Ottawa bilingue: le débat prend de l’ampleur

Des groupes de citoyens aimeraient faire d’Ottawa une ville bilingue, à l’instar de Bruxelles et de Moncton.
Photo: Brian/CC Des groupes de citoyens aimeraient faire d’Ottawa une ville bilingue, à l’instar de Bruxelles et de Moncton.

L’une des revendications de longue date de la communauté francophone de l’Ontario refait surface alors que s’amorce, dans la capitale canadienne, la campagne électorale municipale. Différents groupes de citoyens réclament une fois de plus qu’Ottawa devienne officiellement bilingue, à l’instar de villes comme Bruxelles et Moncton. Un débat qui prend maintenant une ampleur nationale.

Même s’il s’agit de la capitale du Canada et de l’un des principaux foyers de la population franco-ontarienne, la Ville d’Ottawa n’est toujours pas officiellement bilingue. Et l’actuel maire d’Ottawa, Jim Watson, n’a pas l’intention de rouvrir ce débat, à près de deux mois des élections.

En 2001, les conservateurs de Mike Harris allaient de l’avant avec la fusion des 11 municipalités de la région, sans donner de statut bilingue à la nouvelle ville. Malgré leurs promesses, les libéraux ontariens, dont faisait alors partie M. Watson, ne firent pas d’Ottawa une ville bilingue, une fois au pouvoir.

Aujourd’hui, une politique municipale sur les services en français prévoit l’offre de services en français, mais cette mesure demeure imparfaite, et des inégalités subsistent. Elle peut en outre être abrogée par un simple vote du conseil, arguent les partisans du bilinguisme, qui souhaiteraient voir cette reconnaissance inscrite dans la loi constituante de la ville à temps pour le 150e de la Confédération, en 2017.

L’idée n’est pas nouvelle : en 1970, la Commission d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (Laurendeau-Dunton) en faisait l’une des principales recommandations de son rapport. Une proposition ressuscitée au cours des derniers mois par le Mouvement pour une capitale officiellement bilingue, piloté par un collectif de juristes, d’universitaires et de gens d’affaires.

Cette proposition a récolté au cours des dernières semaines l’appui du Parti libéral et du NPD fédéraux, et l’approbation tacite de la procureure générale de l’Ontario, Madeleine Meilleur. La première ministre Kathleen Wynne se montre plus prudente, affirmant que c’est à la Ville d’Ottawa de faire ses propres choix. L’idée reçoit également l’appui de nombreux candidats aux postes de conseillers municipaux.

Pour le porte-parole du PLC en matière de langues officielles, Stéphane Dion, cette reconnaissance du fait français dans la capitale tombe sous le sens. « Au-delà du symbole, cela donnerait une pérennité à la politique de bilinguisme, confiait-il au Droit la semaine dernière. On pense qu’un pays bilingue devrait avoir une capitale bilingue. » Une prise de position identique à celle de Nycole Turmel, whip du NPD et députée de Hull-Aylmer, dans la région de la capitale.

 

Tissu social

L’une des instigatrices du mouvement, la politologue de l'Université d'Ottawa Linda Cardinal, va plus loin. « Le bilinguisme est une caractéristique fondamentale du Canada, il fait partie du tissu social de notre ville. C’est incompréhensible que le maire de la capitale du pays fasse comme s’il ne prenait pas ce rôle au sérieux. » Près de 20 % de la population d’Ottawa est francophone, rappelle-t-elle.

Jim Watson n’a pas donné suite aux demandes d’entrevues du Devoir, lundi. Dans un courriel, un porte-parole a déclaré que la position est « la même depuis qu’il a était élu » [sic], c’est-à-dire qu’il « ne supporte pas » [sic] la désignation d’Ottawa comme ville bilingue, car l’actuelle politique sur les services en français fonctionne. Jim Watson compte « continuer le travaille » [sic] effectué ces dernières années « plutôt que de s’engager dans un long débat sur les langues officielles ». En l’absence d’adversaires sérieux, Jim Watson persiste et signe, n’en déplaise à la population francophone d’Ottawa.

35 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 19 août 2014 06 h 59

    Le salut par les Libéraux ?

    J'en appelle à messieurs Couillard et Trudeau.
    Le premier se pourfend de tolérance. Or, la tolérance a deux visages: celle que l'on accorde et celle à laquelle on a droit. À ce sujet, puisqu'il se montre lui-même en exemple, il doit en exiger autant d'Ottawa, fenêtre et centre prétendu du bilinguisme officiel du Canada.
    Oui, il pourrait en faire un sujet de négociation, par exemple en menaçant de franciser Westmount, mais il ne devrait ni ne le fera. Tant mieux.
    Par contre, il est de son devoir de mettre en valeur la profondeur de l'acceptation et de l'imbrication de toutes les cultures au Québec, non pour mettre en évidence l'intolérance de certains mais bien pour battre en brèche les idées préconçues de beaucoup de Canadians. Ici l'occasion se présente.
    Justin Trudeau a le discours court en matière de bilinguisme. Depuis toujours il répond à ce sujet qu'il partage les idées de son père qui a, paraît-il, "tout dit".
    Pierre E. Trudeau défendait la thèse du rayonnement francophone depuis le Québec jusqu'aux confins du Canada. Selon lui, la confédération donnait une assise de développement sans pareille aux Canadiens-français, meilleure que tout autre régime, tant du point de vue économique que culturel et social.
    Il a tenté d'en faire la preuve entre autres au Nouveau-Brunswick où les subventions et les encouragements moraux pleuvaient au cours de années 80 pour améliorer le sort, sinon l'image des Acadiens, tout ceci probablement pour donner mauvaise conscience aux Québécois partisans de la loi 101 mais bon, le résultat global en a été tout de même positif.
    Il est grand temps que son fils fasse plus que de dire "Je suis comme papa". Sur cette question, j'amerais bien "Just watch him" for a while.

  • Guy Lafond - Inscrit 19 août 2014 07 h 28

    Qu'en pensent nos institutions financières à Ottawa?


    La RBC par exemple qui offre son service en ligne et son service de distributeurs automatiques de billets dans quatre langues écrites je crois (l'anglais, le français, le cantonais et le mandarin), ne pourrait-elle pas donner son appui pour la désignation d'Ottawa comme vllle officiellement bilingue?

    "On pense qu’un pays bilingue devrait avoir une capitale bilingue." En effet!

    • Marc G. Tremblay - Inscrit 19 août 2014 10 h 32

      BONNE IDÉE...
      Le débat prend de l'ampleur, c'est à juste titre le constat de l'article. Que cette évidence nationale, pour un certain nombre, devienne maintenant un enjeu politique, voilà pourquoi la démocratie existe au Canada.

  • Colette Pagé - Inscrite 19 août 2014 07 h 39

    Speak White !

    Après avoir fréquenté l'Université d'Ottawa durant 7 ans je suis d'avis que la Capitale anglophone du Canada ne sera jamais bilingue. La résistance à cette mesure par les fonctionnaires fédéraux et les nombreux officiers canadiens unilingues demeure considérable. Je garde le souvenir d'avoir visité le Parlement canadien avec 2 amis et après avoir demandé au guide de parler il nous fit la réponse méprisante suivante : "Speak White". Si les choses ont évolué, le fond de l'air reste anglais,

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 19 août 2014 08 h 28

      M. Gélinas...La fonction publique fédérale est depuis longtemps officiellement billingue et un pourcentage surproportionné de francophones sont employés comme fonctionnaires fédéraux...

      Les services fédéraux sont délivrés dans les deux langues..Tous les documents, traduits dans les deux langues..Toutes les conférences avec interprètation simultanée...même quand cela n'est pas nécéssaire...

      Avec une population anglophone à plus de 85%, Ottawa restera anglophone...

      La pouusée vers le billinguisme d'Ottawa n'a que pour but d'avantager les francophones pour les jobs existants...Cela explique la résistance au billingualisme de la ville...

      Québec étant unilingue français, la position de négociation reste faible..Et la décision reste au niveau municipal!

    • Laurent Desbois - Inscrit 19 août 2014 10 h 18

      Les services fédéraux sont délivrés????? mdr!!!!

    • Patrick Lépine - Inscrit 19 août 2014 10 h 32

      Mme Wandelmeier, j'ai eu récemment affaire avec l'un de ces services francophones dont vous parlez, devinez duquel il s'agit?

      De l'Agence du Revenu du Canada...

      Je pense que c'est le seul service canadien auxquel les anglophones vont conserver quelques postes pour des francophones de service.

    • Alfred Dupuy - Abonné 19 août 2014 11 h 15

      Madame Wandelmaier,

      Manifestement, il y a bien longtemps que vous êtes venues à Ottawa!
      Quant à vos affirmations, sur les services bilingues donnés par les fonctionnaires fédéraux de la région de la Capitale fédérale elles ne reflètent pas la réalité que nous vivons, ici, en Outaouais. C'est compètement loufoque. Vous perdez votre temps à défendre l'indéfendable en nous cassant les oreilles à commenter ce que vous ne connaissez pas. Il y a longtemps qu'en Outaouais, on a compris que du côté d'Ottawa, le français n'a pas plus de valeur que l'italien, l'allemand ou le polonais aux oreilles de ces fiers Canadians d'Ottawa. On ne peut pas leur en vouloir, c'est leur pays!

      Alfred Dupuy

    • Gilles Charbonneau - Inscrit 19 août 2014 11 h 41

      Laurent Desbois...
      Larousse, délivrer: Remettre quelque chose à quelqu'un, le lui donner (dans un contexte administratif, officiel, etc.)

    • Jean-François Trottier - Abonné 19 août 2014 11 h 50

      Le Canada est tout aussi "officiellement" bilingue que la Chine est officiellement une démocratie.
      Madame Wandelmeier, votre vision de la chose est au mieux folklorique, au pire insultante. Se réfugier derrière la position officielle d'Ottawa est inacceptable.
      Nous ne parlons pas d'un quelconque village perdu au nord de la Saskatchewan ici, mais bien de la capitale du Canada, sise en Ontario à quelques mètres du Québec.
      À ce compte nous devrions exiger que plusieurs villes d'Ontario, du Nouveau Brunswick et même du Manitoba soient unilingues françaises, le réalisez-vous seulement ?
      Ce sont des raisons pratiques et précises qui doivent mener au bilinguisme d'Ottawa et la toute dernière de celles-ci est la nécessité que les anglophones fassent la preuve au moins une seule fois de leur volonté de fonctionner avec la réalité de leurs concitoyen francophones. n est lloin de la théorie légaliste ici.

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 19 août 2014 12 h 29

      MMe Wandelmaier, vous dites :

      "La fonction publique fédérale est depuis longtemps officiellement billingue et un pourcentage surproportionné de francophones sont employés comme fonctionnaires fédéraux..."

      Les fonctionnaires bilingues du fédéral sont tous francophones de naissance. La plupart viennent du Nouveau-Brunswick. Et les anglophones unilingues occupent la majotité des postes à Ottawa. Qui plus est, les postes cadres et ceux qui sont les mieux payés.

      Encore pire, l'université d'Ottawa a fait une promotion délirante dans le métro de Montréal, en français, il y a deux ans. Des affiches mur-à-mur tapissaient tout l'espace visuel à Berri-UQAM. Du jamais vu. Or, plusieurs étudiants, dont des connaissances, s'y sont inscrit. Mais ils ont vite déchantés et sont revenus lorsqu'ils se sont aperçus qu'on les traitait comme des citoyens de seconde classe.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 19 août 2014 13 h 29


      @ Tous les messieurs ci-dessus...

      J'ai vécu 30 ans à Ottawa et j'ai travaillé 30 ans en Outaouais, alors, permettez moi de vous assurez que je sais de quoi je parle....

      Mon conjoint a travaillé 30 années dans la fonction publique fédérale, j'ai eu des voisins professeurs à l'université d'Ottawa..alors, encore une fois, je sais, exactement de quoi je parle et probablement plus précisément que beaucoup d'entre vous!

      Je pourrais reprendre chaque point en détail et vous montrez que vous n'avez pas raison...Peut-être que le jour oû le billinguisme n'existera plus au ROC parceque le QC se sera séparé, alors, vous réaliserez en quoi consistait le bilingualisme au Canada...

      Pour le moment, il est nécéssaire de tout noircir de ce qui vient du Canada, sans cela, il n'y aurait plus de raison de se séparer!

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 19 août 2014 16 h 15

      Mme Wandelmaier,

      On veut la souveraineté du Québec pour s'épanouir et rejoindre le rang des peuples affranchis.

      Les Québécois n'ont nullement besoin de noicir "ce qui vient du Canada". Celui-ci s'en charge admirablement bien.

    • Catherine Paquet - Abonnée 19 août 2014 18 h 39

      M. Francoeur,

      Vous n'êtes pas crédible. Il y a des francophones, québécois ou non, qui occupent ou qui ont occupé des postes à tous les niveaux à l'Univrsité d'Ottawa, de Chancelier, de Doyen à professeur et assistant.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 19 août 2014 20 h 53

      Je respecte votre point de vue, M. Francoeur..Mais il n'est pas partagé par une large majorité de québécois...
      Si je pouvais appuyer sur " delete" la période Harper, je le ferais...

    • Charles Lebrun - Abonné 19 août 2014 22 h 38

      Je suis d'accord avec vous Mme Wandelmaier, le billinguisme à Ottawa et parfait! J'ai y vécu durant 3 ans sans maîtriser l'anglais, et à chaque fois que je me retrouvais avec un groupe d'anglophones, ceux-ci passaient automatiquement au français, par politesse! Quelle ville extaordinaire! Le bilinguisme y règne en maître! Le francophones y sont les bienvenue partout et sont très bien accueillis, sans aucune discrimination! Je rêve d'y prendre ma retraite! On y trouve tous les services qu'un francophone a besoin!

    • Charles Lebrun - Abonné 20 août 2014 11 h 53

      C'était du sarcasme!

  • François Dugal - Inscrit 19 août 2014 07 h 53

    Notre bilingue capitale

    Notre capitale nationale doit être officiellement bilingue (what did he say?).

  • Frédéric Miville-Deschênes - Inscrit 19 août 2014 08 h 38

    Il suffit...

    Il suffit -- comme Mme Marois -- de passer quelques temps dans la région d'Ottawa-Gatineau pour constater le (non)avenir de la confédération canadienne comme CERTAINS la concevait il y a bientôt 150 ans. La région est l'avant-garde des prédictions d'un certain Lord un quart de siècle avant cette Union...