Duceppe croit que le chef du Bloc devrait rectifier certains de ses propos

Gilles Duceppe
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Gilles Duceppe

QUÉBEC — Pour calmer la crise qui secoue le Bloc québécois et pour éviter la désertion des troupes, l’ex-chef Gilles Duceppe croit que le leader actuel Mario Beaulieu devrait rectifier certains de ses propos.

 

«Peut-être que cela pourrait aider», a suggéré l’ancien dirigeant de la formation politique fédérale, en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne.

 

Car Gilles Duceppe n’a pas apprécié — et toujours pas digéré — que M. Beaulieu, le jour de son élection, appelle les troupes à mettre fin «à 20 ans d’attentiste et d’étapisme», comme si les chefs et les militants passés n’avaient rien fait d’autre que de regarder le train passer. Mario Beaulieu avait aussi utilisé un slogan du Front de Libération du Québec (FLQ) «nous vaincrons», que M. Duceppe avait immédiatement dénoncé.

 

Des rectifications, souhaite l’ancien chef, pas des excuses.

 

Au lendemain de la démission du caucus bloquiste du député André Bellavance, l’ex-chef a aussi confié qu’il aurait aimé que les députés gèrent la crise qui sévit au Bloc «de l’intérieur» et non pas en public.

 

Car Jean-François Fortin a aussi quitté la formation politique plus tôt ce mois-ci, non sans critiquer avec verve le nouveau chef.

 

Les deux députés démissionnaires — qui siègent maintenant au Parlement comme indépendants — ont fait valoir qu’ils souhaitaient que M. Beaulieu rassemble les militants souverainistes en étant inclusif et en misant sur tous les intérêts des Québécois, pas juste sur la souveraineté. M. Bellavance a même dénoncé la «chasse aux sorcières» envers ceux qui n’étaient pas assez «souverainistes».

 

Le chef actuel doit rencontrer — après deux reports — Gilles Duceppe mercredi.

 

«À sa demande», a précisé M. Duceppe. Il ne sait pas ce que M. Beaulieu a en tête.

 

«Mais ce n’est pas une rencontre de négociation», insiste-t-il.

 

«S’il pose des questions, je vais lui donner mon opinion. Je n’ai jamais refusé de rencontre», a répété l’ancien dirigeant du Bloc.

 

Mais il n’est pas question pour lui de s’impliquer au sein du parti, et d’y jouer un rôle de conseiller. «Il y aurait confusion des genres», a expliqué M. Duceppe, affirmant que cela serait incompatible avec son actuel rôle d’analyste politique.

 

Plusieurs avaient déclaré dans le passé que M. Duceppe tenait son parti avec une main de fer. Mais sous sa gouverne, la formation affichait une unité tangible, qui semble maintenant se désintégrer sous M. Beaulieu.

 

André Bellavance rappelait lundi que Gilles Duceppe avait l’habitude de «laver son linge sale en famille», déplorant que M. Beaulieu ne l’imite pas.

 

Interrogé sur ce que le nouveau chef devrait faire pour rallier les troupes autour de lui et de ses politiques, Gilles Duceppe a répété sa position.

 

«Je pense qu’il pourrait apporter des rectifications à ses déclarations initiales. Peut-être que ça pourrait aider.»

 

Le Bloc québécois, qui a déjà formé l’opposition officielle à Ottawa avec 54 élus, ne compte plus que deux députés, dont Claude Patry qui ne se représentera pas aux prochaines élections fédérales en 2015.

 

Le Bloc québécois est plongé dans une crise existentielle depuis l’élection de Mario Beaulieu à la tête du parti, le 14 juin.