Mulcair attaque l’entente Canada-UE

Thomas Mulcair invite les pays européens à réclamer des modifications.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Thomas Mulcair invite les pays européens à réclamer des modifications.

Invité des Entretiens Royaumont, un think tank libéral rassemblant des personnalités de gauche et de droite, le chef du NPD a profité de son passage à Paris ce week-end pour défendre l’intervention de l’État dans l’économie et critiquer l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne.

Selon Thomas Mulcair, « l’Europe ne doit pas se laisser enfermer dans un accord » qui expose les gouvernements à des poursuites judiciaires et qui contient un mécanisme de règlement des différends qui « risque de réduire la capacité des États à légiférer dans l’intérêt public ».

Même si la formulation de l’accord Canada-Union européenne est plus restrictive, le chef de l’opposition officielle a rappelé les poursuites de plusieurs millions de dollars engagées par Dow Chemical en 2009 en vertu de l’article 11 de l’ALENA. La compagnie reprochait alors au gouvernement québécois de lui avoir fait perdre des marchés en interdisant certains pesticides.

Les pays inquiets

L’intervention de Thomas Mulcair recoupait largement celle de Jacques Attali faite la veille dans cet ancien monastère cistercien situé à une cinquantaine de kilomètres de Paris. L’ancien conseiller de François Mitterrand a estimé lui aussi que l’accord Canada-Union européenne ne pouvait être adopté en l’état. Selon Thomas Mulcair, les sociaux-démocrates allemands, autrichiens et néerlandais s’inquiètent eux aussi de cette atteinte à la souveraineté des États.

« Si l’accord n’est pas modifié, ils pourraient inciter leur gouvernement respectif à bloquer la ratification de l’entente », a confié Thomas Mulcair. Celle-ci exige en effet l’unanimité des 28 pays membres de l’Union européenne.

Thomas Mulcair a par ailleurs brossé un tableau plutôt sombre de l’économie canadienne en affirmant qu’« au cours des 35 dernières années, l’économie du Canada a connu une croissance d’environ 150 %, alors qu’en moyenne le revenu des ménages a subi une baisse de presque 10 % ».

Le chef du NPD a dénoncé l’évasion fiscale dont profite notamment le Canada. Il a rappelé que même un organisme public comme l’Office d’investissement des régimes de pensions du secteur public (fédéral) a récemment évité de payer plusieurs millions de dollars d’impôts en Allemagne en faisant transiter ses fonds par le Luxembourg. Une révélation faite le mois dernier par la chaîne de télévision France 2 et reprise par CBC. Or, constate Thomas Mulcair, c’est Jean-Claude Juncker qui a dirigé le Luxembourg pendant 18 ans qui est aujourd’hui président de la Commission européenne.

À l’abbaye de Royaumont, le chef du NPD s’est aussi fait le chantre des thèses de l’économiste français Thomas Piketty dont le best-seller (Le capital au XXIe siècle) soutient que le développement des inégalités nuit à terme à la croissance économique.

Sur le thème « Révolutionner la dépense publique et l’impôt », les entretiens rassemblaient cette année des personnalités aussi diverses que l’ancien premier ministre français François Fillon, l’ex-président du Conseil italien Mario Monti et le très controversé (et ultralibéral) président du Médef (le conseil du patronat français), Pierre Gattaz.

Thomas Mulcair a profité de son séjour à Paris pour rencontrer le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, ainsi que Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale.

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