Plus de vérifications, mais pas sur les voies

Le gouvernement instaure un nombre de freins minimal à appliquer selon la taille des convois.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le gouvernement instaure un nombre de freins minimal à appliquer selon la taille des convois.

Le gouvernement fédéral serre une nouvelle fois la vis aux compagnies ferroviaires pour tenter de corriger les lacunes qui lui ont été reprochées au lendemain de la tragédie de Lac-Mégantic. Minimum de freins à appliquer, révision de la formation du personnel et contrôle des normes de sécurité des compagnies ont été annoncés par la ministre des Transports mercredi. Un bon début, mais c’est tout le système de surveillance de l’industrie qui doit être revenu, selon un expert et l’opposition.

Le Bureau de la sécurité des transports n’y avait pas été de main morte en reprochant au fédéral d’avoir fait preuve de laxisme en ne surveillant pas suffisamment les ferroviaires comme la Montreal, Maine Atlantic (MMA), responsable de l’accident qui a fait 47 morts à Lac-Mégantic en juillet 2013. Ottawa a annoncé sa troisième série de correctifs mercredi.

Transport Canada embauchera dix nouveaux vérificateurs à l’échelle du pays, qui seront dépêchés dans les bureaux des ferroviaires qui opèrent au Canada pour y vérifier les systèmes de gestion de la sécurité prévus par les patrons. Ces contrôles seront aussi plus fréquents. Chez les transporteurs de pétrole, ce sera une vérification par année. Là où les risques sont moins élevés, ce sera tous les trois à cinq ans. S’il y a manquement, il y aura sanction. Des amendes pouvant atteindre 250 000 $ sont prévues.

Il s’agit d’une « augmentation substantielle » du nombre de vérificateurs, a fait valoir la ministre Lisa Raitt sans toutefois préciser le nombre de vérificateurs qui travaillent pour le fédéral à l’heure actuelle.

Qu’en est-il des inspecteurs, qui surveillent sur le terrain l’état des voies ferrées ou des locomotives et wagons-citernes qui transitent au pays ? Il y en a une centaine et si le ministère souhaite en recruter davantage, il a « les ressources nécessaires dans ses budgets », a rétorqué Mme Raitt.

Or, de l’avis de Jacques Vandersleyen, recruter de nouveaux vérificateurs qui consulteront les livres des compagnies ne changera rien s’il n’y a pas davantage d’inspections sur le terrain. « Ce n’est pas une question de réglementation, c’est une question d’application de cette réglementation », a analysé cet expert de l’industrie ferroviaire. L’accident de Lac-Mégantic est le résultat d’une « faute professionnelle grave » de la MMA et de son conducteur Thomas Harding, a-t-il affirmé au Devoir. L’annonce d’Ottawa « ne changera pas grand-chose au système d’autoréglementation ».

Une critique reprise par le chef néodémocrate, Thomas Mulcair, qui estime que tout ce système doit être revu. Les changements de la ministre sont « un pas dans la bonne direction ». « C’est le gouvernement qui devrait inspecter les chemins de fer, pas la compagnie qui envoie un rapport », a-t-il cependant martelé.

Lac-Mégantic en veut plus

Transports Canada surveillera par ailleurs la formation qu’offrent les ferroviaires à leur personnel. Les entreprises devront fournir leur plan d’enseignement au fédéral d’ici deux semaines et Ottawa pourrait leur ordonner d’y apporter des correctifs.

Les compagnies doivent aussi appliquer dès maintenant un nombre minimal de freins à main aux locomotives laissées sans surveillance. Ce nombre dépendra de la taille du convoi. Les entreprises devront s’assurer d’immobiliser ces trains en les garant sur une voie munie de dérailleurs ou sur un terrain concave. Le BST avait conclu que M. Harding n’a pas actionné suffisamment de freins au convoi qui a entamé une course folle avant d’exploser au coeur de Lac-Mégantic.

La mairesse de la petite ville estrienne a salué le « grand pas » de Mme Raitt, « mais il reste encore du travail à faire ». Colette Roy-Laroche réclame de surcroît que les trains stationnés à Nantes, au haut de la pente qui mène à Lac-Mégantic, ne soient plus du tout laissés sans surveillance. Les ferroviaires ont beau croire que leur convoi est en excellente condition, « tout problème mécanique peut survenir », a-t-elle fait valoir au Devoir. La ministre n’a pas refusé, la mairesse ne perd pas espoir. Mme Roy-Laroche souhaite également que les municipalités puissent vérifier si les compagnies qui opèrent chez elles font bel et bien l’objet de vérifications du fédéral.

Dernière modification d’Ottawa, la classification des matières dangereuses chargées sur les trains du pays fera l’objet d’une « campagne d’inspections ciblées ». Le pétrole qui a ravagé Lac-Mégantic avait été mal identifié, étiqueté comme étant moins volatile qu’il ne l’était.

4 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 30 octobre 2014 00 h 47

    Une vraie farce

    je suis enquêteur au Gouv du Québec. Si on ne voit que les livres, et que le transporteur est le moindrement habile, les 10 inspecteurs engagés pour vérifier les livres des compagnies n'y verront que du feu

  • François Dugal - Inscrit 30 octobre 2014 09 h 01

    Le règlement

    Que vaut un règlement s'il n'est pas appliqué?

  • Serge Lemay - Inscrit 30 octobre 2014 09 h 20

    deux poids deux mesures

    deux types pètent un câble et tuent deux soldats, on fait une loi dans les trois jours, un train sans conducteur rempli de matières dangereuses déraille tuant 47 personnes, seize mois plus tard quelques recommandations que l'on peut qualifier d'évidence mais aucune contrainte réelle.

    Harper a des priorités, sont-elles les mêmes que les vôtres ?

  • Christian Fleitz - Inscrit 30 octobre 2014 10 h 29

    Évidence...

    Lois et règlements sans vérification de leur application n'est que du vent, de la poudre aux yeux. C'est à l'administration d'avoir le pouvoir, et par conséquent les moyens, de pouvoir contrôler de visu et régulièrement ces applications et, en cas d'infractions, de pouvoir dresser contraventions avec imposition d'amendes qui doivent être conséquentes si on les veut utiles. Cela concerne aussi, au quotidien, la sécurité des citoyens, tout autant que la lutte contre le terrorisme. On ne peut pas faire confiance à des entreprises de s'imposer les contraintes règlementaires, si celles-ci ont des coûts qui amputent leurs profits.