La leçon écossaise

Le Canada et le Québec ont peut-être une longue expérience en matière de menace séparatiste et de référendums, mais ils auraient néanmoins beaucoup à apprendre de l’Écosse. Car après avoir inventé de fort belles choses comme les kilts et le whisky, les Écossais sont en train de montrer comment mener de manière civilisée un débat clivant.

 

C’est le Toronto Star qui faisait l’observation dans un long éditorial cette semaine. Tout comme le Globe and Mail, le Star souhaite que les Écossais disent non à l’indépendance lors du référendum du 18 septembre. Au Canada comme en Écosse, il y a plus à gagner à rester uni, pense-t-on.

 

Selon le Star, les Écossais mènent leur débat nettement mieux que Québec et Ottawa. Le journal propose trois raisons à cela. D’une part, la question à laquelle les Écossais devront répondre est limpide : « L’Écosse devrait-elle être un pays indépendant ? » Rien à voir avec les questions alambiquées du camp du Oui en 1980 et en 1995, écrit l’équipe éditoriale, qui félicite Bernard Drainville d’avoir pris acte de cette clarté écossaise.

 

Deuxièmement, les termes du débat référendaire (notamment la question) ont été décidés par Édimbourg et Londres — qui s’est ainsi engagée à reconnaître le résultat, même s’il est positif. Voilà tout un contraste avec le Québec, note-t-on en rappelant le long débat autour du principe de la clarté.

 

Enfin, les Écossais ont évité de sombrer dans les questions identitaires à la Pauline Marois, applaudit le Star. Le débat est resté centré sur les enjeux sociaux et économiques. Le chef du camp du Oui, Alex Salmond, a toujours présenté une vision positive d’une Écosse indépendante, en mettant l’accent sur les valeurs collectives des Écossais. Pour le Star, ce fut l’exact opposé de la stratégie Marois. Les indépendantistes écossais ont compris que la manière de gagner est aussi importante que la victoire elle-même.

 

La Grande-Bretagne et le Canada sont deux pays différents, et une sécession n’aurait pas le même impact pour Londres que pour Ottawa, affirme le quotidien. Mais les deux pays fonctionnement sur le même principe d’une union qui doit accommoder les différences et faire la promotion d’une identité large. Il est normal qu’il faille faire des ajustements quand un groupe se sent mal au sein de cette formule. Mais se séparer devrait être la dernière option, argue-t-on.

 

OTAN

 

Quand il s’agit de bomber le torse et de gonfler les muscles face à Vladimir Poutine, Stephen Harper répond toujours présent. Mais quand il est question d’agir concrètement, le Canada est soudain plus discret, ont souligné plusieurs chroniqueurs cette semaine.

 

Les discussions du sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), qui se terminait vendredi, ont notamment tourné autour de la hausse des budgets de défense des 28 pays membres. Washington fait pression pour que ses alliés consacrent 2 % de leur PIB au militaire. Avec un budget d’environ 18,7 milliards, le Canada est à la moitié de l’objectif souhaité.

 

Dans Postmedia, Michael Den Tandt rappelait que le budget de la Défense a été réduit de plus de 10 % depuis la fin de la mission en Afghanistan, et que d’autres coupes sont à prévoir. Cela laisse les militaires canadiens sous-financés, estime Den Tandt. Surtout dans un contexte de nouvelles menaces mondiales, et alors que les États-Unis jouent de moins en moins leur rôle de grand gendarme, dit le chroniqueur.

 

Pour Ottawa, c’est une solution facile que d’aller piger dans les poches des forces armées, ajoute Den Tandt. Le tandem Chrétien-Martin a coupé sévèrement dans les budgets militaires pour atteindre l’équilibre budgétaire dans les années 1990. À son arrivée au pouvoir, Stephen Harper a tenté de corriger le tir, du moins jusqu’à la fin de la mission en Afghanistan. Depuis, il agit comme les libéraux avant lui — cela, alors que la situation internationale imposerait le contraire, estime Michael Den Tandt.

 

Jeffrey Simpson (Globe and Mail) a aussi noté la frilosité de Stephen Harper à s’engager (même sans contrainte) à hausser le budget de la Défense. Il faut dire qu’un tel engagement irait à l’encontre de la politique budgétaire des conservateurs, qui veulent atteindre l’équilibre avant les élections de 2015, rappelle-t-il. Et c’est tout à l’honneur de Harper de ne pas jouer le « jeu hypocrite » d’autres pays qui promettent sans donner suite.

 

Simpson souligne « l’attitude ambivalente et quelque peu contradictoire » de Stephen Harper face au milieu militaire. Harper aimerait l’idée du militaire plus que le militaire en tant que tel, avance-t-il. C’est-à-dire ? D’un côté, l’histoire, les monuments, les médailles, les cérémonies, les parades et la rhétorique. De l’autre, l’argent qu’il faut dépenser pour acheter de l’équipement, déployer des troupes et traiter avec les vétérans.

 

En éditorial, le Toronto Star écrit que le Canada ne doit pas céder aux pressions internationales. Il n’y a aucune raison de faire sauter la banque parce que Poutine attaque l’Ukraine, dit-on. Mais il y a certainement moyen de soutenir l’OTAN de manière plus concrète, tant politiquement que pratiquement. Avec des hommes et des avions, par exemple, pour envoyer un signal fort selon lequel le Canada est résolu à défendre ses alliés.

5 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 6 septembre 2014 09 h 56

    La question identitaire

    « Enfin, les Écossais ont évité de sombrer dans les questions identitaires à la Pauline Marois, applaudit le Star. » – Il est clair que le nationalisme du PQ et l'approche identitaire des Drainville-Marois ont fait reculer l'appui à l'indépendance du Québec. On pourrait avoir envie de donner raison au Star, sauf que...

    Sauf que venant de la presse anglophone, ça pourrait sonner un peu faux. Les anglophones canadiens n'ont rien à foutre de l'identité et surtout de la culture, acceptant jour après jour que le Canada ne soit en réalité (sur le plan culturel) qu'un 51e état américain. On a vu il y a quelques années apparaître un semblant de nationalisme canadien. Mais il est mort depuis. Aussi, les Canadiens (anglophones) n'ayant pas de problème à se voir noyés dans un océan nord-américain de langue anglaise ne comprennent pas pourquoi les francophones du Québec peuvent encore avoir envie de défendre leur langue et leur culture.

    Se pourrait-il que le mouvement indépendantiste québécois ait plus d'affinités avec celui des Catalans qu'avec celui de l'Écosse ? Pour le peuple catalan, la culture et la langue font partie de l'équation. Après tout, l'Espagne a tout fait au cours de l'histoire récente pour faire disparaître le catalan (une langue assez près du français). Contrairement à ce qui s'est passé en France où on a folklorisé à l'extrême les langues régionales, la Catalogne a résisté à l'Espagne, qui voulait en faire tout autant. Ce n'est pas si loin du vieux rêve canadien d'en finir avec le français et la résistance (de plus en plus affaiblie) du Québec.

    Autre aspect troublant : si vous parlez de la Catalogne avec un Espagnol non catalan, il se pourrait que vous sentiez une forme de condescendance, de quasi-mépris, et que le discours ressemble étrangement à celui d'un Canadien quand il parle du Québec.

  • Donald Bordeleau - Abonné 7 septembre 2014 00 h 02

    Actif du Québec de 1841 qui représente près de 1000 millards en dollars constant d'aujourd'hui. C'est aspect troublant du début du Dominion.

    La dette de l'Ontario ( Haut Canada ) en 1841 était de près de 6 millions

    Par conséquent, en conclut le juge Day, il faut regarder la situation respective des deux provinces, au moment de la création de ce partenariat. Que montre les chiffres, selon les documents officiels de l'époque ? Le Haut Canada, le 10 février 1841, avait une dette de 5 925 779, 54 $. A la même date, le Bas-Canada possédait un crédit de 189 306,41 $ [9]. La dette à rembourser envers le Québec est 5,736,473.13$ lors de la création du Dominion.

    En additionnant les deux chiffres, nous en arrivons à la conclusion suivante: le Haut-Canada a apporté au partenariat une contribution négative de 6 115 085,95 $. Lors de la dissolution d'un partenariat, il faut soustraire la dette du partenaire déficitaire avant de faire le partage, car du fait du partenariat, le partenaire en déficit devient en fait le débiteur de son partenaire.
    Devant le refus des ses collègues de tenir compte de cette question préalable, l'arbitre du Québec n'eut d'autre choix que de remettre sa démission, le 9 juillet ï 870. Profitant de son absence, les deux arbitres fédéral et ontarien rendirent un jugement de partage de la dette [10].

    Donc avant de signer une constitution un regard devra rétablir la valeur de l'appart du Québec au Dominion. Il y a encore une dette à rembourser envers le Québec de 5.7 millions qui en dollars actualisé représente probablement 800 à 1000 milliards ou peut-être plus.

    Oui Monsieur Couillard il faudra un jour adhérer à la constitution, mais il faudra revoir les accords historique et faire les comptes. ( Celle d’un partage unique et envié d’une destinée commune dont l’identité québécoise forte et affirmée fait partie.) P. Couillard

    Mais de toute façon dans quelque jours, votre idée de signer une constitution ne sera qu'un fait divers bientôt. À moins que .. qu'il soit question d'un partage ... !

    • Mathieu Bouchard - Inscrit 8 septembre 2014 14 h 28

      Le calcul de l'actualisation de ce montant est très suspect. J'ai vu des gens utiliser un taux d'intérêt 5% spécifié par la constitution de 1867, et en plus appliquer l'inflation, ce qui n'a aucun sens. Il faut comprendre que si on prend un montant de 1867 (quand la règle du 5% aurait commencé à s'appliquer) et qu'on applique le 5% jusqu'en 2014, on obtient un montant en dollars de 2014, sur lequel on n'applique pas l'inflation, puisqu'on est déjà en 2014. À l'inverse, si on applique l'inflation sur la même période, on a déjà des dollars de 2014, sur lesquels on ne doit pas appliquer des intérêts pour 1867-2014, qui ne s'appliquent qu'au montant nominal de 1867 et rien d'autre!

      Encore pire, le texte qui utilisait l'inflation & l'intérêt en même temps donnait un montant final qui n'est pas cohérent avec l'explication : il y avait une erreur de calcul EN PLUS de l'erreur de concepts.

      On pourrait pas non plus faire les calculs en $/habitant ou en $/PIB, etc., qui sont des indicateurs utiles dans certains cas mais pas celui-là. Je ne sais pas si des gens ont essayé de se servir de ça, mais c'est une autre erreur possible.

  • Mathieu Bouchard - Inscrit 8 septembre 2014 13 h 00

    Le mythe des questions trop longues

    Les questions de 1980 et de 1995 n'étaient pas tordues. Ce sont les fédéralistes qui ont imposé l'idée qu'elles étaient plus compliquées que nécessaire (en supposant une manipulation des esprits, etc). Il y a un sous-entendu condescendant du type « les Québécois sont pas assez intelligents pour comprendre une question de 100 mots dont tout le monde parle à tous les jours depuis un mois ».

    Les deux questions devaient parler de plus de choses que juste l'indépendance, puisque c'était aussi à propos d'un plan de collaboration Québec-Canada à travers un futur organisme international. Mais aussi, dans les « mots inutiles » de 1980, on donnait la définition de l'indépendance (lois, impôts, traités, même Option Nationale l'a énuméré de la sorte) et on y contrecarrait la propagande fédéraliste qui avait passé les années 70 à faire accroire que Lévesque voulait une nouvelle monnaie, « la piastre à Lévesque » (la question disait « comportant l'utilisation de la même monnaie... ». Et on disait aussi qu'après négociations, le peuple devait approuver la nouvelle union. C'est pas rien, tout ça. On peut trouver que le projet est trop compliqué, mais pour ça, c'est pas la question qu'il faut blâmer.

    Remarquez que les fédéralistes ayant fait toute leur campagne autour de l'idée que le fédéral ne voudra rien négocier et qu'un Oui déclencherait automatiquement une séparation totale d'avec le Canada sans libre-échange, alors que la question de 1980 ne donnait même pas le mandat de quitter le Canada. La présence des détails nuisait au camp du Non dans ses mensonges, et c'est pourquoi le camp du Non n'aimait pas la question.

    Malgré tout, je crois que la prochaine question sera la question courte, mais simplement parce que les autres mots correspondaient à des besoins passés.

  • Sol Wandelmaier - Inscrite 9 septembre 2014 09 h 31

    Contre-réaction...

    Dans tout projet souverainiste, on assume qu'une séparation ou indépendance totale se ferait "à l'amiable"..C'est à dire qu'après un certain froid, toutes les relations et échanges reviendraient à la normale...

    Je suis sûre que chacun de nous, autour de nous, ont vu des couples divorcer..Combien d'entre eux ont continuer à avoir des relations harmonieuses et cordiales?? Ou combien ont continué à avoir des relations quelconques...Il ne faut pas sousestimer l'impact très négatif pour le Canada de ce déchirement...et la réaction négative qui en suivrait.

    Imagnez un "backlash" commercial durable impliquant les exportations québécoises- dont 90% se font vers le ROC...Il y a peu de choses que le QC produit qui ne peut pas être acheté aux États Unis, et souvent à moindre prix...

    La situation de l'Écosse et du QC sont foncièrement différentes:

    -1- l'impact d'une séparation de l'Écosse pour le reste de la Grande-Bretagne sera bien moindre que l'impact de l'implosion du Canada due à la séparation du QC, avec le risque d'une grande difficulté ou impossibilité de reconstitution du Canada tel que nous le connaissons...et une dérive des provinces vers les É.U.

    -2- L'Europe étant constitué d'une multitude de petits et moyens états, l'équilibre de l'ensemble va intégrer plus facilement un autre petit état...L'intégration à l'Union européenne ou la zône Euro étant un autre chapitre...Le QC pourrait se retrouver face à un ensemble anglophone encore plus vaste...

    Il est important de considetrer l'autre cîté de la médaille!