Coderre aurait préféré garder le nom de Champlain

Denis Coderre trouve « triste » qu’on « tente de créer une controverse » autour de l’appellation du nouveau pont Champlain.
Photo: Infrastructure Canada Denis Coderre trouve « triste » qu’on « tente de créer une controverse » autour de l’appellation du nouveau pont Champlain.

L’idée de baptiser le nouveau pont sur le Saint-Laurent du nom de Maurice-Richard a déclenché un déluge de critiques dans la métropole, dont celle du maire Denis Coderre qui a reproché au gouvernement fédéral de plonger la famille du hockeyeur dans une controverse qu’elle n’a pas cherchée.

Ce n’est pas l’hommage rendu au légendaire Maurice Richard qui alimente la polémique, mais bien la disparition du nom de Champlain.

« Maurice Richard, c’est un héros », a reconnu le maire Denis Coderre qui dénonce néanmoins les intentions du gouvernement fédéral. « Ce que je trouve triste, c’est qu’on tente de créer une controverse. Moi, j’aurais conservé le nom du pont Champlain parce que ce n’est pas un nouveau pont. C’est un pont qu’on remplace », a-t-il dit avant de préciser qu’il se pliera à la décision d’Ottawa puisque le futur pont lui appartient : « Je ne me battrai pas. C’est le gouvernement fédéral qui décide. »

Le maire a rappelé la délicate opération qui avait conduit la Ville à renommer la rue University en l’honneur de l’ex-premier ministre Robert Bourassa. « Je pense à la famille dans tout ça », a-t-il dit. « Il faut travailler en consensus. »

Aux yeux de la mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, Ottawa cherche à faire diversion alors que l’enjeu principal demeure le péage.

Démarche électoraliste ?

Lundi, l’attaché de presse du ministre de l’Infrastructure, Denis Lebel, insistait pour dire que la décision n’avait pas encore été prise concernant le nom du futur pont et que tous les scénarios étaient sur la table.

Rappelons que, samedi dernier, La Presse rapportait que le gouvernement avait fait son nid et que le nouveau pont porterait le nom de l’ancienne vedette du Canadien. Au cours des dernières années, le ministre Lebel avait d’ailleurs prévenu qu’il était hors de question de conserver le nom de Champlain sous prétexte que, pendant plusieurs années, deux ponts se côtoieraient, l’ancien et le nouveau.

« Ce n’est pas officiel encore. Ce ne sont que des rumeurs, mais c’est un honneur grandiose. […] Nous sommes très touchés qu’on veuille donner le nom de notre père », a affirmé à Radio-Canada le fils du hockeyeur, Maurice Richard Junior, tout en précisant que son père détestait la controverse.

De nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer l’intention du gouvernement. « C’est une démarche électoraliste de la part des conservateurs », estime Gérard Beaudet, professeur à l’institut d’urbanisme de l’Université de Montréal. « C’est dommage parce que, sans rien enlever à Maurice Richard, Samuel de Champlain est d’une extrême importance dans notre histoire. »

De son côté, Benoît Melançon, professeur au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal, qualifie de « spécieux » les arguments du gouvernement de ne pas conserver le nom de Champlain : « Je pense qu’on est en train d’assister à une façon de réécrire l’histoire du Québec. Ce n’est pas une histoire de hockey, c’est une histoire très clairement politique ».

François Hollande s’en mêle

Même le président français, en visite à Ottawa lundi, a semblé s’immiscer dans le débat sur le nom du pont. Lors d’un discours prononcé à la Chambre des communes, François Hollande a noté l’« amitié indéfectible » que partagent le Canada et la France, soulignant au passage l’importance historique de Champlain. « Il y a tout juste 400 ans, un Français originaire des Charentes, Samuel de Champlain, remontait le Saint-Laurent depuis l’océan et fondait un nouveau pays. Votre pays. Il fut le premier gouverneur général du Canada », a affirmé le président français. Plus tôt, Stephen Harper a de son côté choisi de citer le rôle historique de Jacques Cartier. Si M. Hollande s’est montré discret, le quotidien français Le Figaro avait carrément déploré lundi un « camouflet » de la part du premier ministre canadien à l’endroit du président français, puisque la rumeur du nom du futur pont a été ébruitée à la veille de la visite de François Hollande au Canada. Marie Vastel


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