«Fautes personnelles», faute politique

Ce qui était au départ une affaire de « fautes personnelles » et de harcèlement est en voie de devenir une joute politique. Le chef du NPD, Thomas Mulcair, accuse son adversaire libéral Justin Trudeau de victimiser une seconde fois ses deux députées en rendant publique la plainte qu’elles avaient déposée contre les élus Scott Andrews et Massimo Pacetti.

De passage à Whitby, M. Mulcair a confirmé que les deux plaignantes font partie de son caucus et que dans un cas, il était au courant depuis un certain temps des allégations. « Notre préoccupation première était de s’assurer qu’elles obtiennent l’aide nécessaire et que leurs souhaits soient respectés. Au nombre de ces souhaits figurait le désir de garder ceci confidentiel. C’était leur demande et nous n’allions pas passer outre et les victimiser une seconde fois. »

En coulisse, les néodémocrates déplorent que Justin Trudeau ait convoqué une conférence de presse pour annoncer la suspension de ses deux députés sans en avertir au préalable le NPD. Mais qu’aurait-il pu faire d’autre sans risquer d’être accusé de ne pas prendre les allégations au sérieux ? « On aurait pu faire une conférence de presse conjointe avec les whips des deux partis, par exemple », suggère un stratège. Le parti aurait alors pu prévenir les plaignantes de ce qui s’en venait.

Selon le NPD, les deux femmes sont « troublées » que leurs plaintes aient été ébruitées et une des deux est « ébranlée ». Les noms des deux députées, connus de certains journalistes, n’ont pas été publiés. Mais lorsque la nouvelle des sanctions prises contre Scott Andrews et Massimo Pacetti a circulé sur les réseaux sociaux, les plaignantes étaient en réunion de caucus et ont réagi d’une manière qui aurait pu permettre à leurs collègues de les identifier. Selon cette source néodémocrate, le fait que le microcosme d’Ottawa puisse connaître leur identité dérange les deux femmes.

Du côté libéral, on se demande comment les choses auraient pu être faites autrement. « Quand quelqu’un s’adresse directement à un chef de parti qui n’est pas le sien, cela signifie qu’on s’attend à ce qu’il y ait des conséquences », a fait valoir M. Trudeau. « Comment peut-on suspendre des députés sans le dire à personne ? » demande un stratège qui ne manque pas de rappeler que c’est le NPD et non Justin Trudeau qui a confirmé l’affiliation politique des plaignantes.Cette source soutient que le NPD a été averti tout de suite après que M. Trudeau eut informé son caucus des suspensions, soit plus d’une heure avant la conférence de presse. Mais somme toute, conclut cette source, la suspension « ça ne les regardait pas. Il s’agissait de membres de son caucus à lui ».

 

Le NPD savait

Selon nos sources, le NPD a été mis au courant il y a un certain temps de la première plainte, mais la femme voulait que la chose reste confidentielle. Le NPD dit avoir pris des mesures correctives pour éviter que les problèmes se répètent, mais refuse de les expliciter, car cela permettrait d’identifier la plaignante. On peut donc penser que la députée a été retirée d’un comité parlementaire ou d’une délégation appelée à voyager dont faisait aussi partie le collègue importun, par exemple. Le NPD n’a pas été en mesure de dire si, au nombre des mesures prises à cette époque, les autorités libérales ont été contactées. Ces dernières soutiennent que non.

Le NPD soutient aussi avoir accordé de l’aide à la plaignante, mais encore là, en refusant de fournir des détails car ils permettraient aussi de l’identifier. On peut penser à un congé prolongé accordé, par exemple. Le second cas n’a été porté à l’attention du NPD que la semaine dernière, après que la députée s’est confiée personnellement au chef libéral Justin Trudeau.

Avec Marie Vastel et La Presse canadienne

Le CSF appelle à un changement de culture

Il est temps de reconnaître que les violences sexuelles ne sont pas qu’une affaire de femmes, mais bien un enjeu de société, a estimé jeudi le Conseil du statut de la femme. Les campagnes de sensibilisation et les ressources pour soutenir les victimes ne suffisent plus, selon l’organisme. « La honte doit changer de camp : les hommes qui commettent des gestes violents et des agressions sexuelles doivent être tenus responsables de leurs actes, et punis. La notion de consentement sexuel doit être comprise et honorée par tous, affirme la présidente Julie Miville-Dechêne, qui a révélé avoir elle-même été agressée, en début de semaine. Nous souhaitons que les hommes deviennent des alliés des femmes en prenant la parole publiquement pour dénoncer la violence. » De son côté, le premier ministre Philippe Couillard a souligné la nécessité de dresser un bilan des ressources offertes aux victimes d’agressions sexuelles. La ministre de la Justice a aussi affirmé que des plans de lutte contre la violence, qui viennent à échéance sous peu, sont en cours de révision. Stéphanie Vallée a expliqué qu’au-delà de l’indemnisation des victimes, une réflexion est également en cours pour le soutien qui leur est accessible.

La Presse canadienne
14 commentaires
  • Nicole Bernier - Inscrite 7 novembre 2014 04 h 20

    Bon, je ne comprends rien à cet article... Qu'a-t-il été dit en conférence de presse concernant la suspension des 2 députés libéraux?

    Évidemment, je n'ai aucune information préalable pour m'aider à comprendre le sens de cet article, mais, si j'ai réussis à décoder le non-dit de cet article, le tapage de Mulcair contre Trudeau repose sur l'importance de respecter la loi du silence autour des situations d'abus contre des femmes, une demande que les victimes de harcèlement tentent toujours d'imposer parce qu'elles se sentent à quelque part responsable de ce qui leur arrive (ce dont je n'ai aucune idée, était-ce sexuel ou violence verbal ou physique).

    Si c'est bien le cas, j'aimerais d'abord affirmer, les femmes, les enfants ou les hommes abusés ou harcelés ne devraient jamais se sentir responsables du harcèlement des personnes en autorité ou des personnes utilisant les menaces physiques ou verbales. La société devrait envoyer un message clair sur le sujet. Les femmes et les enfants ou mêmes les maris abusés ne devrait jamais se sentir discréditer lorsqu'elles ou lorsqu'ils ont eu le courage de se tenir debout face à l'abuseur et que ces derniers subissent des conséquences négatives suites à leurs comportements inappropriés. En d'autres mots, l'entourage des gens doit servir de rempart pour souligner le courage des femmes ou maris ou employés abusés de se tenir debout, car cela protège l'ensemble de la société.

    Je suis fière de M. Trudeau et je pense que cette fois il a agi dans le meilleur des intérêts de ces femmes et de toutes les femmes qui vont se retrouver sur la route de ces deux hommes. Si la loi du silence ne protégeait pas les gens en situation de pouvoir, il y aurait beaucoup moins d'abuseurs en liberté.

    Alors que M. Mulcair, en se disant protecteur des femmes harcelées, parce qu'il choisit d'entretenir la loi du silence, il met en péril bien d'autres femmes.

    Le message envoyé par l'entourage devrait toujours en être un de fierté et clairement affirmé que les gens autour d'elles ou d'eux admirent leurs compagnes ou compagnons de travail pour avoir refusé de se laisser malmene

    • Marc Davignon - Abonné 7 novembre 2014 08 h 46

      Argument éculé.

      Vous n'avez rien compris! Alors, faites un effort!

      En passant... je n'ai rien compris dans vos élucubrations!

      Devrais-je faire un effort?

  • Daniel Houx - Inscrit 7 novembre 2014 06 h 10

    Naïveté?

    Sans vouloir défendre Justin Trudeau, il faut quand même s'attendre, quand on dépose une plainte,
    1-particulièrement sur un sujet aussi sensible et
    2-dans le monde politique et, par conséquent, public
    qu'il y ait une diffusion de cette information.

    Si M. Trudeau n'avait pas agit immédiatement, le NPD l'aurait blâmé de son inaction. Car ne nous leurrons pas, tôt ou tard, cette plainte aurait été rendue publique.

    Il aurait cependant été plus élégant et respectueux de prévenir les plaignantes avant la conférence de presse.

    • Nicole Bernier - Inscrite 7 novembre 2014 08 h 21

      Si le NPD a été averti, avant la conférence de presse, c'était à eux à avertir les plaignantes...

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 7 novembre 2014 06 h 19

    Point de vue

    Ça dépend du point de vue. Si ces dames ne voulaient pas ébruiter la chose, elle aurait pu garder le silence elles-mêmes comme toutes ces autres qui ont gardé le silence durant toutes ces années et qu'on lit maintenant sur certains sites particuliers et même à la télé et dans les journaux. Il y a maintenant des milliers de femmes qui s'avancent enfin pour dénoncer cette situation inacceptable et intolérable; ne devraient-elles pas retrouver un peu de courage dans cette masse critique ?

    Trudeau a fait la seule chose décente : «Out les macaques !» et ceci ne devrait être que le premier pas. Le deuxième ? La police !

    Doit-on absolument créer des règlements fédéraux pour légiférer sur le «savoir se tenir en public» ? Sommes-nous rendu si bas ?
    Mais c’est la déchéance qui continue !

    PL

  • Gilles Bousquet - Abonné 7 novembre 2014 06 h 36

    Faire du millage politique...

    Même sur les vilaines affaires sexuelles hors-mariage, anciens péchés préférés de nos curés.

  • Luc Beaule - Inscrit 7 novembre 2014 08 h 41

    M.Mulcair

    Je ne comprend pas votre réaction,sinon qu'un vulgaire réflex politique de positionner une bombe à retardement dans le camp adverse.

    • Louka Paradis - Inscrit 7 novembre 2014 09 h 53

      En effet, cette mesquinerie politique sur le dos des victimes est honteuse. M. Trudeau a agi de bonne foi, et l'a fait respectueusement. Que cesse cette mascarade déshonorante pour toute la classe politique, au Parlement et dans les médias ! Ça donne la nausée.