La compagnie rejette les allégations des pêcheurs

Plusieurs associations de pêcheurs des Maritimes demandent à Ottawa de rendre des comptes quant à la présence d’un bateau-congélateur appartenant à Ocean Choice International.
Photo: Thinkstock Plusieurs associations de pêcheurs des Maritimes demandent à Ottawa de rendre des comptes quant à la présence d’un bateau-congélateur appartenant à Ocean Choice International.

Ocean Choice International (OCI), une multinationale des pêches basée à Terre-Neuve, se défend de faire du lobby auprès de Pêches et Océans Canada afin d’obtenir des quotas de sébaste à la discrétion de la ministre, Gail Shea.

 

« Tout cela n’a aucun sens. Nous obtenons nos quotas selon les règles. Il n’y a pas de politique là-dedans », a assuré en entrevue le patron d’OCI, Martin Sullivan. M. Sullivan répondait ainsi à des pêcheurs de l’est du pays qui affirmaient lors d’une conférence de presse tenue à Gaspé le 8 août que les quotas de sébaste accordés à des grosses entreprises, comme l’OCI, ne seraient pas étrangers au lobby qu’exerceraient ces dernières auprès de la ministre.

 

« Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est que probablement, ces compagnies “pissent dans le pot” du Parti conservateur pour avoir des passe-droits », avait déclaré à Gaspé le porte-parole des pêcheurs de poisson de fond, Réginald Cotton.

 

Une sortie lors de laquelle plusieurs associations de pêcheurs, dont l’Union des pêcheurs des Maritimes et l’Association des capitaines propriétaires de la Gaspésie, ont fait front commun pour demander à Ottawa de rendre des comptes quant à la présence en juillet dernier de l’Ocean Breaker (un bateau-congélateur appartenant à l’OCI) dans les eaux du golfe, venu y pêcher du sébaste, un poisson de fond frappé par un moratoire depuis 1995. Depuis ce temps, un quota de 2000 tonnes de pêche indicatrice (afin de recenser les stocks) est accordé annuellement aux pêcheurs et aux entreprises dans le golfe.

 

Un conservateur

 

Depuis cette sortie des pêcheurs, Le Devoir a appris que Loyola Sullivan travaille au sein d’Ocean Choice International comme vice-président à la gestion durable de la ressource. Or, M. Sullivan a été ambassadeur canadien à la conservation des pêcheries de 2007 à mars 2011. La commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique, Mary Dawson, a produit en octobre 2012 un rapport sur la conduite de Loyola Sullivan.

 

Elle avait conclu que M. Sullivan avait contrevenu au paragraphe 35 (2) de la loi qui était en vigueur pendant la période de restriction d’un an applicable après son départ comme ambassadeur. M. Sullivan « est intervenu pour le compte d’Ocean Choice International auprès [du gouvernement] »,notait la commissaire, ce qui était interdit. La loi ne prévoit toutefois aucune sanction pour les contraventions à ses dispositions d’après-mandat.

 

En 2010, des médias, dont la CBC, rapportaient que M. Sullivan faisait partie de la courte liste de Stephen Harper des candidats potentiels pour être sénateur à Terre-Neuve. Il tentera aussi sa chance comme candidat conservateur aux élections fédérales de 2011. Peu après, il travaillait à l’OCI. Réginald Cotton estime que « ça ne fait qu’ajouter à ce qu’on pensait. On sait que ces gens gravitent autour du Parti conservateur ».

 

De son côté, le député néodémocrate de Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, Philip Toone, se dit « préoccupé » par l’ensemble du dossier. « Des explications s’imposent de la part de Pêches et Oceans qui laisse un bateau-usine se promener dans le golfe avec un permis accordé à la discrétion de la ministre. Je vais soulever tout cela lors de la rentrée parlementaire. »

 

Selon Martin Sullivan, le quota de 121 tonnes de l’Ocean Breaker n’a rien à voir avec la présence de Loyola Sullivan au sein de sa compagnie. Il assure que tout a été fait dans les règles. « Ces allocations existaient bien avant la venue de Loyola Sullivan dans notre compagnie et avant que la ministre [Gail Shea] soit en poste. » Le directeur régional de Pêches et Océans, Patrick Vincent, confirme que le permis de pêche a été accordé à l’OCI à la discrétion de la ministre, précisant que de toute façon, « tous les permis le sont parce que la loi est ainsi écrite ».

À voir en vidéo