Levée du périmètre de sécurité au centre-ville d'Ottawa

Le périmètre de sécurité au centre-ville d'Ottawa a maintenant été levé. «L'enquête policière en cours au centre-ville a permis d'établir que la menace à la sûreté publique dans le secteur est terminée», a indiqué la police d'Ottawa dans un communiqué vers 20 h 30. 

Néanmoins, l'opération policière se poursuit sur la Colline du Parlement, et la Colline demeure interdite au public. La GRC a pris en charge la suite de l'enquête, puisque celle-ci relève de son mandat à l'égard de la sécurité nationale.

Suspect surveillé

Un Canadien de 32 ans ayant déjà vécu à Montréal, Michael Zehaf-Bibeau, considéré comme le suspect de la fusillade au Parlement fédéral, était sur une liste de surveillance de la police et son passeport avait été confisqué par les autorités canadiennes.

L'auteur présumé de la fusillade, qui a été abattu par le sergent d'armes du Parlement en matinée, s'était converti à l'Islam, selon l'agence Reuters. Avant de tomber sous les balles, le tireur avait abattu un militaire qui gardait le Monument commémoratif de la guerre, à quelques mètres du Parlement.

Le soldat victime du tireur a été identifié comme le caporal Nathan Cirillo, 24 ans. Il avait été amené à l'hôpital par ambulance après que des manoeuvres de réanimation aient été faites sur lui.

Cette tragédie, survenue deux jours après l'attaque contre des militaires à Saint-Jean-sur-Richelieu, a provoqué une onde de choc dans tout le Canada. Le Globe and Mail a indiqué que le suspect était surveillé par la police et que son passeport avait été confisqué par les autorités canadiennes, tout comme celui de Martin Rouleau-Couture, l'auteur présumé de l'attentat de Saint-Jean.

Le réseau américain CBS a révélé l'identité du suspect dans cette affaire en fin d'après-midi. D'autres médias, dont Radio-Canada, ont confirmé que Michael Zehaf-Bibeau est bel et bien celui qui a été abattu à l'intérieur du Parlement, après avoir tiré sur le soldat Cirillo.

«Lock-down» réactivé en début de soirée

Le centre-ville d'Ottawa et les bâtiments de la colline parlementaire étaient fermés à toute circulation depuis l'attentat, qui est survenu vers 10h mercredi matin.

En début de soirée, les autorités avaient commencé à évacuer les parlementaires et les employés qui se trouvaient toujours en bouclage, ont indiqué plusieurs sources au Devoir. Mais elles ont par la suite fait volte-face et réactivé l'alerte de «lock-down», citant de nouvelles inquiétudes de sécurité, dans une série d'édifices situés dans la cité parlementaire. 

L’opération policière en branle à la suite de cette fusillade au Parlement — qui en suivait une autre au cénotaphe quelques minutes plus tôt — est toujours en cours, ont prévenu la Gendarmerie royale du Canada (GRC), la police d’Ottawa et la Défense nationale dans une rare conférence de presse conjointe, mercredi après-midi. Le centre-ville d'Ottawa reste bouclé par les forces policières, qui ont établi un large périmètre de sécurité.
 
La police d’Ottawa poursuivait son travail mercredi soir, mais refusait de confirmer officiellement l'identité du tireur, et s'il a agi seul ou non. «On travaille avec les informations des témoins indiquant qu’il y avait possiblement un second et un troisième suspect. On fait toutes nos recherches pour confirmer cette information. On demeure actif sur la scène, à faire des recherches, à l’intérieur et à l’extérieur», a indiqué le constable Charles Benoît de la Police d’Ottawa. 

Le Service de police d'Ottawa et la GRC sont intervenus à la suite du signalement de fusillades au centre-ville mercredi, pour la première fois à 9h52.

La police a confirmé que deux incidents sont survenus: le premier au Monument commémoratif de Guerre – le monument du soldat inconnu – et le second dans l’édifice du centre du parlement fédéral, qui accueille la chambre des communes et le sénat.

Deux morts, trois blessés

Une seule victime de la fusillade a succombé à ses blessures, le soldat Nathan Cirillo, en plus du suspect.

Nathan Cirillo était un membre des Forces canadiennes âgé de 24 ans, réserviste originaire de Hamilton, dans le centre de l’Ontario.
 
Le sergent d'armes du Parlement, Kevin Vickers, a lui-même abattu le suspect, à l'intérieur de l'édifice du Centre. Haut fonctionnaire de la Chambre, le sergent d'armes est le chef de la sécurité de la Cité parlementaire canadienne.

La campus Civic de l’Hôpital d’Ottawa a confirmé avoir reçu quatre patients en lien avec la tragédie, les deux premiers étant arrivés à 10h20 et 10h37, et les deux autres à 12h05 et 12h43.

Les trois personnes blessées légèrement ont obtenu leur congé, a annoncé l’hôpital à 18h20. 

Un ou des suspects

Un suspect, que des témoins décrivent comme étant un homme mince, aux cheveux bruns, portant un foulard de type arabe noir et blanc sur la tête, aurait tiré sur un des soldats qui font la garde honorifique devant ce monument. 

L’homme armé d’un fusil de chasse aurait volé une voiture pour se rendre à l'édifice du Parlement, où il serait entré par la porte principale, sous la Tour de la paix, selon un témoin. De nombreux coups de feu ont été entendus, jusqu'à une cinquantaine. Des personnes présentes à l'intérieur ont entendu des policiers évoquer un deuxième tireur.

Sur Twitter, l'attaché politique libéral Stuart Barnable affirme qu'il a vu un suspect «de 5 pieds dix, obèse» sortir de sa voiture avec une arme longue pour foncer vers le parlement. Il portait un manteau noir, et il avait recouvert son visage d'un foulard. La voiture du suspect, une Toyota Corolla sans plaques d'immatriculation, est inspectée par les policiers. 

La néodémocrate Peggy Nash avait indiqué en matinée avoir entendu «tellement de coups de feu. C'est vraiment effrayant». Son collègue Nathan Cullen a dit avoir entendu «dix coups de feu à l'extérieur de la salle du caucus»

Plusieurs journalistes se trouvaient tout près de la scène de crime dans les secondes précédant les événements. Les policiers ont fait se coucher par terre les gens qui circulaient devant l'édifice du centre, dont deux journalistes du Devoir. D'autres journalistes ont été évacués par des fenêtres.

Le député de la Haute-Gaspésie-Mitis-Matane-Matapédia, Jean-François Fortin, a été témoin des événements.

Alors qu'il se dirigeait en matinée peu avant 10 heures à ses bureaux qui sont situés dans le bâtiment de la Confédération, à trois minutes de marche du Parlement, «j'ai entendu des bruits qui s'apparentaient à des travaux qui avaient cours sur la colline parlementaire, mais rapidement on a vu des gens courir et des policiers accourir. Peu après, les sirènes ont envahi les édifices et on a vu 30 ou 40 auto-patrouilles», se rappelle l'ex-député bloquiste, qui vient de lancer son parti politique Forces et Démocratie, que nous avons joint à ses bureaux au moment de son confinement.
 
«J'ai entendu une douzaine de coups de feu avant de me rendre à mon bureau. Et dès lors, on a eu l'information que nous allions être sécurisés [lui et deux personnes de son personnel politique]. Nous avons fermé à clé notre bureau et on nous a dit d'éviter les fenêtres. Puis on nous a dit de ne pas bouger jusqu'à nouvel ordre.»

Ottawa bouclée

L'édifice du Parlement a été complètement bouclé. Des centaines de personnes se trouvent à l'intérieur: potentiellement tous les députés de tous les partis, réunis pour la rencontre hebdomadaire de leur caucus, leurs adjoints, les journalistes qui couvrent ces réunions, ainsi que tout le personnel du Parlement et les gardiens de sécurité. 

Des membres du personnel parlementaire ont été évacués par le toit du Parlement et ont été dirigés vers le château Laurier situé tout à côté. 

Mais des témoins ont indiqué que des coups de feu ont été entendus aussi au Château Laurier. L'Édifice Langevin, situé en face de l'édifice du Parlement et qui abrite les bureaux du premier ministre et son entourage, a été évacué.

Le premier ministre Harper est en sécurité à l'extérieur du Parlement. Les députés libéraux et leur chef Justin Trudeau sont enfermés dans l'édifice du Parlement, mais en sécurité, indique son équipe. Le chef néodémocrate Thomas Mulcair est aussi en sécurité, a indiqué son porte-parole sur Twitter.

Le centre-ville de la capitale nationale a été complètement paralysé pour une bonne partie de la journée, un énorme périmètre de sécurité ayant été érigé sur quelques kilomètres. Badeaux et témoins s'entremêlaient tout autour de la zone entourée de ruban jaune de la police. 

«C’est comme si le ciel nous était tombé sur la tête. Je marchais, j’ai entendu plusieurs détonations. Je croyais que c’était des [feux] d'artifices au début. Mais j’ai vite compris que quelque chose n’allait pas, du tout, alors j’ai couru et couru jusque chez moi», a indiqué Ian Stolberg, qui se trouvait à une cinquantaine de mètres du monument de guerre lorsque les premiers coups de feux sont survenus. 

«Ce n’était pas une question de si, mais bien de quand un événement de la sorte allait survenir à Ottawa, a ajouté ce résident de la capitale, ancien employé du parlement fédéral. Ce n’est pas le Canada dans lequel j’ai grandi. Quelque chose a changé aujourd’hui.»

Harper a parlé à Obama

Le premier ministre Harper s'est entretenu avec les deux chefs de l'opposition et s'est réjoui que tous deux soient en sécurité. «Le premier ministre a réitéré l'importance que le gouvernement et le Parlement continuent à fonctionner», a indiqué par courriel un porte-parole de M. Harper.

Le premier ministre a aussi discuté brièvement avec le président américain Barack Obama. Il a en outre tenu une séance d'information avec le commissaire de la GRC, Bob Paulson, et il reste en contact avec ses fonctionnaires en charge de la sécurité, selon son bureau. 

Stephen Harper devrait faire une déclaration plus tard dans la journée. Le communiqué de son bureau, émis en milieu d'après-midi, déplore une «attaque méprisable».

Le chef libéral, Justin Trudeau, a offert, par voix de communiqué, ses condoléances aux familles des victimes et s'est dit comme tous les Canadiens «profondément choqué et attristé du décès de ce jeune homme qui a été lâchement abattu alors qu'il montait consciencieusement la garde devant notre Monument commémoratif de guerre».

«Cette violence dirigée contre nos institutions démocratiques est odieuse», a déploré la directrice des communications de Justin Trudeau. «Nous ne pouvons pas permettre et nous ne permettrons jamais à des criminels armés de terroriser notre pays et notre démocratie.»

Mesures d'urgence

De nombreux ministères et organismes gouvernementaux du centre-ville de la capitale, de même que l’Université d’Ottawa, ont annoncé des opérations de bouclage.

«LOCKDOWN (bouclage) en cours. Cessez toutes activités. Si possible, fermez et verrouillez votre porte et éteignez les lumières. Désactivez la sonnerie de votre cellulaire. Éloignez-vous des portes et des fenêtres. Si vous pouvez le faire sans risque, baissez les stores. Cachez-vous et restez silencieux jusqu’à ce que les autorités viennent à vous», a écrit l’Université d’Ottawa à ses milliers d’étudiants présents sur le campus. Le bouclage a été levé peu avant 16h en après-midi.

Les résidents d'Ottawa sont priés d'éviter le centre-ville pendant que se poursuit l'enquête policière. «Si vous travaillez dans un édifice du centre-ville, suivez les instructions des gestionnaires de votre immeuble», a indiqué le chef Bordeleau.

Plusieurs édifices de la GRC et du gouvernement fédéral sont également fermés au public, ainsi que l'hôtel de ville d'Ottawa et tous les postes de la Police d'Ottawa.
 
Avec Brian Myles, Guillaume Bourgault-Côté, Marco Bélair-Cirino Marco Fortier et Thierry Haroun.

D'autres détails suivront.


Une carte montrant le Parlement, le Monument commémoratif de guerre et le Centre rideau