Quand Justin parle de Justin

Justin Trudeau au Stampede de Calgary en juillet dernier
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne Justin Trudeau au Stampede de Calgary en juillet dernier

À lire l’accord de confidentialité imposé par l’éditeur de Justin Trudeau pour obtenir un exemplaire de son autobiographie en avance, on pouvait s’attendre à quelque chose d’explosif d’un « Livre » désigné par une lettre majuscule dans le contrat. Or, il n’en est rien : dans Terrain d’entente, Justin parle de Justin sur fond de politique et de… quelques pétales de roses.

À moins d’un an des prochaines élections fédérales (prévues le 19 octobre 2015), Terrain d’entente vient raconter le parcours atypique du chef libéral et mettre ses atouts en valeur. L’ouvrage est tout sauf une plateforme électorale : Trudeau se contente de rappeler quelques engagements déjà connus, notamment sa position pro-choix et sa volonté d’améliorer la situation de la classe moyenne.

Justin Trudeau réitère aussi sa confiance absolue en certains piliers de l’héritage de son père : le fédéralisme, le multiculturalisme et la Charte canadienne des droits et libertés. L’ombre de Pierre Elliott Trudeau est d’ailleurs très présente au fil des pages. Un père qu’il admirait et auprès de qui il a passé une enfance à nulle autre pareille. Mais un père dont l’immense talent politique et la profondeur intellectuelle demeurent aussi de lourds comparatifs pour le fils.

Ainsi cette autobiographie sert-elle à la fois à rappeler la filiation Trudeau et à se dégager de certains aspects de celle-ci. Justin Trudeau dit avoir compris au début de ses études universitaires que son père et lui étaient des « personnes très différentes [qui n’avaient] pas la même approche de la vie ». De l’échec d’un cours de psycho expérimentale à McGill, il pense que ce fut « un acte de sabotage, peut-être une façon de m’obliger, et d’obliger mon père, à accepter le fait que je n’aurais jamais des résultats scolaires aussi exceptionnels que les siens. Et que son chemin n’était pas le mien ».

Sous des formes variées, il reprend cette formule des chemins à part à quelques reprises dans le livre. Il s’applique aussi à souligner que, s’il reste un « intellectuel austère » chez les Trudeau d’aujourd’hui, c’est son frère Sacha. Justin préfère qu’on pense à lui comme une personne à l’écoute des autres, un naturel aimant le contact humain.

Justin Trudeau prend aussi soin de distancier son style de politicien de celui de l’ex-premier ministre. Selon lui, s’il faut chercher dans sa famille un modèle lui ressemblant, c’est du côté de son grand-père maternel que l’on doit regarder. James Sinclair, ministre libéral des Pêcheries dans les années 50, « était le parfait exemple du politicien de terrain, un homme qui adorait socialiser avec les gens, serrer des mains, écouter et embrasser des bébés de temps en temps. Le contraste entre les deux hommes était saisissant. […] C’est le style de campagne de Jimmy, axé sur le porte-à-porte, et non celui de mon père, qui m’a servi de modèle parce que cela cadrait davantage avec ma personnalité. »

Canot, photos…

Sa personnalité et son parcours, Justin Trudeau les dessine à grand renfort d’anecdotes propres à plaire aux regards curieux de connaître ce qu’est la vie d’un Trudeau né dans l’oeil du public. Tout y passe : les photos sur le réfrigérateur familial (ses enfants, sa femme Sophie, son père), les expéditions en canot rouge, ses expériences comme moniteur de planche à neige ou videur de bar, son passé d’enseignant dans l’Ouest, sa relation avec l’alcool (il boit peu, et ne parle pas de consommation de marijuana) ou les filles (il s’est « épanoui plutôt tardivement », dit-il), Trudeau est généreux.

Il raconte son long voyage en Afrique et en Asie au début de la vingtaine. Il se remémore la vie de jeune garçon au 24 Sussex, la GRC aux fesses. Il parle de sa passion pour le bénévolat ou les jeunes. Il raconte sa version de la dislocation du mariage de ses parents, un événement qui l’a touché profondément. Même chose pour la maladie mentale de sa mère, Margaret, qui a lutté toute sa vie avec la bipolarité. Terrain d’entente ne révèle aucun scandale, mais offre un regard personnel sur les événements qui ont forgé Justin Trudeau. Y compris un problème d’acné qui a laissé des « blessures ». « Encore aujourd’hui, quand on me complimente sur mon physique, ça me fait plaisir, mais j’ai toujours le sentiment que les gens le font par simple politesse. »

Apprendre à l’instinct

Le ton n’est évidemment pas à l’autocritique, mais Trudeau reconnaît par ailleurs qu’il lui a fallu du temps pour « trouver sa voie ». Il brosse le portrait d’un étudiant jamais branché, dont le « manque de constance sur le plan scolaire » préoccupait tout le monde, lui compris. « Je faisais du surf sur la vie », écrit-il à un moment. Cela a duré essentiellement jusqu’à son entrée en politique, en 2007.

Mais l’ensemble de ces expériences ont été utiles à forger le politicien, estime Justin Trudeau. Il évoque ainsi une multitude d’événements parfois anodins, mais dont il a tiré de grandes leçons. Enfant, il observait son père durant des voyages en avion. « Les décisions prises par mon père étaient toujours le résultat d’un processus qui incluait différentes voix et qui, parfois, avait pris des semaines, voire des mois à se développer. Le modèle de prise de décision que j’ai appris lors de ces vols à bord du 707 a façonné mon style de leadership », dit-il.

En entendant son père discuter avec l’ambassadeur canadien en URSS à la mort de Brejnev, en 1982 — à Moscou, évidemment « sombre et maussade » —, Justin Trudeau comprend que « les rapports interpersonnels sont d’une importance vitale dans les relations internationales ». Un an plus tard, il croise sans lui parler un vieil homme au Bangladesh et se fait la réflexion que « chacun mérite d’être reconnu comme un individu à part entière et [que] chacun a une histoire à raconter ». Trudeau multiplie les exemples sur le même modèle observation-conclusion.

Autrement, il raconte sa première campagne dans Papineau, son travail de député, sa décision de faire la course à la chefferie. Il lance ici et là quelques pointes à Stephen Harper. Et les pétales de roses ? Page 180, la demande en mariage à Sophie, en 2004. Une demande faite « à la lueur des chandelles d’une chambre d’hôtel du Vieux-Montréal décorée de pétales de roses ».

Fusion avec le NPD ?

Dans son livre, Justin Trudeau écrit qu’il a songé sérieusement à l’idée de fusion du Parti libéral du Canada au Nouveau Parti démocratique. C’était juste avant de se lancer dans la course à la chefferie de son parti. La réflexion s’imposait, dit-il en rappelant que Jean Chrétien était alors aussi favorable à cette idée. Mais au terme de « discussions fondamentales » avec ses collaborateurs, Trudeau a conclu qu’il serait impossible de s’associer à un parti proposant une vision économique trop différente de la sienne, sans compter que le NPD est pour une modification à la Loi sur la clarté. Ce fut donc non.

Terrain d’entente

Justin Trudeau, éditions La Presse, 375 pages (avec des discours)

26 commentaires
  • Beth Brown - Inscrite 20 octobre 2014 01 h 45

    C'est bien lui le futur PM...

    ...et c'est très malheureux.
    À tout le monde en parle, on a pu le prendre sur le vif en train d'essayer de répondre aux questions de Jean-François Lépine en suivant les méandres de la diversion qu'il manie avec tellement de maladresse qu'il lui arrivait presque d'en béguayer.

    Bien sûr il n'a jamais eu de résultats scolaires aussi exceptionnels que son défunt papa. Mais il est un des siens et ça lui attirera le vote de la classe nostalgico-libérale. Et pour le reste de l'électorat? Il séduit... les femmes, les "legal pot freaks", les "ras-le-bol d'Harper".
    Avec sa tiède personnalité bon chic bon genre et son petit côté fleur bleue, il va convaincre tout les rêveurs et rêveuses qu'il a une idée dans sa tête. Ce sera suffisant pour se faire élire au Canada.

    • Beth Brown - Inscrite 20 octobre 2014 07 h 24

      J'ai fait deux fautes que Pierre-Élliott n'aurait pas aimées:

      béguayer = bégayer

      tout les rêveurs = tous les rêveurs

      Mes excuses.

    • Christian ALLEGRE - Inscrit 20 octobre 2014 08 h 16

      Bien dit !

    • - Inscrit 20 octobre 2014 09 h 42

      Voulez-vous une prédiction ... qui ne plaira pas ?

      Les conservateurs de Harper seront réélus en 2015.

      Pourquoi ? La fidélité des électeurs de l'Ouest ... qui sont allergiques au nom de Trudeau. Puis, l'Ontario et les immigrants (asiatiques et européens en grande partie, la Ford nation) qui sont, de par les critères actuels pour obtenir la citoyenneté, foncièrement conservateurs. Le Canada de l'avenir, c'est ce conservatisme dont il ne sortira pas de sitôt.

      Le Québec et les maritimes, dans ce contexte, ne comptent déjà plus que pour des prunes.

    • Beth Brown - Inscrite 20 octobre 2014 11 h 48

      @Georges Hubert

      Mais si la quantité de prunes est plus importante que la quantité de citrons, la marmelade change de nom.

      Libéraux : 38.5%
      Conservateurs : 26.4%

      Le sondage, réalisé en collaboration avec iPolitics, a été effectué au téléphone et par Internet du 10 au 15 octobre 2014 auprès de 1671 Canadiens de 18 ans et plus. Sa marge d'erreur est de plus ou moins 2,4 points de pourcentage, 19 fois sur 20.

    • - Inscrit 20 octobre 2014 13 h 55

      Bonne réponse Mme Brown, ... assez d'accord avec votre comparaison agrume !
      Mais vous savez, une année c'est une éternité en politique !

    • Marc Bouchard-Marquis - Inscrit 20 octobre 2014 17 h 34

      Lorsque je pense qu'avec un "courant d'air" entre les deux oreilles et un nom, quelqu'un peut devenir premier ministre d'un pays comme le Canada, j'en suis SIDÉRÉ.
      Même si je suis de nationalité Québécoise, je ne peux souhaiter une telle infamie à nos voisins.

  • Charlotte Boily - Inscrit 20 octobre 2014 07 h 25

    Quelle tristesse !

    Quelle tête vide !!! Vide-vide-vide !!! Je ne peux qu'imaginer à quel point le Canada régresse...Comment imaginer et comprendre qu'un pays se préparerait à confier sa destinée à un tel cerveau...??? A part un aimable caractère, je serais curieuse de connaître le QI de ce Monsieur... Non, je ne comprends pas... Élire un Trudeau de cette qualité est-il de bon augure pour l'avenir d'un pays...?

  • - Inscrit 20 octobre 2014 07 h 30

    Un symbole...de vacuité

    Justin Trudeau représente tout ce qu'il y a de vide dans les paysages politiques canadien et québécois ... tant à Québec qu'à Ottawa.

  • François Dugal - Inscrit 20 octobre 2014 08 h 01

    Le nouveau Canada

    Monsieur Justin Trudeau sera le prochain premier ministre du Canada parce qu'il incarne l'image de ce nouveau Canada qui se découvre (vous pouvez choisir vous même une ou plusieurs épithètes).

    • Pierre Grandchamp - Abonné 20 octobre 2014 10 h 47

      Nouveau Canada qui se découvre? Au contraire, le Canada actuel s'enfonce dans la pensée trudeauiste qui a provincialisé le Québec et conduit les francophones hors Québec à l'assimilation galopante: bilinguisme et multiculturalisme.

      Le premier ministre canadien Lester B. Pearson disait ceci,en 1963, en parlant du Québec:

      "Bien que le Québec soit une province faisant partie de la Confédération nationale, il est plus qu'une province, en ce sens qu'il est la patrie d'un peuple: il constitue très nettement une nation dans une nation...". Et c'est dans cette logique que Lester B. Pearson créa la Commission Laurendeau Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme(1963) lui donnant le mandat de formuler des propositions pour "développer la Confédération sur la base de l'EGALITE DES DEUX PEUPLES FONDATEURS".

      Trudeau foulera aux pieds cette recommandation fondamentale et y allait de son "one Canada" bilingue et multiculturel....et bouclait la boucle,en 1982, en faisant passer la constitution amendée sans le Québec avec l'appui de "l'aboulique troupeau des députés libéraux du Québec"(sénateur Jacques Flynn).

      Roméo Paquette, francophone hors Québec, écrira en 1997:

      "L'Histoire démontrera que l'enjeu fondamental, tel qu'exprimé par le
      mandat de la Commission royale d'enquête sur sur bilinguisme et le
      biculturalisme(1963), était le suivant: RECOMMANDER LES MESURES A
      PRENDRE POUR QUE LA CONFEDERATION CANADIENNE SE DEVELOPPE D'APRES LE PRINCIPE DE L'EGALITÉ ENTRE LES DEUX PEUPLES FONDATEURS.

      "Cet enjeu, c'est un gouvernement fédéral dominé par des Québecois
      (principalement Trudeau), au tournant des années '70, qui l'a
      définitivement enterré. Obnibulés par des préjugés anti- nationalistes, ils ont condamné la notion de peuples fondateurs, inventé le multiculturalisme et le bilinguisme, comme si un pays pouvait se morceler en enclaves culturelles et véhiculer 2 langues sans en préciser les bases communautaires".. .

  • michel lebel - Inscrit 20 octobre 2014 08 h 03

    Pas fort!

    Justin Trudeau: il me semble qu'il n'a pas l'étoffe pour être premier ministre. C'est tout.

    M.L.

    • François Dugal - Inscrit 20 octobre 2014 10 h 22

      Monsieur Trudeau incarne le Nouveau Canada.
      J'en connais qui s'en réjouissent.