, et décortiquée par les journalistes ? Les chefs des principaux partis politiques ne semblent pas le croire si on se fie à leur assiduité à ce rendez-vous parlementaire quotidien. Car leur présence laisse à désirer.

Le Devoir a calculé à combien des 127 périodes de questions de l’année 2014 chaque chef avait participé. Conclusion : le leader du Nouveau Parti démocratique Thomas Mulcair remporte, et de loin, la palme. Il a participé à 75 d’entre elles, pour une assiduité de 59 %. Arrivent loin derrière le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, avec 47 présences (37 %), et le chef du Parti conservateur, Stephen Harper, avec 45 présences (35 %).

En moyenne, le premier ministre s’est montré un peu moins de deux jours par semaine. Il n’est jamais là les vendredis et presque jamais les lundis, sauf lorsqu’il s’agit d’une rentrée parlementaire. « Lorsque le premier ministre n’est pas à la période des questions, il fait la promotion des valeurs et des intérêts canadiens sur la scène internationale, plus récemment lors du G20 », a fait valoir son attaché de presse, Carl Vallée. M. Vallée ajoute que depuis l’élection de 2011, le premier ministre a participé à 64 % des votes à la Chambre et que pour la moitié des votes qu’il a ratés, son absence s’est justifiée par un voyage à l’étranger.

N’empêche que M. Harper détient le triste record de l’histoire récente en matière d’absentéisme d’un premier ministre. Jean Chrétien avait une présence moyenne de 50 % et son successeur Paul Martin, de 46 %, selon les calculs du Devoir. M. Harper se tient dans la fourchette du 35 % depuis plusieurs années déjà. Cela n’a pas toujours été le cas. À l’automne 2005, à quelques semaines du renversement du gouvernement libéral minoritaire, M. Harper, alors chef de l’opposition officielle, avait participé à 75 % des périodes de questions.

Démocratie fragile

Aux yeux de Ned Franks, ancien professeur à l’Université Queen’s et spécialiste du parlementarisme canadien, toutes ces statistiques devraient inquiéter les citoyens soucieux de la vitalité démocratique canadienne. « Ces chiffres m’apparaissent étonnamment bas et témoignent du peu d’importance qu’accordent les chefs à la période de questions, voire au Parlement lui-même », dit-il. S’il dit ne pas connaître les motivations de Justin Trudeau à assister si peu souvent à la période de questions, il affirme que celles de M. Harper sont plus claires. « M. Harper considère le Parlement, au mieux, comme sans importance, au pire, comme une nuisance. »

M. Mulcair a volontairement réduit son assiduité cet automne pour se concentrer sur les périodes de questions auxquelles assiste le premier ministre, explique son équipe. Il a assisté à 64 % des périodes de questions printanières, mais seulement à 53 % de celles de l’automne.

Quant à Justin Trudeau, son équipe indique qu’il « va à la rencontre des Canadiens afin de connaître leurs préoccupations ». Il a participé, dit-on, à 641 événements, dont 155 au Québec. On ajoute que M. Trudeau a pris part à 71 % des votes de l’automne.

35 %

Le taux de présence de Stephen Harper en Chambre pour la période de questions

37 %

Le taux de présence de Justin Trudeau en Chambre pour la période de questions

59 %

Le taux de présence de Thomas Mulcair en Chambre pour la période de questions
1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 17 décembre 2014 10 h 11

    Une farce

    Tout le monde sait que la ériode des questions n'est, de la part de tous les partis, que de la démagogie.