Ottawa songerait à des frappes aériennes

Si le Canada se prépare à mener des frappes aériennes en Irak, tel que pourraient le laisser croire certaines déclarations de Stephen Harper et de son ministre John Baird, les partis d’opposition réclament que cette nouvelle mission canadienne soit soumise à un vote. Ce que les conservateurs semblent prêts à accepter.

Au lendemain de l’annonce du premier ministre canadien voulant qu’il envisage d’élargir sa participation à la mission américaine en Irak, néodémocrates et libéraux ont demandé d’en savoir plus aux Communes. Mais en vain. Le ministre de la Défense, Rob Nicholson, s’est borné à dire que son gouvernement « va étudier » la demande des États-Unis, qui auraient invité Ottawa à bonifier son engagement militaire à leurs côtés.

Stephen Harper et son ministre des Affaires étrangères ont cependant été plus loquaces, en marge de l’assemblée générale des Nations unies à New York, semblant laisser entendre qu’Ottawa songe à mener des frappes aériennes. « Nous devons nous assurer d’abord et avant tout que les entités terroristes ne puissent opérer à ciel ouvert sur des bases. Nous devons les repousser et rendre leur organisation de base et logistique très difficile. Une bonne part de cela peut être faite depuis les airs », indiquait mercredi le premier ministre. Son ministre John Baird affirmait quant à lui que « personne au Canada n’envisage un rôle de combat au sol, je crois ».

Des déclarations qui portent l’opposition à croire que M. Harper s’apprête à entamer une mission aérienne comme celle en Libye en 2011, où six CF-18 avaient participé aux efforts de l’OTAN pour faire respecter l’interdiction de vol, quitte à utiliser la force. L’envoi initial d’avions de chasse n’avait pas fait l’objet d’un vote au Parlement, mais les deux prolongations de cette mission, oui.

Selon Radio-Canada, l’envoi éventuel d’avions de chasse en Irak sera l’objet de discussions au cabinet de Stephen Harper.

M. Baird a rappelé à New York, jeudi, qu’en cas de mission de combat, le premier ministre « a déjà dit que cela mènerait à un vote ». Des frappes aériennes se qualifieraient-elles comme une mission de combat ? « Je crois que oui », a-t-il répondu aux journalistes.

Thomas Mulcair réclame que le premier ministre dévoile ses intentions aux Communes et qu’il y tienne un débat et un vote. « On ne signera pas un chèque en blanc à Stephen Harper », a martelé le chef néodémocrate. En attendant les détails, il a refusé de préciser s’il appuierait l’envoi de CF-18.

Même réponse chez les libéraux, où l’on veut aussi en savoir plus sur la demande américaine. « Qu’est-ce que ça va être ? Des avions de transport ? D’autres soldats dans d’autres capacités ? […] Quelle sorte de rôle ? », a demandé le député Marc Garneau.

Ottawa aurait offert son aide

En annonçant qu’il envisageait de bonifier la participation canadienne en Irak mercredi, Stephen Harper a plaidé que c’était en réponse à une demande écrite du gouvernement américain réclamant un « soutien supplémentaire » d’Ottawa.

Le réseau Global News a cependant révélé jeudi soir que cette lettre aurait été rédigée en réplique à une proposition canadienne d’en faire plus. « Les Canadiens ont demandé davantage de détails quant à ce qu’ils pouvaient faire pour contribuer aux efforts de la coalition afin d’aider le gouvernement d’Irak à contrer [le groupe État islamique] et [le département de la Défense] a envoyé une lettre décrivant les domaines dans lesquels leur contribution serait bénéfique », a indiqué une porte-parole de la Défense américaine à Global.

Le bureau de M. Harper n’a pas démenti la nouvelle. « Nous avons toujours clairement indiqué — bien avant [mercredi] même — que nous discutons régulièrement avec nos alliés, y compris les États-Unis, du rôle supplémentaire que le Canada peut jouer pour soutenir la lutte contre l’organisation terroriste État islamique. Les États-Unis ont maintenant proposé une mesure concrète », a indiqué par courriel le porte-parole du premier ministre, Carl Vallée.

200 millions pour la santé maternelle et infantile

Le Canada et des pays alliés ont annoncé la création d’un fonds de 4 milliards de dollars américains destiné à prévenir la mortalité des mères et des enfants dans le monde. Stephen Harper a annoncé l’octroi de 200 millions, issus de l’enveloppe de 3,5 milliards sur cinq ans dévoilée en mai dernier. Le fonds fait partie d’une initiative lancée en 2010 par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, avec pour objectif de sauver la vie de 16 millions de femmes et d’enfants d’ici la fin de 2015. « Sauver la vie des femmes, bambins et enfants les plus vulnérables dans le monde doit demeurer une grande priorité mondiale », a sommé Stephen Harper lors de son discours à l’Assemblée générale des Nations unies jeudi.


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