Début de vie, fin de vie

Illustration: Ashley Wiley iStock

Si le gouvernement Harper respecte sa propre loi, la prochaine élection fédérale aura lieu dans exactement un an dimanche, le 19 octobre 2015. Et tant le Nouveau Parti démocratique que les conservateurs ont commencé à dresser la table de la campagne cette semaine. Avec au centre des débats portant sur de jeunes enfants.

La proposition de Thomas Mulcair de créer un plan national de garderies à cotisations obligatoires pour les gouvernements provinciaux lui a valu une attention médiatique comme il en a rarement profité dans le ROC au cours des derniers mois. Le NPD veut « créer ou maintenir » d’ici huit ans un million de places à 15 $ par jour dans les garderies canadiennes. À terme, la mesure coûterait 5 milliards par année. Ottawa financerait 60 % du programme, les provinces devant y contribuer à hauteur de 40 %.

Une bonne idée ? Les avis divergent dans la presse anglophone, mais tous ont salué une proposition « ambitieuse, sérieuse et chiffrée », comme l’a résumé Andrew Coyne dans le National Post. Voilà une « contribution importante au débat national », dit-il. Habile, également, parce qu’elle positionne le NPD tout à l’opposé des conservateurs et rappelle que les libéraux n’ont jamais pu concrétiser leur promesse de créer un programme semblable durant les années Chrétien.

Mais pour autant, Coyne ne considère pas que ce soit là une bonne politique publique. Selon lui, le principe de l’actuelle Prestation universelle pour la garde d’enfants (PUGE) — où les parents reçoivent directement 100 $ par mois par enfant de moins de six ans — est plus intéressant. Il permet aux parents de choisir ce qu’ils jugent être le mieux pour leurs enfants (ce programme sera vraisemblablement étendu, révélait le Post la semaine dernière).

Le plan du NPD forcerait plutôt chaque enfant à fréquenter une garderie « approuvée », idéalement syndiquée, dit Coyne. Sauf que tous les parents ne veulent pas nécessairement ça : des arrangements plus informels peuvent être plus intéressants pour ceux-ci. Cette liberté de choisir n’est pas incluse dans le plan Mulcair, déplore-t-il.

Deux visions

Dans le Globe and Mail, on souligne en éditorial le contraste entre l’annonce du projet du NPD et celle, le même jour, du ministre des Finances qui confirmait que les surplus budgétaires prévus pour 2015 seront retournés assez directement dans les poches des Canadiens. Voilà deux visions diamétralement opposées de deux partis sur la façon d’utiliser les fonds publics.

Le plan Mulcair aurait un impact positif pour aider les femmes à retourner sur le marché du travail après avoir eu un enfant, souligne-t-on en citant l’exemple du Québec. La PUGE a pour elle l’avantage de coûter moins cher, de ne pas avoir besoin d’une grosse bureaucratie et de laisser aux familles le choix de dépenser l’argent comme elles l’entendent.

Les deux propositions ont du bon, estime le Globe. Et surtout, elles soulèveront un débat sur un enjeu de fond. C’est le genre de discussion qui redonnera de la vitalité à la démocratie canadienne, pense-t-on.

Dans le même journal, Jeffrey Simpson salue le fait que le NPD présente enfin une politique consistante qui saura parler aux Canadiens. Une politique cohérente avec l’ADN d’un parti qui croit en un gouvernement fort et interventionniste, estime Simpson.

Plusieurs familles canadiennes paient plus de 1000 $ par mois en frais de garderie. Ces frais importants peuvent convaincre les femmes de demeurer à la maison plutôt que de réintégrer le marché du travail. La mesure Mulcair aurait l’avantage de faciliter un retour au travail… ce qui enrichirait le gouvernement par la voie des impôts, souligne le chroniqueur.

Ce serait ainsi une « grosse réformesociale » qui viendrait corriger la « parodie »de plan national de garderies que constitue selon lui la PUGE.

Mourir dans la dignité

La Cour suprême étudiant le dossier du suicide assisté, le Globe and Mail a réitéré cette semaine son souhait de voir le Parlement adopter une loi permettant aux médecins d’aider des patients à mourir si ces derniers le désirent — une mesure appuyée par une majorité de Canadiens, dit-on.

Ce n’est pas aux tribunaux de rédiger ce genre de politique, mais aux politiciens, rappelle le quotidien en éditorial. Le Québec a ouvert la voie en situant sa loi dans une optique médicale, mais il serait temps que le Code criminel reconnaisse à la grandeur du pays le droit de mourir dans la dignité, souligne le Globe.

Dans le Chronicle Herald (Halifax), la professeure Catherine Frazee aborde le dossier sous l’angle des personnes handicapées (elle en fait partie). Frazee craint qu’on en vienne à ériger en politique publique les préjugés envers les handicaps. Elle rappelle que la perte d’autonomie et le besoin d’avoir de l’aide au quotidien n’entraînent pas nécessairement le souhait de mourir. La dignité de la vie ne s’exprime pas que dans une pleine santé, rappelle-t-elle.

1 commentaire
  • Yvon Bureau - Abonné 18 octobre 2014 09 h 43

    Fierté à nos élus québécois

    Harper sera des plus heureux si la Cour autorise une ouverture prudente, lucide et sage à l'aide médicale à mourir et cohérente avec les changements des valeurs de la société canadienne. Ce Premier ministre ne veut ni débat ni vote aux Communes sur les soins de fin de vie.

    Notre Assemblée nationale a débattu et voté courageusement le 5 juin dernier sa Loi concernant les soins de fin de vie; et très majoritairement en faveur. Notre Assemblée nationale du Québec s'en est sortie debout et noble. À hauteur de responsabilité et d'humanité.

    Il nous est bon et nécessaire de lire et de relire à la page 53 du rapport de la Commissions spéciale sur la question de mourir dans la dignité, ceci : «Au-delà de la froide réalité des sondages ou de la comptabilité relative du nombre de personnes "pour" ou "contre" s'étant exprimées pendant la consultation, nous avons tenté, à titre de représentants élus de la population, de soupeser la valeur des arguments en regard de l'évolution des valeurs sociales, de la médecine et du droit ainsi que notre conception du bien commun».