La liste des vétérans déçus s’allonge

La liste des vétérans bloquistes qui renoncent à se présenter à l’élection de 2015 s’allonge. Quatre autres ex-députés justifient leur refus de retourner dans l’arène par l’arrivée de Mario Beaulieu à la tête du Bloc québécois. À ce lot s’ajoutent tous ceux qui ferment la porte pour des raisons personnelles. Au final, il semble que seuls le député Louis Plamondon et ses ex-collègues France Bonsant et Yves Lessard feront partie de l’équipe bloquiste, qui comptera donc un grand nombre de nouvelles recrues.

 

Au total, Le Devoir a contacté une quinzaine d’anciens députés bloquistes qui ne s’étaient pas prononcés sur leurs intentions depuis l’élection de M. Beaulieu. Claude Bachand, qui a été député de Saint-Jean, est du lot des mécontents. « C’est sûr que je vais voter pour le Bloc québécois, je veux être clair, mais pour ma candidature, je n’ai pas fermé de porte encore, mais il ne reste plus beaucoup d’ouverture. Le discours actuel de la direction du Bloc québécois ne me convient pas beaucoup. » Selon lui, « il faut ratisser le plus large possible pour que la souveraineté voie le jour », ce que Mario Beaulieu, porté par « les purs et durs », ne fait pas.

 

Robert Vincent (Shefford) tient un discours aussi ferme. Il ne se représentera pas parce qu’il a été élu conseiller municipal à Granby, mais sur le fond, il n’appuie pas les orientations de M. Beaulieu. « Ça ne représente pas les directions du Bloc qui m’interpellent. Ça ne fait pas référence à mes valeurs. » Comme Gilles Duceppe, il n’a pas digéré que M. Beaulieu accuse l’ancienne équipe parlementaire bloquiste d’« attentisme ».

 

De son côté, l’ex-député de Louis-Hébert, Pascal-Pierre Paillé, avait déjà un peu laissé de côté la vie politique depuis sa défaite de 2011. L’arrivée de M. Beaulieu « n’est pas la raison principale de [s]on désengagement », mais le nouveau chef bloquiste ne l’a pas non plus convaincu de renouer avec sa courte carrière d’élu. « C’est sûr qu’un leader peut-être plus rassembleur, plus charismatique, peut-être aussi d’une autre génération m’aurait rallié davantage à me réinvestir au sein du Bloc. »

 

Raynald Blais (Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine) a sèchement indiqué qu’il ne sera pas candidat, mais a refusé de dire pourquoi. Un autre ancien élu en région, qui ne peut être nommé, ne sera pas de la partie en 2015. « Je suis très déçu. J’ai zéro affinité avec Mario Beaulieu. Zéro. »

 

D’autres, comme Pierre Forest (Jonquière-Alma), renoncent en invoquant des raisons personnelles. « Les positions de Mario Beaulieu me conviennent très bien », dit-il au Devoir. Dans une lettre publiée mercredi dans LeQuotidien, cependant, il tenait un discours différent laissant entendre que les désaccords internes avaient fait pencher la balance. « J’ai démontré un certain intérêt à la possibilité de reprendre le bâton du pèlerin afin d’être à nouveau candidat de cette formation politique en 2015. C’était avant l’annonce d’André Bellavance […]. Aujourd’hui, j’annonce que ma décision est prise : je ne serai pas candidat. »

 

Nicolas Dufour ne sera pas de la partie parce qu’il a entrepris une maîtrise. Le temps manque. Il a d’ailleurs pour cette raison quitté la présidence de l’association bloquiste de Repentigny la semaine dernière.

 

J’en suis !

 

Yves Lessard, lui, désire un match-revanche. Il estime quand même que M. Beaulieu devra rectifier le tir. « On ne peut pas gagner la prochaine élection en conspuant ce qui a été fait avant. Ce n’est pas constructif. Il y a des ajustements à faire. » L’ex-députée de Compton-Stanstead, France Bonsant, avait déjà confié à La Presse qu’elle voulait se présenter. Au Devoir, elle admet ne pas avoir aimé les commentaires de M. Beaulieu sur l’attentisme de l’ancienne équipe, mais « ce que j’avais à régler avec M. Beaulieu, je l’ai fait. […] Je sens qu’il écoute les gens ». Louis Plamondon sera de l’équipe aussi, faisant de lui le seul élu bloquiste à se représenter.

 

Johanne Deschamps (Laurentides-Labelle) ne sera pas candidate pour des raisons personnelles, mais le nouveau chef n’y est pour rien, au contraire. Tout comme M. Lessard, elle voit d’un bon oeil la « jeunesse » qui semble avoir porté la candidature de M. Beaulieu. Cette nouvelle génération qui « prend le flambeau […], c’est peut-être une bonne nouvelle pour la suite des choses ». Idem pour le ton plus tranché du chef quant au projet de souveraineté. La prudence du Parti québécois, lors du dernier scrutin provincial, a peut-être contribué à sa défaite, selon elle. « Il va falloir à un moment donné qu’on ait un ton plus ferme. »

 

Deux anciens élus, Diane Bourgeois et Robert Bouchard, se disent encore en réflexion. Au cours de l’été, six autres anciens élus avaient indiqué au Devoir et à La Presse qu’ils ne se représenteraient pas : Marc Lemay, Yvon Lévesque, Nicole Demers, Claude Guimond, Luc Desnoyers et Jean-Yves Laforest.

 

Par ailleurs, cinq ex-députés contactés ont déploré les démissions de Jean-François Fortin et d’André Bellavance en guise de protestation envers le leadership de Mario Beaulieu. Une de ces personnes pense qu’ils « n’agissent pas en démocrates » en niant le résultat du vote. Claude Bachand estime qu’en politique, il faut parfois « laisser son ego de côté » tandis que Robert Bouchard parle d’un « geste prématuré ».

18 commentaires
  • Germain Dallaire - Abonné 9 septembre 2014 09 h 30

    Dans la normalité des choses

    Qu'on se le dise, il y a eu un changement radical d'orientation politique au Bloc suite à la course au leadership. On est passé de la défense générale des intérêts du Québec à la promotion active de la souveraineté du Québec. Dans ce sens, il est dans l'ordre des choses qu'on assiste à un changement de garde. Il y a deux versants à ce changement: les gens de l'ancienne garde qui prennent leur distance et les nouveaux qui arrivent. Naturellement, ceux et celles de l'ancienne garde ont une notoriété contrairement aux nouveaux. Et ce qui attire l'intérêt, ce sont les gens connus!!! Naturellement, plutôt que de parler des désafections, on pourrait parler du renouveau. Mais ça, c'est une autre histoire.
    Germain Dallaire
    abonné

    • Cyr Guillaume - Inscrit 9 septembre 2014 23 h 28

      Bien d'accord avec vous, M.Dallaire, ce sont surtout les anciens, et les plus opportunistes qui font leur belle-mères outrés. Il y à surement des choses qui ont été dîtes, plus maladroitement (le 20 ans d'attentisme entre autre) par M.Beaulieu mais bon, personne n'est parfais n'est-ce-pas?

  • Renaud Blais - Inscrit 9 septembre 2014 10 h 06

    Dans la normalité des choses BIS

    Je partage entièrement le point de vue exprimé par M. Dallaire.
    Un changement d'orientation qui fait que les "tièdes" ne s'y reconnaissent plus,
    est parfaitement dans l'ordre des choses.
    Il restera aux médias à parler autant des recruEs que de ceux qui quittent
    ou renoncent à continuer...
    Renaud Blais
    Québec

  • Gilles Bousquet - Abonné 9 septembre 2014 10 h 50

    La notoriété des candidats du Bloc

    Le NPD a fait élire, aux dernières élections générales fédérales, un paquet de candidats avec zéro notoriété. Le chef Jack les a fait élire sans efforts de leurs parts.

    Le Bloc passe de sa priorité de défendre les intérêts du Québec, dans le Canada, une affaire fédéraliste à placer la séparation comme priorité, une affaire séparatiste, ce qui est le but du Bloc : Séparer le Québec du Canada...plus logique.

  • - Inscrit 9 septembre 2014 11 h 22

    Espérons ...

    que d'ici peu, les conseillers de M. Beaulieu lui feront savoir que s'il reste à la barre du BQ, ce parti sera complètement balayé de la carte aux prochaines élections.

    Pour le bien de la cause indépendantiste, M. Beaulieu devrait démissionner. Il a montré jusqu’à présent qu’il ne pouvait que faire fuir les anciens députés sans démontrer qu’il pouvait attirer de nouveaux noms de valeur.

    M. Beaulieu n'a aucun charisme et ne démontre aucune capacité à défendre l’option ou les intérêts du Québec dans le contexte actuel à Ottawa. Que le BQ n'ait pas pu trouver un successeur convenable à M. Duceppe est assez révélateur de la santé politique de ce parti. Le risque c'est la marginalisation grandissante de l'option indépendantiste dans l'imaginaire collectif.

    Le Bloc est toujours pertinent à Ottawa, pour représenter les tenants de l'option, mais surtout pour montrer que le système fédéral canadien est foncièrement délétère pour la nation québécoise. Il n’a tout simplement pas le chef qui soit en mesure en faire élire une députation forte et nombreuse qui puisse travailler en ce sens.

    • Gilles Bousquet - Abonné 9 septembre 2014 15 h 27

      Si le Bloc ne peut pas se faire élire plusieurs députés, parce que son chef est clairement séparatiste, le Bloc mérite donc de disparaître. Simplement.

      Renplacer un chef clairement séparatiste par un, comme M. Duceppe, qui travaillait à rendre le Québec plus confortable dans le Canada, est une affaire de fédéraliste. Faudrait que le Bloc change d'orientation constitutionnelle de séparatiste à clairement...fédéraliste.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 9 septembre 2014 11 h 22

    Réfléchissons

    Aux prochaines élections fédérales, les Québécois auront quatre choix : Parti conservateur de Harper, parti NPD, parti libéral de Trudeau fils, parti NPD, et le Bloc québécois.

    Prenons le parti conservateur, on constate de plus en plus que les valeurs et les priorités du Canada véhiculées par M Harper ne sont pas représentatives de celles du Québec. Ainsi les récentes nominations d’unilingues anglophones à des postes-clé et es épisodes de monarchite aigüe et de fierté (?) militariste chez Harper par Harper et son gouvernement ultra-conservateur, droitiste et rétrograde nous révèlent que les Québécois ne se reconnaissent pas dans ce pays bancal qu’est le Canada.

    Quant au NPD, le feu de paille allumé par Jack Layton s’éteint progressivement. Peu de Québécois connaissaient les idées du NPD de Jack Layton. Beaucoup ont alors voté pour des poteaux, des fantômes ou des unilingues anglophones en pleine Mauricie!

    Les gens au Québec qui ont voté NPD ne l'ont pas fait pour son côté fédéraliste et centralisateur ( qui n’a pas du tout été mis en évidence lors de la campagne électorale), mais pour être plus sûrs de chasser Harper du pouvoir absolu. Mais ça n’a pas marché … La vague orange au Québec n'était PAS FÉDÉRALISTE. Alors, la prochaine fois c’est Bloc!

    Quant au parti libéral, sa fourberie séculaire vis-à-vis le Québec le discédite à jamais à mes yeux.


    Le Bloc a apporté une contribution importante aux questions touchant le Québec. Il est toujours pertinent pour la défense des intérêts du Québec, de plus en plus avec ce gouvernement Harper tellement à l’opposé des valeurs québécoises. L’arrivée de nouveaux candidats profondément indépendantistes sera un nouvel élan pour le Bloc.


    Devenons membres du Bloc. Et aux prochaines élections fédérales, votons en Bloc pour le Bloc!

    • Gilbert Garnier - Inscrit 9 septembre 2014 12 h 39

      WoW! Quelle analyse de votre opinion Monsieur Saint-Arnaud!!!

      J'ai bien peur cependant que vous vous trompiez. Le Bloc, le PQ et l'option de séparation ... c'est bien fini maintenant. Le départ des anciens du Bloc, la déconfiture de Pauline Marois, les chicanes entre les membres du PQ ... beaucoup de signes confirmant le fin ...

      Les jeunes d'aujourd'hui sont pour la mondialisation ... ils parlent deux, trois ou même quatres langues différentes ... la séparation ... pas du tout!

      Le NPD est toujours vivant!!! Les Libéraux aussi! Ils n'y a pas que Harper à Ottawa!

      Amicalement!

    • Patrick Boulanger - Abonné 9 septembre 2014 15 h 40

      @ M. Garnier

      M. Garnier, il est hasardeux de prendre des signes comme des éléments d'une confirmation. Comme dirait M. Legault, on verra...

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 9 septembre 2014 16 h 57

      À M Garnier, il n'y a aucun lien entre le nombre de langues que quelqu'un parle et son opinion sur l'indépendance. Je parle personnellement cinq langues, et je suis convaincu que les Québécois seraient mieux servis par eux-mêmes dans un pays à eux que par le Canada anglais.

    • Gilles Bousquet - Abonné 9 septembre 2014 20 h 34

      Oui, c'est tout réfléchi.

    • Gilbert Garnier - Inscrit 10 septembre 2014 07 h 59

      Bravo Monsieur Saint-Arnaud pour votre grand savoir en langues. Cependant vous faites référence au Canada anglais ... Ce qui prouve que vous en avez contre les autres langues ... Les francophones ne sont pas uniquement au Québec mais aussi dans les Maritimes et le Manitoba.

      Ne les oublions pas!!! Le Canada n'est pas seulement anglophone.

      Bonne journée!