Femmes autochtones: les provinces proposent une table ronde

Les chefs des gouvernements provinciaux du Canada et les leaders autochtones demandent au gouvernement fédéral de participer à une table ronde pour discuter du dossier des femmes autochtones assassinées ou disparues.

L’engagement nouveau et plutôt vague a été pris mercredi, à la conclusion d’une rencontre à Charlottetown entre la plupart des premiers ministres des provinces et cinq leaders autochtones.


Le projet du groupe d’une table ronde est avare de détails sur le moment où elle pourrait se tenir et les modalités de l’exercice. On ignore aussi si Ottawa est intéressé.


Le premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, Robert Ghiz, a précisé que bien que ses homologues des autres provinces et les chefs autochtones souhaitent toujours la tenue d’une enquête publique, ils se sont entendus sur un compromis dans l’espoir d’amener le fédéral à la table.

 

« Nous croyons qu’il est préférable de faire un compromis et d’ouvrir les premières discussions plutôt que de nous asseoir et de nous dire que nous allons attendre la prochaine élection et voir ce qui se passera », a expliqué M. Ghiz.

Le premier ministre prince-édouardien a ajouté qu’il aimerait que des ministres fédéraux, comme ceux attitrés à la Justice ou aux Affaires autochtones, participent à la table ronde, précisant toutefois que la proposition en était toujours à l’étape préliminaire.


Absence du fédéral

Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Ghislain Picard, a affirmé que les avancées étaient entachées par le manque de participation fédérale.

Il a jugé ironique que 150 ans après que les politiciens des Maritimes et des provinces canadiennes se soient réunis à Charlottetown pour discuter de la Confédération, le gouvernement fédéral ne soit pas à la table au moment où les Premières Nations se présentent.

«J’estime certainement cela irrespectueux à l’égard des enjeux qui nous occupent», a dit M. Picard en conférence de presse.

«La même question a été sur la table ces dernières années: où est le gouvernement fédéral? Où est l’autre partenaire? Tous les enjeux sur la table requièrent la participation du gouvernement du Canada», a-t-il ajouté.

Le bureau du ministre de la Justice Peter MacKay a publié un communiqué qui n’aborde pas directement l’appel à une table ronde, mais réitère la position du gouvernement fédéral sur une enquête publique.

«Ce qui est clair est que des actions poursuivies, un effort et un investissement soutenus sont requis, indique le communiqué. Le temps est à l’action, et non à continuer d’étudier la question.»

Un autre processus
 

Avant la rencontre de mercredi entre les premiers ministres provinciaux et les leaders autochtones à Charlottetown, le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, avait exprimé son appui envers l’idée.

« Je ne crois pas que qui que ce soit souhaite un autre processus lourd et interminable qui ne se conclura par aucune action et aucun résultat », a affirmé M. Wall.

Le premier ministre saskatchewanais croit que le forum devrait se pencher sur le système judiciaire et l’éducation des Premières Nations et mettre l’accent sur les responsabilités des groupes autochtones.

Mercredi, la présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada, Michèle Audette, a qualifié cet appui des provinces de « bonne nouvelle ». L’Assemblée des Premières Nations appuie elle aussi l’initiative des provinces.

Cet appel au gouvernement fédéral survient moins de deux semaines après la découverte du corps d’une Autochtone de 15 ans dans la rivière Rouge, à Winnipeg.

Les chefs autochtones ont déclaré que la mort de Tina Fontaine, considérée comme un homicide par la police, avait mis en lumière la nécessité d’une enquête publique.

Des problèmes de fond

« Je voudrais rappeler qu’il ne s’agit pas d’un sujet théorique abstrait, a pour sa part souligné le premier ministre du Québec, Philippe Couillard. [Ce sont] des visages et des noms, des catastrophes terribles pour des familles et des jeunes femmes bien sûr. On parle de Tina Fontaine, mais ça existe au Québec également. »

En mai, la GRC a publié une étude de 1181 cas liés aux femmes autochtones depuis 1980. L’étude a révélé que les femmes autochtones représentent 4,3 % de la population canadienne, mais 16 % des homicides chez les femmes et 11,3 % des cas de disparitions de femmes.

Le premier ministre québécois a indiqué qu’il continuait de soutenir la demande des Premières Nations sur la tenue d’une enquête. Le premier ministre Stephen Harper a toutefois rejeté cette requête, indiquant que la majorité des cas comme celui de la jeune Fontaine devraient être traités par la police. Selon lui, ce serait une erreur que de considérer ce crime comme faisant partie d’un « phénomène sociologique ».

« Il y a un crime, mais en-dessous du crime, il y a un problème social profond dans les communautés autochtones », croit pour sa part Philippe Couillard.

La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, a affirmé qu’une enquête d’une forme quelconque était nécessaire, et a aussi dit croire que l’implication du fédéral était essentielle.

«Une enquête publique est une bonne manière de s’attarder à certains des enjeux qui représentent des inquiétudes majeures pour nous tous», a-t-elle évoqué.

M. Ghiz est allé plus loin, affirmant avant la rencontre que M. Harper était forcé par la Constitution de répondre à leurs attentes. «Si le premier ministre ne veut pas changer d’avis, la seule autre manière pour avoir [une enquête] est d’avoir un nouveau premier ministre», a-t-il laissé tomber.