Le NPD veut un million de places à 15 $

Thomas Mulcair (en arrière-plan) a annoncé ses intentions lors d’une conférence de presse à Ottawa, mardi.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Thomas Mulcair (en arrière-plan) a annoncé ses intentions lors d’une conférence de presse à Ottawa, mardi.

Le NPD montre ses couleurs en vue des prochaines élections fédérales et Thomas Mulcair misera notamment sur le social. Mais le chef néodémocrate pourrait se diriger vers des négociations ardues avec les provinces alors qu’il propose un plan national de garderies à cotisations obligatoires pour les gouvernements provinciaux. À défaut de quoi, les provinces — hormis le Québec — n’auraient pas droit de compensation.

Le NPD veut « créer ou maintenir » d’ici huit ans un million de places à 15 $ par jour dans les garderies canadiennes. Le parti investirait dès sa première année au pouvoir 290 millions (pour créer 60 000 places). Une somme qui atteindrait 1,9 milliard au terme d’un premier mandat de quatre ans (créant 370 000 places) et 5 milliards à la fin d’un second mandat. Ottawa financerait son programme à hauteur de 60 %, les provinces à 40 %. Un investissement de leur part « serait requis ».

Mais Thomas Mulcair se défend bien de jouer dans les plates-bandes des provinces en causant éducation. « On n’imposera rien », a-t-il insisté mardi. S’il est élu l’an prochain, son gouvernement négocierait avec ses partenaires. « On ne fait pas dans la taille unique. On va travailler avec la réalité de chaque province. »

La situation est fort différente aux quatre coins du pays. Les tarifs de garderie varient de 50 $ à 80 $ par jour. L’Ontario offre deux ans de maternelle gratuite à temps plein, d’autres en offrent à temps partiel. Le Québec compte son propre programme de garderies à 7 $ par jour, qu’a vanté M. Mulcair.

De ce fait, Québec peut dormir tranquille. La province serait exemptée et bénéficierait d’un transfert direct. « Ça pourrait aider à maintenir et à renforcer le système québécois », a fait valoir M. Mulcair, alors que Québec en est à revoir ses tarifs car le programme coûte 1 milliard de plus qu’il y a dix ans.

Pour les autres provinces, pas question de verser un sou si elles n’adoptent pas le plan du NPD. « Mon objectif à la fin d’un premier mandat serait que la vaste majorité des provinces adhèrent à un programme qui serait si attirant qu’elles ne voudraient pas laisser l’argent sur la table », a indiqué M. Mulcair. Un gouvernement néodémocrate déposerait une loi enchâssant le mandat de son programme et « établissant des cibles mesurables ».

Le NPD promet toutefois une « flexibilité » quant aux tarifs des garderies. Le parti espère des places à 15 $ partout, mais un tarif un peu plus élevé pourrait être acceptable dans certaines régions où le prix actuel est très élevé.

Il y a dix ans, les libéraux de Paul Martin avaient mis plusieurs mois à s’entendre, au cas par cas, avec les provinces pour concocter un plan national prévoyant 250 000 places en garderies au coût de 5 milliards en cinq ans.

La ministre ontarienne de l’Éducation, Liz Sandals — province avec laquelle le NPD prévoyait de s’entendre rapidement —, voit d’un bon oeil une « discussion et un intérêt national de tous les partis fédéraux sur la garde d’enfants ». Au Manitoba, on a salué un plan de garderies canadien. Les deux provinces attendent de voir les détails du plan néodémocrate.

M. Mulcair a fait valoir qu’une garderie abordable permet aux deux parents de travailler. Au Québec 70 000 femmes ont réintégré le marché du travail, ce qui a engendré des rentrées d’argent, a-t-il noté en citant une étude de l’économiste Pierre Fortin. Ce dernier a vanté le plan néodémocrate, mais il a consenti qu’un programme — canadien ou québécois — doit s’ajuster à l’inflation. « Il faut que le prix augmente. Comme le pot de beurre de peanuts Kraft. »

 

Critiques instantanées

Les conservateurs n’ont pas perdu de temps pour demander « comment M. Mulcair et le NPD prévoient de payer ce que cette promesse va coûter ». « D’après notre gouvernement conservateur, ce sont les parents qui savent ce qui convient le mieux à leurs enfants », a réagi un porte-parole de Stephen Harper. Il a rappelé la création d’une prestation imposable de 100 $ par jeune enfant. M. Harper pourrait d’ailleurs élargir ce cadeau fiscal aux enfants de plus de six ans en pigeant dans le surplus budgétaire prochain, selon une rumeur à Ottawa. M. Mulcair a promis de ne pas l’annuler.

Le chef libéral Justin Trudeau a promis une plateforme qui « va donner une chance » à la classe moyenne et aux familles canadiennes. Mais pas question, semble-t-il, de ramener un programme comme celui de Paul Martin. « On est dix ans plus tard. On était en surplus à ce moment-là », a-t-il noté.

Deux syndicats, alliés traditionnels du NPD, ont de leur côté salué la promesse du parti.

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