L’immobilier pour financer des organismes pro-vie

Manifestation pro-vie à Montréal en février 2014
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Manifestation pro-vie à Montréal en février 2014

Cela relève presque du miracle. Des individus qui militent contre l’avortement au Canada réussissent à financer à coup de milliers de dollars les organismes pro-vie au pays sans qu’il leur en coûte un sou. Un courtier en immobilier américain a simplement mis sur pied un système qui permet de faire bifurquer, de manière tout à fait légale, une partie des commissions versées lors de l’achat ou de la vente d’une maison. Alléluia !

« C’est une idée qui m’a été inspirée par le Saint-Esprit en 2007 », raconte au Devoir David Theisen, le fondateur de Real Estate for Life. M. Theisen est un courtier en immobilier du Michigan et un fervent militant religieux pro-vie. « Je parlais et elle est arrivée dans ma tête de nulle part. J’ai lancé l’initiative en 2009. C’est juste une idée du Saint-Esprit. Il n’y a pas eu de voix dans ma tête ou d’éclat de lumière. Juste une idée. »

L’idée est en effet désarmante de simplicité. Lors de l’achat ou la vente de n’importe quel bien immobilier, une commission représentant un pourcentage du prix de la vente est versée au courtier. Mais si le vendeur ou l’acheteur de la maison a été recommandé au courtier par un collègue, le courtier doit verser à ce collègue une prime prise à même sa commission. La prime représente en général 25 % de la commission. Real Estate for Life se veut donc un service de références immobilières qui empoche les primes pour les verser ensuite à des organismes opposés à l’avortement !

« Admettons que vous et moi soyons de vieux amis, explique M. Theisen. Vous décidez de déménager en Alaska et cherchez un agent immobilier pour vous trouver un condo là-bas. Vous m’appelez et je vous dirige vers un agent en Alaska. Disons que vous payez le condo 150 000 $ et que la commission pour le courtier est de 3 %, ou 4500 $. En raison de la référence, il m’en versera environ 1100 $. Moi, je vais garder 25 % de ce montant pour mes frais et je verserai 75 %, environ 850 $, à l’organisme pro-vie de votre choix. »

Ce système n’augmente pas le prix de vente ou d’achat, il ne fait pas gonfler le total de la commission non plus. Il répartit seulement de manière différente la commission entre les divers intervenants, d’où la beauté de la chose pour le mouvement pro-vie. D’ailleurs, le slogan utilisé par Real Estate for Life est : « Il n’en coûte rien, mais le résultat peut faire toute la différence. »

Ce système ne prive pas non plus le vendeur ou l’acheteur de la liberté de choisir son courtier immobilier. En effet, le client pro-vie peut déjà avoir choisi le courtier canadien avec qui il préférerait faire affaire et suggérer ce nom à David Theisen. La seule condition est que le client n’ait établi aucun contact préalable avec le courtier, de sorte que la référence ait l’air véritable.

Selon des vérifications faites auprès de l’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier au Québec, ce genre de référence par un courtier situé au États-Unis est a priori légal. Même son de cloche de la part des organismes équivalents d’Ontario et de Nouvelle-Écosse.

Un départ lent

Le Devoir a pu recenser quatre groupes pro-vie canadiens qui suggèrent à leurs sympathisants de retenir les services de David Theisen et son Real Estate for Life : le site de nouvelles pro-vie LifeSiteNews, Campaign Life Coalition, Life Canada et Priest for life.

« Nous sommes contents de ce programme », indique Rudy Odcjak, de Priest for Life. « C’est une façon très créative d’amasser des fonds. » Il n’est pas en mesure de quantifier avec précision les sommes reçues de Real Estate for Life, mais il parle de « milliers de dollars ». Mary Ellen Douglas de Campaign Life Coalition se dit elle aussi très satisfaite du programme bien que « les débuts sont lents. Nous n’avons pas obtenu beaucoup d’argent de cela encore ».

Mme Douglas se réjouit donc à l’idée que l’initiative se fera davantage connaître avec cet article, car le financement des groupes pro-vie pose un défi perpétuel, dit-elle. À l’inverse, la directrice générale de Life Canada, Natalie Hudson, a refusé de discuter avec Le Devoir des bénéfices de Real Estate for Life pour son groupe. « Je ne fais pas confiance aux médias laïques qui tentent de nous tuer en s’en prenant à nos méthodes de financement. » Pour sa part, David Theisen désire obtenir plus de publicité, même s’il n’est pas certain lui non plus qu’un article dans un média généraliste sera bénéfique. « Notre public cible, ce sont les gens qui vont à la messe plus d’une fois par semaine », estime-t-il.

Du Michigan aux Philippines

M. Theisen estime recevoir environ 300 dossiers par année et calcule qu’environ 70 à 80 se soldent par une vente. Le niveau d’affaires reste donc encore peu élevé. « Nous nous attendons à ce que cela augmente », dit-il. Il calcule qu’environ 60 % de son chiffre d’affaires se fait aux États-Unis, 30 % au Canada et 10 % dans le reste du monde, en particulier aux Philippines et en Australie. Real Estate for Life fait l’objet de droits d’auteur aux États-Unis et dans une douzaine d’autres pays, soutient-il. « À ma connaissance, notre organisme est unique en son genre. »

36 commentaires
  • Josette Allard - Inscrite 4 novembre 2014 05 h 06

    Vraiment le St-Esprit?

    Remets à César ce qui revient à César. L'état est ainsi privé d'impôts qui devraient lui être versés pour le bien du plus grand nombre et non l'intérêt de quelques vieilles bigotes qui vont a la messe plus d'une fois la semaine , en oubliant ce qui est écrit dans les évangiles.

    • Maurice Gauvreau - Inscrit 4 novembre 2014 12 h 33

      Un peu de respect, svp

  • Claude Lachance - Inscrite 4 novembre 2014 07 h 23

    un systhème parasitaire

  • Sylvain Auclair - Abonné 4 novembre 2014 07 h 44

    J'espère qu'il publicise son action

    De cette manière, on pourra éviter de faire affaire avec lui.

  • Christian Fleitz - Inscrit 4 novembre 2014 09 h 54

    Évidence...

    Les voyous ont toujours plus d'un tour dans leurs sacs, quelque soient leurs justifications.

    • Maurice Gauvreau - Inscrit 4 novembre 2014 12 h 35

      On n'est pas un voyou parce qu'on ne partage pas l'idée de quelqu'un.

    • Sylvain Auclair - Abonné 4 novembre 2014 13 h 05

      Mais là, ils s'arrangent pour se faire financer en cachette par ceux qui ne partagent pas leurs idées... C'est pour le moins ratoureux.

    • Maurice Gauvreau - Inscrit 4 novembre 2014 15 h 21

      Ca s'appelle Real Estate for Life et l'article ne montre pas qu'il se fait des affaires en cachette.

  • Jacques Cameron - Inscrit 4 novembre 2014 09 h 56

    L'indignation facile.

    Pourquoi l'argent des pro-vie ne servirait-elle pas plutôt pour aider ces enfants déjà au monde et qui crèvent par milliers chaque jour par manque de soins et sous-alimentation? Mais il est tellement plus simple et facile de s'élever contre l'avortement et se donner bonne conscience...bande de Pharisiens.

    • Maurice Gauvreau - Inscrit 4 novembre 2014 12 h 37

      L'un n'empêche pas l'autre, et un peu de respect, svp.

    • André Bastien - Abonné 4 novembre 2014 23 h 32

      Les pro-vie préfèrent gagner leur ciel. Leur vie éternelle personnelle est plus importante que la vie des enfants qui meurent de faim et qu'ils ne respectent pas.

    • Maurice Gauvreau - Inscrit 5 novembre 2014 10 h 19

      Jugement téméraire, comme on disait dans le temps. Vous avez des preuves, des statistiques pour appuyer ce que vous affirmez d'autorité? C'est même insultant pour celles et ceux qui ne partagent pas votre croyance.