Nouveau coup dur au Bloc

Le bloquiste Claude Patry a décidé de quitter la politique à la fin de son mandat.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le bloquiste Claude Patry a décidé de quitter la politique à la fin de son mandat.

Une autre secousse se fait sentir au Bloc québécois : une semaine après la démission fracassante du député Jean-François Fortin, un autre élu bloquiste, Claude Patry, doit annoncer ce mardi qu’il quittera la vie politique au terme de son mandat, a appris Le Devoir.

 

Le départ du député de Jonquière-Alma n’est pas lié à la controverse qui a marqué l’entrée en poste du chef bloquiste Mario Beaulieu, indiquent nos sources. Le militant souverainiste de 61 ans, élu en mai 2011 sous la bannière du Nouveau Parti démocratique (NPD), a confié à des proches qu’il s’adapte difficilement à la vie politique.

 

Claude Patry, qui avait claqué la porte du NPD pour se joindre au Bloc en février 2013, doit annoncer sa retraite prochaine lors d’un point de presse avec son chef, ce mardi matin dans sa circonscription, à Saguenay. Il a confirmé sa décision à Mario Beaulieu lors d’une rencontre de trois heures des deux hommes, lundi après-midi au bureau du député, selon nos sources.

 

Crise existentielle

 

Le mouvement souverainiste québécois, qui traverse une crise existentielle depuis la défaite historique du Parti québécois en avril dernier, n’est pas au bout de ses peines. Le PQ est dirigé par un chef intérimaire après la démission de Pauline Marois. Et le Bloc québécois paraît plus fragile que jamais : le parti ne détient plus que 3 des 75 sièges fédéraux au Québec, dont un député (Claude Patry) qui partira à la retraite, un autre (Louis Plamondon) qui est âgé de 71 ans et un troisième, André Bellavance, dont l’avenir paraît incertain, selon des membres influents du parti.

 

M. Bellavance est encore sonné après sa défaite sans équivoque aux mains de Mario Beaulieu, couronné chef avec 53,5 % des voix en juin dernier. « André [Bellavance] n’avait pas vu venir le train Mario Beaulieu », indique une source au Bloc.

 

Le député de Richmond-Arthabaska a pris de longues vacances, loin des projecteurs. Il n’a fait aucun commentaire public depuis deux mois. L’entourage de Mario Beaulieu se demande si André Bellavance sera candidat aux prochaines élections fédérales, prévues en octobre 2015. Le chef bloquiste serait heureux de compter sur la candidature de M. Bellavance, un parlementaire aguerri. Il serait peut-être le seul député du parti à tenter de se faire réélire, avec le départ annoncé de Claude Patry et la retraite jugée possible du vétéran Louis Plamondon, le doyen de la Chambre des communes, élu en 1984 avec les conservateurs de Brian Mulroney.

 

André Bellavance s’est rallié à Mario Beaulieu après l’avoir durement critiqué durant la campagne à la direction du parti. Les deux hommes se parlent régulièrement, indiquent nos sources. Ils étaient assis côte à côte aux funérailles de l’ancien député Raymond Gravel, la semaine dernière à Joliette. Ils ont pris en café ensemble après la cérémonie.

 

André Bellevance participera à une rencontre de préparation de la session parlementaire du Bloc, cette semaine. Il a aussi assuré à son chef qu’il serait présent à la rentrée parlementaire à Ottawa, en septembre. Des membres influents du parti sont toutefois convaincus que le député Bellavance réfléchit à son avenir, non seulement au sein du Bloc, mais aussi comme député. Il n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue lundi.

 

« Il faut rebâtir les ponts après la course à la direction », croit Xavier Barsalou-Duval, président du Forum jeunesse du Bloc québécois.

 

Le parti paraît encore divisé. Le chef Mario Beaulieu subit de l’obstruction de la part de certains hauts responsables du Bloc québécois qui n’ont toujours pas digéré le résultat de la course à la direction, selon le représentant des jeunes bloquistes. Selon lui, une partie de l’« establishment » de la formation politique met des bâtons dans les roues de M. Beaulieu.

 

Le Bureau national, par exemple, a adopté une motion de transition qui, concrètement, empêche le chef d’embaucher et de licencier du personnel, a-t-il dit à La Presse canadienne.

 

Faire l’unité des souverainistes

 

Les militants bloquistes reconnaissent qu’un des défis du nouveau chef sera d’unir les souverainistes. Ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, militant infatigable pour le français, Mario Beaulieu est perçu comme un indépendantiste « pur et dur » par l’aile dite modérée du mouvement souverainiste. Des militants pressés d’avoir leur pays apprécient de leur côté l’engagement sans faille du chef bloquiste en faveur de l’indépendance du Québec.

 

« Les jeunes bloquistes ont convaincu Mario Beaulieu de se présenter à la direction et ont travaillé fort pour le faire élire. Maintenant, on se donne à 100 % pour gagner les élections de 2015 », dit Louis-Philippe Sauvé, responsable de l’organisation au Forum jeunesse du Bloc.

 

Le jeune militant accompagne le président du Forum jeunesse du Bloc dans une tournée du Québec qui les mènera mardi à Saguenay — Claude Patry et Mario Beaulieu y seront — puis à Trois-Rivières, après un passage à Gatineau lundi. « Je n’ai pas pris de vacances cet été. Je préfère militer pour l’indépendance », dit-il.

 

Avec La Presse canadienne

25 commentaires
  • Richard Bérubé - Inscrit 19 août 2014 07 h 27

    Il y a dumonde qui ne comprenne pas vite!

    Il y a eu deux référendums au Québec pour la souveraineté, tous les deux ont été perdus par le camps souverainiste. Il y a eu la cuisante défaite du bloc aux dernières élections fédérales, et son chef a lui aussi mordu la poussière. Même scénario à Québec avec Pauline...peut-être qu'on en veut pas de votre patente...qu'on y croit tout simplement pas, qu'on a d'autres chats à fouetter, peut-être qu'on est comme écoeuré des chicanes de ménage du PQ, des extrèmistes et des intolérants...peut-être qu'on apprécie tout simplement pas la présence de certains individus dans cette assiette là...des plus blanc que blanc...assez, on a besoin de monde sérieux et responsable..

    • Sylvain Auclair - Abonné 19 août 2014 11 h 23

      Vous oubliez le référendum de 1992, perdu par le camp fédéraliste.

    • Michel Savard - Inscrit 19 août 2014 11 h 29

      Que voulez-vous ? Quand un parti est doctrinaire, ce n'est pas sa propre option qui ne convient pas; c'est la faute des autres qui ne comprennent pas...

    • Serge Lemay - Inscrit 19 août 2014 11 h 36

      Monsieur Bérubé,

      Il ya des Québécois comme moi qui croient que le Québec est une société distincte qui n'a rien à voir avec les politiques Canadiennes, des politiques néo-libéralistes dont on se distingue par notre nature de nation innovante et attachée aux droits de l'homme.

      Le PQ et le Bloc ont commis des erreurs, Le PQ en appuyant trop le pétrole alors que les changements climatiques devraient sonner le glas des énergies fossiles, ne conviennent plus aux aspirations des Québécois en tant que nation.

      Je suis indépendantiste, je suis environnementaliste, je suis humaniste.

      Les sables bitumineux de l'Alberta, les poliques affairistes d'Harper, les facilités données aux pétrolières pour exploiter nos ressources sans en payer le prix pour exporter dans des pays où l'on doit se battre pour les inciter à acheter notre pétrole qui nous rapporte en moyenne un cinq-millième de cent le litre alors que l'individu paie le litre 1,50 $ le litre et paie l'essentiel des taxes sur le pétrole que le gouvernement recueille ...


      Pourquoi ne gardons-nous pas ce pétrole pour les Canadiens à un prix abordables afin d'utiliser cela comme un levier à la création d'emploi partout au Canada ?

      Voilà pourquoi, le québec indépendant pourrait faire autrement avec sa capacité de production d'électricité, l'électrification des transports, l'utilisation intelligent de l'éolien, de l'hydro-électricité, du solaire et de la biodynamique etc, etc !

      Il y a du monde qui comprend pas vite, en effet !

  • Colette Pagé - Inscrite 19 août 2014 07 h 31

    Chronique d'une mort annoncée !

    Malheureusement après sa cuisante défaite suivie de l'échec du PQ n'aurait-il pas été raisonnable que le BQ se livre à une profonde réflexion sur son avenir quitte à ne pas présenter de candidats à l'élection de 2015. Parfois afin d'éviter la disparition d'un Parti aussi nécessaire soit-il il est préférable de passer son tour pour mieux revenir.

    • Gilles Bousquet - Abonné 19 août 2014 08 h 22

      Pour mieux disparaître, ne pas présenter de candidats, serait l'affaire à faire.

      La réflexion du Bloc est vite faite : Le parti est séparatiste, c»est sa raison d'être, pas celle de rendre le Québec dans le Canada mais, d'en sortir. Le Bloc doit prendre les actions requises pour accélérer cet objectif. Le reste, c'est le gouvernement fédéral qu le décide, principalement, son PM Harper.

      Pour arriver à la séparation, le Bloc doit se centrer sur son but : La séparation. Que les séparatistes le suive. Les fédéralistes ont 3 autres partis pour séparer leurs votes aui fédéral en 2015.

  • Claude Perron - Abonné 19 août 2014 08 h 09

    Un tournant pour le Bloc Québécois

    Le mouvement souverainiste québécois, qui traverse une crise existentielle depuis la défaite historique du Parti québécois en avril dernier, n’est pas au bout de ses peines. Le PQ est dirigé par un chef intérimaire après la démission de Pauline Marois. Et le Bloc québécois paraît plus fragile que jamais : le parti ne détient plus que 3 des 75 sièges fédéraux au Québec, dont un député (Claude Patry) qui partira à la retraite, un autre (Louis Plamondon) qui est âgé de 71 ans et un troisième, André Bellavance, dont l’avenir paraît incertain, selon des membres influents du parti
    IL semble qu'avec ses 53% Mario Beaulieu se trouve en difficulté mais il a par contre l'appui de Louis-Philippe Sauvé,responsable de l'organisation au Forum jeunesse du Bloc .Les jeunes du Bloc font confiance à Mario Beaulieu pour réactiver le projet indépendantiste.Il semble que les élections de 2015 marquera le point de non retour pour le Bloc québécois et les forces indépendantistes.La question qui se pose est de savoir si Mario Beaulieu va réussir a faire le plein et rallier la majorité des indépendantistes du Québec.

    Claude Perron

    • Gilles Bousquet - Abonné 19 août 2014 17 h 03

      Oui, les jeunes et tous les indépendantistes, souverainistes, séparatistes qui aiment les situations claires. Dans le cas du chef Mario Beaulieu, il ne peut pas être plus clair que ça : Pour la séparation et pour le français.

    • Luc Bertrand - Abonné 19 août 2014 17 h 41

      Je partage totalement votre analyse, monsieur Perron. L'élection du 7 avril dernier a démontré clairement que les gens en ont assez de l'approche négative du Parti québécois vis-à-vis son option pour mieux s'accrocher au semblant de pouvoir du gouvernement provincial. Le Bloc, quant à lui, a payé le prix d'avoir été abandonné à son sort par le PQ le 2 mai 2011. Sans parti indépendantiste à Québec ou d'engagement ferme envers l'indépendance du PQ, les électeurs ont tenté de coïncer Stephen Harper en renforçant le parti pouvant former l'opposition officielle qui lui semblait le moins pire.

      L'élection de Mario Beaulieu à la tête du Bloc constitue effectivement un tournant historique pour le mouvement indépendantiste. Que ce soit les jeunes et les purs et durs qui lui ont permis de triompher est symptomatique du changement de la donne et du changement de garde qui s'opère au sein du mouvement indépendantiste. Il est à souhaiter que la course à la direction du PQ puisse enfin terminer le ménage et permettre le renouvellement de l'élite indépendantiste. 9 années de règne libéral et le Printemps érable de 2012 ont créé une nouvelle génération d'indépendantistes. Mais le PQ a péché par excès de confiance en instrumentalisant les étudiants à travers Léo Bureau-Blouin pour donner une illusion de renouvellement sans remplir ses engagements avec eux.

      C'est donc maintenant un nouveau paradigme qui s'impose. L'illusion du "bon gouvernement" sans la plénitude des pouvoirs d'un véritable État national est terminée. Désormais, il ne doit plus être question de séparer indépendance et pouvoir. Exit le référendum et l'attente stérile des conditions favorables. Le PQ doit mettre fin à l'imposture qu'il impose aux indépendantistes en les rendant captifs d'un parti qui n'a pas cet objectif comme priorité absolue. Si un vote pour le PQ ne redevient pas un vote pour l'indépendance (comme entre 1968 et 1973), qu'on laisse Option nationale devenir la voix pour cette option.

  • Serge Grenier - Inscrit 19 août 2014 08 h 13

    « Hauts responsables »

    « Le chef Mario Beaulieu subit de l’obstruction de la part de certains hauts responsables du Bloc québécois qui n’ont toujours pas digéré le résultat de la course à la direction. »

    Ça donne l'impression que la politique se joue dans les coulisses par des personnes dont on ne connaît ni les noms, ni les intentions et que les élus sont des marionnettes qui ne sont là que pour donner le change, pour faire croire aux électeurs que nous sommes en démocratie.

    • Michel Savard - Inscrit 19 août 2014 11 h 26

      Comment voulez-vous que le Bloc aille convaincre des non-membres alors que les propres membres du Bloc sont en train de saboter leur propre parti. Les fédéralistes n'ont même pas besoin d'attaquer le Bloc; les membres du Bloc eux-mêmes s'en occupent !

      Si le ridicule tuait...

  • Jean-François Joubert - Inscrit 19 août 2014 08 h 31

    Chronique de la mort de quelque chose oui...

    Je ne parle pas de Monsieur Patry qui prend sa retraite...

    J'ai beaucoup de difficulté à comprendre que des gens qui disaient être des souverainistes de tout coeur il y a quelque temps, ne pas être capable de se rallier au delà de leur petite partisannerie dans le parti.

    Vivement l'unité de tous les souverainistes... sur ... l'idée de l'indépendance svp!!

    • Fernand Lachaine - Inscrit 19 août 2014 12 h 19

      C'est la grande victoire de la classe dominante: Diviser pour régner. Les Québécois n'ont jamais compris cela même depuis plus de cent ans et c'est bien parti pour qu'ils ne le voient pas encore pour un autre cent ans.
      Et le génocide à petits pas se concrétise de jour en jour.