Amnistie internationale appelle Ottawa à accueillir encore 10 000 réfugiés

Le monde, y compris le Canada, doit en faire plus pour accueillir le flot de réfugiés qui fuient la Syrie, somme Amnistie internationale. La communauté canado-syrienne, elle, se demande si Ottawa a été aussi timide dans ce dossier parce qu’il s’agit de réfugiés musulmans.

« J’espère que la religion n’est pas un facteur. Mais malheureusement, c’est quelque chose qui se discute dans la communauté », a rapporté Faisal Alazem, du Conseil canado-syrien. « Pourquoi y a-t-il eu une réponse rapide pour [le tremblement de terre en] Haïti et les Philippines [qui ont été frappées par un typhon], mais tout à coup quand on en vient à la Syrie, nous avons l’une des pires réponses à la crise ? Même si c’est la plus importante crise humanitaire que nous ayons vue, selon l’ONU, depuis la création des Nations unies », a lancé M. Alazem, en point de presse vendredi.

À ses côtés, les dirigeants d’Amnistie internationale étaient venus sonner l’alarme. Quelque 3,8 millions de Syriens ont fui leur pays chez leurs voisins, qui ont été forcés de fermer leurs frontières, incapables de répondre à la demande. Au Liban, la population a augmenté de 25 % en raison de cette migration de réfugiés syriens. L’ONU estime que 380 000 Syriens doivent être réinstallés.

« C’est la plus grande crise de déplacement de réfugiés que le monde a connue depuis des décennies, a déploré la directrice d’Amnistie internationale, Béatrice Vaugrante. Le monde doit agir. Les pays occidentaux doivent agir, sous le leadership du Canada aussi. »

Amnistie appelle donc le gouvernement fédéral à s’engager, lors d’une rencontre internationale au Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés mardi prochain, à parrainer 10 000 réfugiés syriens au cours des deux prochaines années — soit 5000 par an. Le nombre de réfugiés qui pourront être parrainés par des organismes privés devrait aussi être augmenté, tout comme les ressources pour traiter les demandes qui s’en suivront.

«En temps et lieu»

Le ministre de l’Immigration Chris Alexander a reconnu cette semaine, en réponse à une question écrite du NPD, que seuls 457 réfugiés syriens sont arrivés au pays, sur les 1300 qu’Ottawa s’était engagé à accueillir en 2014.

Le bureau du ministre a rétorqué vendredi que « le Canada est un leader mondial dans sa réponse face à la crise syrienne. […] Nous en ferons plus et les détails seront disponibles en temps et lieu ».

Quant aux inquiétudes du Conseil canado-syrien, « c’est complètement faux », a insisté le secrétaire parlementaire de M. Alexander, Costas Menegakis. « Nous n’évaluons pas les dossiers de réfugiés selon les croyances religieuses des individus. »

Mais voyant que « le gouvernement est si hésitant, si silencieux et si peu actif », Mme Vaugrante craint aussi que ce soit « parce que ce flot de réfugiés est de confession musulmane ».

L’organisme n’adressait par ailleurs pas ses reproches qu’au Canada. La communauté internationale n’a accueilli que 1,7 % des réfugiés syriens, selon Amnistie. « Ce n’est pas unique au Canada », a reconnu le secrétaire général, Alex Neve.